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jeudi, 06 juin 2013 03:23

Entretien avec un artiste verrier : Ali-Reza Yazdâni

 
Né en 1962 à Téhéran, Ali-Rezâ Yazdâni est diplômé en design et impression sur textile et a un master de recherche artistique de la faculté d’art et d’architecture. Il enseigne actuellement la sérigraphie et s’est spécialisé dans la confection d’œuvres artistiques en verre.

 

Quelle est la différence entre le verre fonctionnel et le verre artistique ?

-Le verre fonctionnel concerne les objets du quotidien, un vase ou un chandelier par exemple. Les verres artistiques sont uniquement décoratifs, par exemple les verres « tableaux » ou les verres « statues ». Pour beaucoup de gens, le verre doit avoir essentiellement une fonction pratique ; c’est pourquoi je consacre une partie de mon travail au verre fonctionnel, mais je m’intéresse essentiellement à l’utilisation artistique du verre.

Quelles sont vos techniques ?

-Je me sers de toutes les techniques utilisées dans les ateliers traditionnels, les possibilités de fonte et de coloriage, etc. Le travail se fait en équipe, et par étape. Le verre qui sort du four est fondu ; il a la consistance du miel et ne peut être travaillé que pendant un laps de temps très court, trente à quarante secondes. Un peintre peut consacrer des jours ou des semaines à un tableau, ce n’est pas le cas pour le verrier. Celui qui travaille avec du verre est obligé d’avoir un plan préétabli et une idée précise de la forme qu’il veut obtenir à cause du temps limité dont il dispose. Parfois, le résultat obtenu correspond exactement à ce que l’artiste avait en tête, mais le plus souvent, le verre prend une forme inattendue, mais le résultat est très beau quand-même. Contrairement à la peinture ou à la sculpture, l’art du verre est toujours un art d’équipe : les verriers travaillent toujours en équipe, et chacun a sa propre tâche. Le processus doit être parfaitement ajusté pour que chacun puisse remplir ses fonctions à la seconde, avant que le verre ne se durcisse. Ce travail d’équipe nécessite un chef d’équipe, chargé de superviser le processus du travail ; il faut également avoir un plan préétabli parvenir à la forme de verre conçue au préalable.

A ce qu’il paraît vous privilégiez le collage ?

-Effectivement, la plupart des pièces présentées dans cette exposition sont des ensembles ou des collages sur des tableaux ou sur d’autres supports. Nous les avons obtenus à partir de plusieurs procédés à chaud ou à froid, tels que la fusion simultanée ou le collage après la fonte. Le but était de faire cohabiter des verres avec des caractéristiques différentes, de sorte qu’ils se mettent mutuellement en valeur tout en formant un ensemble harmonieux et hétérogène. Ce type de travail est nouveau. J’essaie de profiter a maxima de la flexibilité et de la transparence du verre, qui laisse voir la lumière au travers. C’est cette caractéristique du verre qui m’intéresse surtout. Dans un tableau ou une statue, vous ne voyez que le tableau, alors qu’ici, à travers ce verre, vous avez aussi la réflexion de la lumière sur le mur. Ces réflexions multicolores de lumière créent une œuvre nouvelle et entourent le verre comme un cadre. Je pense que le verre a de ce fait une potentialité artistique pratiquement inépuisable. J’ai essayé de développer à travers mes œuvres, cette potentialité, et de mettre en valeur la luminosité du verre. J’essaie également d’être attentif à l’esprit contemporain ; je souhaite que le public se sente en relation avec les formes que je crée et que ces formes leur parlent. J’utilise le plus souvent un matériel très résistant pour mes collages, de manière à ce qu’ils ne s’abîment pas au fil du temps.

Y a-t-il d’autres artistes, en Iran ou à l’étranger, qui effectuent le même style de travail que vous ?

