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samedi, 29 juin 2013 04:08

Entretien avec un poète militant : Mohammad Ali Bahmani

 
Plus encore qu’un instrument de communication, l’écriture poétique est d’une façon d’être, une existence. « Les beaux livres, comme le dirait un Marcel Proust, sont écrits dans une sorte de langue étrangère. » L’écriture ne se sépare jamais de sa matière sonore. Aussi y a-t-il une sonorité qui s’élève au-dessus des mots. Voilà de quoi nous parlera le poète militant Mohammad Ali Bahmani, qui a bien voulu nous accordé un entretien dont nous vous présentons des parties.

 

Je vis toujours

Je suis cet astre flamboyant

Occulté par un nuage

Que de fois

J’ai composé des vers

J’ai lu des poèmes

Je ne suis pas un rêve

Je n’ai jamais cru

Au verbe du déclin

Je ne me souviens pas de la parole

Sinon je ne suis pas muet

 

Q- Monsieur Bahmani en vous remerciant de nous avoir accordé cet entretien, je rappelle que dans la précédente édition du magazine littéraire, nous vous avons présenté quoique sommairement à nos auditeurs et leur avons parlé de vos activités culturelles. A présent, nous souhaitons aborder votre poésie et mieux connaître vos points de vue sur la poésie. Peut-être qu’on vous a déjà posé à maintes reprises cette question, mais cela pourrait intéresser nos auditeurs. Qu’est-ce la poésie selon votre vision ?

R- Un grand nombre de thème ne seront jamais désuète à force de répéter et la poésie figure parmi de tel sujet, plus on parle, plus on voudrait en reparler. Qu’est-ce la poésie est une question général ; peut-être on devait dire qu’est-ce la poésie pour moi ? la poésie équivaut pour la moi la félicité. Lorsque je lis une poésie, je me sens comblé, apaisé. La poésie est la vie pour moi, j’ai grandi avec la poésie et je me suis dans la poésie.

Q- Comment avez-vous embrassé la carrière de poète, et quels sont ceux qui vous ont aidé et encouragé sur ce chemin ?

R- Ma mère avait une grande passion pour la poésie, ce qui explique pourquoi elle se trouvait au centre de notre vie familiale, on récitait des poèmes pendant toute la journée et moi, qui avais soif de connaissance, je me désaltérais à cette source intarissable. Ma mère et mes frères lisaient Ferdowsi, Molana Rumi, Hafez et Nezami. La voix pénétrante et douce de ma mère qui lisait le Coran, qui récitait des prières caressait mes oreilles, toute mon enfance était bercée par cette voix mélodieuse et vivait à ses rythmes. J’étais devenu si sensible aux rythmes que mes oreilles se dressaient dès qu’on lisait faux un poème.

Q- Monsieur Bahmani, vos premiers poèmes sont composés dans la forme classique ou nimaienne ?

R- Comme tous les poètes de ma génération, j’ai commencé la poésie par le quatrain, mais je me suis aussi éprouvé dans le rythme nimaien et le vers blanc. Je ne me limite pas à une seule forme poétique, pour moi, un poème sous quelle forme qu’elle soit, doit être issu de son époque et appartenir au futur, s’il est de pure poésie. Sinon il tombera aux oubliettes.

Q- Dans un de vos recueils, vous avez précisé que votre corps est le ghazal et que votre âme est entièrement nimaienne. S’il est possible expliquez-nous davantage une telle conception de votre poésie.

R- Mon engouement pour le ghazal est naturel, ce genre classique de la poésie persane, qui a ses propres limites et difficultés. Or, les changements fondamentaux de Nima et ses disciples dans le paysage poétique persan, ont imprégné la poésie persane. J’ai la conviction que le poète demeure à jamais lié à son passé littéraire et ne pourra s’en séparer. Un poète doit rester toujours reconnaissant aux grands classiques de la littérature de son pays ainsi qu’à ses contemporains. J’ai œuvré pour faire une combinaison entre la poésie classique et la moderne. Le langage précieux est désormais désuet et périmé, il est étranger de notre époque. Nous ne pouvons plus parler, à cette époque de tapage, dans le langage précieux de Khaqani ou de Nasser Khosrow. La vie d’aujourd’hui demande son propre langage et a besoin d’être simple. La poésie aussi ne fait pas exception à cette règle. L’art doit suivre un itinéraire difficile mais l’artiste devra rendre son expression accessible et facile. Le verbe de l’homme a été depuis le début jusqu’à nos jours uniques. Dieu, amour, mort sont les thèmes qui ont toujours occupé l’esprit des artistes et des poètes, qui ont eu chacun sa propre vision envers ces sujets et qui en retracent leur propre définition. Notre ère est l’ère de l’essence ; nous sommes bien loin de l’époque des longs poèmes alambiqués.

Q- Justement, dans ce contexte de la parole concentrée et de l’ère de l’essence, si vous voulez aborder d’un regard critique votre propre poésie, dans quelle mesure vous pourriez dire que vous êtes rapproché d’une telle conception ? Pourriez-vous nous en donner des exemples ?

R- Je crois avoir atteint cette étape, je fais tout mon possible pour éviter les termes inutiles et les paroles inefficaces. A titre d’exemple, j’ai essayé dans le poème « Le bol d’eau de Diogène » de décrire le regard de l’homme contemporain envers son monde et pour ce faire, j’ai eu recours à mon propre poème. J’y ai cité un distique d’un de mes ghazals et je l’ai ensuite purifié de telle sorte qu’à la fin il n’en reste que quatre mots, ce qui résume mon idée principale. En fait par ce travail sur le langage, je suis parvenu à l’essence de ma poésie. Voici ce poème :

La mer et moi, nous avons composé un ghazal pur, de toi

Un ghazal pur rare comme toi, de toi

Je suis toujours dans mes rêves

Je pense

A la hâte de l’homme d’aujourd’hui

Au bol d’eau de Diogène

A la non-pesanteur

Et…

Je prends la gomme

Moi

La mer

Le ghazal

Toi.

 

Q- Une dernière question, M. Bahmani, si vous voulez parler de votre meilleure œuvre, vous citerez laquelle ?

R- Mes plus beaux poèmes sont ceux qui ont pour thème la défense sacrée. Autrement dit, la poésie c’est « la présence dans le temps » et la poésie de la guerre est l’écho de la voix du poète dans son temps. Une bonne poésie se montre dans les plus dures et les plus difficiles conditions.

R- Nous vous remercie d’avoir bien voulu nous accorder votre temps.

 

 

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