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mercredi, 20 juin 2012 19:06

Entretien avec Mahmoud Farshtchian, Maître de la miniature persane

Né  le 24 janvier 1923 à Ispahan, Mahmoud Farshtchian grandit entouré des chefs-d’œuvre architecturaux de cette ville magnifique, et ce fut dans la magnificence de cette ambiance que son esprit s’aiguisa progressivement et prit conscience de la proportion, de la couleur et de la forme. Il n’avait que 5 ans, lorsqu’il fut évident que sa vie allait être entièrement consacrée à la peinture et à l’art. Ayant remarqué le grand talent de son enfant pour la peinture, son père, grand commerçant de tapis et admirateur des arts, favorisa  son épanouissement. L’enfant eut donc l’occasion d’apprendre la peinture auprès des maîtres renommés de l’époque dont Hâj Mirzâ Aqâ Emâmî et Issâ Bahâdorî. Après avoir obtenu son diplôme à l’Académie des Beaux Arts d’Ispahan, il partit pour l’Europe afin de mieux connaître l’art occidental. Il y étudia, des années durant, les œuvres de grands artistes occidentaux, ce qui eut pour résultat de lui donner un regard artistique international.

A son retour à Ispahan, il commença à travailler au Bureau des Beaux Arts. Peu après, il fut désigné pour la direction de l’Administration des Arts Nationaux et par la suite, il rejoignit la Faculté des Beaux Arts de l’Université de Téhéran où, débutant une carrière unique, il se mit à créer des œuvres flamboyantes, originales et sans pareilles qui le firent très vite mondialement connaître.

Plus tard, il partit pour les Etats-Unis où ses œuvres, rencontrant immédiatement un grand succès, furent notamment exposées à la Bibliothèque de Londres, au Musée Métropolitan, ainsi qu’à l’Université de Harvard. Aujourd’hui, ses chefs-d’œuvre sont exposés dans les galeries et les musées d’Asie, d’Europe et des Etats-Unis, aussi bien que dans de nombreuses collections personnelles. Le maître Farchtchian a obtenu de nombreux titres et prix durant sa féconde vie artistique. Ce grand peintre a un style personnel, sans précédent et très original, et est le fondateur d’une nouvelle école. Ses toiles se nourrissent de la puissance de la création, de motifs vivants, d’espaces circulaires, de lignes fortes et douces et de couleurs ondulées ; compositions élégantes de noblesse et d’innovation. Quant aux thèmes de ses tableaux, ils s’inspirent de la littérature, de la poésie classique, du Coran… mais aussi de sa profonde et ardente imagination. Ses œuvres les plus exceptionnelles sont basées sur les sentiments humains, manifestés dans les gracieuses figures qu’il peint.

Quand il travaille, le maître Farchtchian écoute souvent de la musique et ces rythmes harmonieux animent le mouvement délicat de son pinceau sur la toile. C’est ainsi que sur ses toiles, le maître Farchtchian est arrivé à raconter contes et récits avec l’expressivité unique de son surréalisme.

Quel est le point de vue des Occidentaux sur la miniature, cet art oriental ?

M.F. : Les Occidentaux apprécient beaucoup les arts originaux de la Perse. Comme vous pouvez le constater, de nombreux livres ont été rédigés par les étrangers sur l’art persan, en fait plus que par les Iraniens eux-mêmes. Certains de ces livres contiennent de fines analyses et des commentaires pertinents et très instructifs là-dessus. Des scientifiques de haut rang tels que Stewart Caliber, B.W. Robinson et le professeur Pope ont travaillé sur l’art persan. Dans son testament, le professeur Pope a souhaité être enterré à Ispahan, près de la rivière Zâyandeh Roud. Nous pouvons constater comment des Occidentaux se sont consacrés à la découverte de l’art et de la culture persans.

Etant donné que la plupart de vos expositions ont eu lieu en Italie, pourriez-vous nous dire quel est le peuple qui s’est davantage intéressé à l’art de la miniature ?