-Bien entendu, je ne connais pas tous les artistes verriers du monde. Chaque artiste a son propre style et ses propres techniques, ses propres moyens d’expression, une perception unique et originale du monde, qu’il dévoile grâce au verre. Chaque année, des dizaines de magnifiques pièces en verre sont créées à travers le monde. Il y a aussi beaucoup d’artistes qui travaillent dans d’autres domaines tels que la peinture, et qui s’intéressent aussi au verre dans leur parcours artistique. L’important est le regard de l’artiste. Mais il faut dire que le travail du verrier est difficile. L’air de l’atelier est extrêmement pollué, il y fait très chaud, les conditions de travail sont difficiles. C’est l’une des raisons qui incitent beaucoup d’artistes à éviter ce domaine, d’autant plus que le verrier est aussi un artisan et que pour sa propre sécurité, il doit parfaitement maîtriser son travail, ce qui nécessite une formation spécialisée.

Vous employez beaucoup de couleurs dans votre travail. S’agit-il de couleurs synthétiques ou naturelles ?

-La majorité des matières mélangées dont est issu le verre a une couleur naturelle, mais nous ajoutons aussi parfois des couleurs au moment de la fonte. Ce ne sont pas des couleurs synthétiques à proprement parler, puisque les matières premières du verre ont une couleur naturelle.

Est-ce que les couleurs que vous utilisez ont un symbolisme particulier ? En l’occurrence les poissons de couleur turquoise. Le poisson et la couleur turquoise sont tous deux des symboles dans la culture iranienne. Quelle est l’influence de cette culture dans votre travail ?

-Il est certain que la culture iranienne influence mon travail. C’est impossible que cela ne soit pas le cas, consciemment ou inconsciemment, et je n’ai d’ailleurs jamais essayé de me mettre en autarcie et me couper de ma culture pour travailler. Je pense d’ailleurs qu’il n’y a pas d’artiste qui ne prenne pas en compte, de quelque manière que ce soit, sa culture. Chaque artiste est fier d’employer le thesaurus culturel de son pays pour créer quelque chose de neuf, d’original, qui montre son regard contemporain sur la vie, mais qui est en même temps ancré dans sa tradition et son passé culturel. A titre d’exemple, on constate dans les mosquées et les mausolées le reflet de la lumière sur les murs, le sol, le plafond, à travers les vitraux taillés, et cela crée une indicible ambiance mystique. Et moi, en tant qu’artiste verrier, je m’inspire de ces effets, j’essaie de rendre cette impression de méditation et des moments de contemplation, qui caractérisent le travail du verre. Quant à la couleur turquoise, c’est la couleur iranienne. Comme vous pouvez le constater, je m’en sers généralement comme élément central dans un plan de couleur orange, jaune ou rouge. J’utilise également des couleurs qui sont proches de ce bleu. C’est dans ces éléments et dans bien d’autres que mon appartenance culturelle apparaît sciemment ou inconsciemment.

Depuis combien d’années travaillez-vous en tant que verrier, et que pensez-vous de votre parcours ?

-Cela fait vingt ans que je travaille dans ce domaine et j’ai jusqu’à aujourd’hui organisé sept expositions. Dans mes travaux, je constate parfois une volonté de briser les cadres, un moment de fugue et de tumulte, tandis que j’ai aussi de longues périodes de calme pendant lesquelles ce que je crée est géométrique, très rigoureusement ordonné. L’avis du public est important pour moi. Sans mon public, j’aurais depuis longtemps abandonné le verre, malgré ma passion pour ce matériau, car comme je l’ai dit, la fabrication du verre est difficile, et l’air de l’atelier est pollué et dangereux pour la santé.

Pourquoi avoir choisi le verre comme matière première de vos œuvres ?

-Je l’ignore moi-même, je ne peux pas vous répondre. J’ai été attiré par le verre parce que j’aimais sa transparence, ses qualités. Très vite, je me suis totalement et définitivement voué à cette matière.

 

 

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