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lundi, 01 décembre 2014 07:46

De la musique… (Entretien avec Shahin Farhat)

Né le  mars 1947 à Téhéran dans une famille de musicien, Shahin Farhat est une figure incontournable de la musique en Iran. Ses symphonies lui ont permis de renforcer l’amour de sa patrie. Lorsqu’il parle de la musique, il faut l’écouter avec attention et apprendre, et lorsqu’on lui pose une question sur d’autres sujets que la musique, il n’a pas peur de dire : je ne sais pas.

Shahin Farhat a eu son master en composition de l’Université de New York et son doctorat de l’Université de Strasbourg en France. Il enseigne depuis 1976 à l’Université de Téhéran.

 

Quelle est votre première rencontre avec la musique ?

Farhat : Je suis né dans une famille qui pratiquait la musique. Mon père, qui était avocat et médecin, n’était pas un expert en musicologie ; cependant, il jouait le Radif (Répertoire académique embrassant tous les systèmes modaux de la musique traditionnelle persane). Mon oncle et lui étaient tous deux des disciples de Derviche Khan. J’ai connu la musique traditionnelle pour la première fois vers l’âge de 3 ou 4 ans. Ensuite, je me suis orienté vers la musique classique dès l’adolescence. J’ai choisi d’apprendre le piano et je continue donc à jouer  cet instrument tout au long de ma carrière. J’avais toujours rêvé de donner une dimension créative à mon travail, c’est-à-dire de devenir compositeur. J’étais résolu à continuer mes études. Après avoir obtenu mon diplôme de la faculté des Beaux-arts de l’Université de Téhéran, j’ai obtenu mon master de l’Université de New York et mon doctorat de l’Université de Strasbourg en France.

Pour d’aucuns, la nature est emplie de musique ; les différents bruits qu’on entend dans la nature sont considérés comme de la musique ; certains vont même plus loin et disent que les bruits assourdissants des véhicules qu’on entend dans la rue sont aussi une sorte de musique. Quel est votre point de vue à ce propos ?

Farhat : il n’y a pas de musique dans la nature. Car la musique est art et l’art est une création de l’humain. L’art est effectivement l’expression des sentiments de l’homme. La beauté se trouve dans la nature, mais il n’y pas de l’art et de la musique. L’art est l’expression de sentiment, qui a différents outils ; si cet outil est la parole, l’art se transforme en poésie, si cet outil est la gamme des couleurs, l’art se manifeste sous forme de la peinture ; et si cet outil est le son, l’art sera la musique. L’art n’est pas dans la nature mais les éléments formant l’art se trouvent dans la nature. En l’occurrence, sans Hafez, il n’y aurait pas aussi ses ghazals ; les ghazals de Hafez ne proviennent pas de la nature ; idem pour Beethoven, sans lui il n’y aurait pas aussi ses symphonies et ses sonates ; par exemple on ne peut pas dire que la fleur est un art, car la fleur est uniquement un élément de la beauté de la nature.

Dans quelle mesure, un artiste notamment un musicien pourrait s’inspirer de la nature ; quelle est la part de la nature dans l’œuvre qu’il crée ?

Un artiste, quel qu’il soit, utilise dans la mesure de ses sentiments et de son talent des beautés innombrables de la natures. En effet, chaque artiste s’inspire de la nature conformément à ses gènes, ses expériences et son environnement ; par exemple, si trois peintres dessinent une rose, nous en aurons trois versions totalement différentes.

Quels sont les impacts  de la musique sur d’autres arts ?

Farhat : Comme nous pouvons le constater, la musique aide le cinéma et raffermit les aspects dramatiques de la scène ; depuis toujours la musique est utilisée au théâtre ; dans les vernissages et les expositions de la peinture on fait diffuser de la musique ; or la musique à elle seule n’a besoin de rien. Les symphonies de Mozart, de Brahms ou de Beethoven n’ont besoin de rien. Et cela parce qu’elle est immatérielle ; la musique est un secret étrange qui vise votre for intérieur, la musique exprime uniquement elle-même et pas d’autre chose.

Mais n’est-il pas vrai que la musique est à l’origine des images dans l’esprit de son interlocuteur ?

Oui, elle crée des images mais ces images seront différentes d’un esprit à l’autre.

Quant à votre première symphonie, quel était votre sentiment lorsque vous l’avez composée ? Pourquoi vous avez choisi Khayyâm ?

Farhat : C’est une bonne question car cette forme musicale m’intéresse beaucoup et j’adore les œuvres  orchestrales. La première était la symphonie " Khayyâm ". Je l’ai composée à l’Université de New York. Elle se base sur onze quatrains de Khayyâm. Lorsque je suis rentré en Iran, l’orchestre de Téhéran l’a exécutée sous la baguette de Farhad Meshkat. Elle a eu un franc succès, et je me souviens que le public nous a applaudis environ vingt minutes sans interruption. Bien sûr, la symphonie n° 1 " Khayyâm " n’est pas ma première œuvre, mais elle demeure celle qui a été jouée pour la première fois devant le public. Je pense que c’était l’un des plus beaux moments de ma vie. Le monde que j’avais créé prenait vie devant mes yeux. J’étais même étonné du fait qu’elle sonnait même mieux que je l’avais prévu. Je ne pensais pas que cela serait ainsi.

Et pourquoi j’ai choisi Khayyâm : Premièrement, parce que Khayyâm est l’un des grands poètes d’Iran et il est également célèbre en Occident. Il y a quelques décennies, la traduction du recueil de Khayyâm par le poète anglais Fitz Gerald se trouvait chez presque toutes les familles occidentales. Aujourd’hui encore, il reste connu de tous. J’ai donc choisi une œuvre qui soit interprétable en persan et en anglais ; et avant de commencer, j’ai lu plusieurs traductions.

Quel est le rôle de l’improvisation dans la musique ?

 

Farhat : L’improvisation est le principe de base de la musique iranienne. Tous les sept systèmes modaux iraniens (dastgâh) - segâh, tchâhârgâh, mahûr, Navâ, râstpanjgâh, homâyûn, shûr - et tous les cinq chants - bayât Ispahan, afshâri, bayât Turc, abou atâ et dashti -, peuvent donner naissance à de nombreux motifs et mélodies. On les joue à chaque fois de façon différente. A titre d’exemple, après avoir joué le shûr durant cinq minutes et si l’on recommence à jouer le même morceau quelques instants après, il sonnera autrement. En fait, on a fait intervenir inconsciemment l’art de l’improvisation. C’est pourquoi, je considère qu’un musicien iranien est en même temps un compositeur. L’improvisation a donc un rôle fondamental dans la musique iranienne. C’est la question de la création momentanée… Et cela n’a rien à voir avec la connaissance musicale. Autrefois, cela était très important en l’Occident, mais de nos jours, on peut dire que cette tendance a été atténuée parce que tout a été consigné par écrit.

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