M.F. : Les Italiens sont les plus enthousiastes, c’est pourquoi ils organisent beaucoup d’expositions consacrées à l’art persan. Quant à mon livre récemment publié, il a été apprécié par le vice président de l’Université Internationale de l’Art à Florence, cette ville de tous les arts.

Quels sont vos sujets préférés ?

M.F. : Selon moi, n’importe quel sujet qui vient à l’esprit de l’artiste et avec lequel il peut communiquer peut devenir le sujet d’un tableau. Ce qui importe, c’est comment développer le thème choisi, qu’il soit épique, religieux, etc.

Quel est le rôle des études dans la formation artistique ?

M.F. : Je crois que chacun, quelque soit son domaine, que ce soit la science, l’art l’industrie, etc., doit faire de son mieux pour être le premier, le meilleur. Même s’il ne l’est pas, il doit s’efforcer d’atteindre la perfection. La soif d’apprendre ne doit jamais s’éteindre. Quant à moi, j’ai toujours essayé de me documenter dans mon domaine et d’améliorer mes connaissances artistiques. J’ai beaucoup étudié, je m’intéresse à tout ce qui concerne l’art, bien que j’en aie déjà une idée. Il se peut que je trouve une petite remarque dont le contenu me paraît bien utile. Je possède donc un grand nombre de livres très précieux et très instructifs. J’ai l’intention de les offrir à une organisation afin de les préserver. Je me rappelle que j’étais en Autriche lorsque la guerre commençait à n’être plus qu’un mauvais souvenir. Les gens vendaient leurs bibliothèques pour une bouchée de pain. Pour l’étudiant que j’étais, c’était la meilleure occasion qui pouvait se présenter. J’ai acheté autant de livres que j’ai pu et je les ai ramenés en Iran. Je veux vraiment qu’ils soient conservés. Quand j’étais jeune, je travaillais sans cesse, sans fatigue. J’ai passé des heures à étudier les tableaux dans les musées. Maintenant, avec sept heures de travail par jour, je me sens heureux.

Laquelle des écoles telles que l’impressionnisme, le surréalisme, le cubisme, etc. a pu, selon vous, mieux s’allier avec la peinture persane, l’art de la miniature ?

M.F. : Toutes les écoles qui ont influencé les arts se manifestent plus ou moins dans la peinture persane. Autrement dit, la miniature a pu bien réagir face aux courants artistiques qui ont marqué l’art mondial.

Quelle place tient l’imagination dans le développement d’une œuvre artistique ?

M.F. : Une grande place. Un peintre doit parfaitement maîtriser son travail. Sa main doit se déplacer sur la toile avec une habileté telle qu’elle se soumette automatiquement à son cerveau, pour qu’ensuite l’artiste développe des images. Personne n’est dépourvu d’imagination. Mais chez les artistes, elle est plus forte. Aussi un poète a-t-il besoin d’une grande maîtrise afin d’organiser ce qu’il imagine selon une forme poétique. Quant à un peintre, il se sert de son imagination pour arranger des lignes, des couleurs et des motifs de façon harmonieuse. Mais l’imagination seule ne suffit pas. Son œil doit se familiariser avec l’esthétique pour pouvoir distinguer les choses et pour diriger le cerveau et la main de l’artiste vers un délicat développement des images déjà incarnées dans son esprit.

En regardant vos tableaux, il semble que les oiseaux gazouillent, le vent souffle, le ruisseau murmure et ainsi la musique de la nature s’entend. Quel secret y a-t-il derrière vos œuvres si vivantes ?

M.F. : Quand je lance des lignes et des couleurs sur la toile, je m’imagine conversant avec Dieu. Je parle avec la nature et je l’aime. Lorsque je passe par la nature, je ne ferme pas les yeux. Croyez-moi, il y a tant de secrets dans une feuille détachée d’une branche. Malheureusement, cette nature inspiratrice est mal aimée par l’homme. Il nous faut vraiment l’aimer


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