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lundi, 30 juin 2014 06:06

De l’art de gouverner

 Le grand vizir des rois seldjoukides, Khajeh Nezâm-ol-Molk explique dans son plus célèbre œuvre, le Siyâsat-Nâme (Le traité de gouvernement), les notions importante de l’art de gouverner. Pendant 30 ans, Nezâm-ol-Molk fut détenteur d’un « immense pouvoir », mettant en place un type de gouvernement et d’administration qui perdura plusieurs siècles après lui. Ecrit en persan au XIe siècle, le Siyâsat-Nâme fut rédigé suite à la demande du monarque seldjoukide  Malek Shâh. Ce dernier avait effectivement demandé à ses ministres de proposer de nouvelles lois gouvernementales et administratives pour éviter le chaos au sein de l’empire. Le traité de Nezâm-ol-Molk fut le seul à recevoir l’approbation du souverain et fut donc accepté comme « la loi de la constitution de la nation ». Siyâsat-Nâme comprend 50 chapitres portant essentiellement sur la politique et la religion ; ses onze derniers chapitres, écrits peu de temps avant l’assassinat de Nezâm-ol-Molk, sont consacrés aux divers dangers que doit affronter le royaume. Il évoque également les rôles respectifs des soldats, des policiers et des hauts fonctionnaires, tout en fournissant des conseils d’éthique gouvernementale soulignant la nécessité de la justice et la piété religieuse dans l’application des lois. La justice est en général définie par le droit et la jurisprudence islamiques. Ce traité contient également des anecdotes se rapportant à la culture islamique et parfois préislamique persan.

La justice est considérée comme la vertu la plus importante. Dans le Siyâsat- Nâme, Nezâm-ol-Molk recommande notamment au roi de recevoir personnellement les gens deux fois par semaine pour entendre directement leurs plaintes et de statuer le plus justement possible, afin de limiter le développement d’un sentiment d’injustice sein de la population. De façon générale, les fonctionnaires doivent être contrôlés régulièrement et en cas de fraude ou de la moindre irrégularité, ils doivent être démis de leur fonction. La générosité et l’hospitalité sont également des valeurs hautement défendues dans ce traité.

Pour Nezâm-ol-Molk, un jugement équitable et juste était plus utile à un roi qu’une armée puissante. Il estimait également qu’il était essentiel que l’intelligence du souverain domine sa colère, et non l’inverse.

Concernant l’armée, il recommande d’engager différents peuples et races parmi les soldats afin qu’ils soient en concurrence les uns avec les autres et se surpassent. Quant à la question de la nomination des ministres, Nezâm-ol-Molk rejetait le cumul des fonctions.

 Dans cette perspective, il cite l’exemple de Bozorgmehr, célèbre médecin du roi sassanide Anoushirvân, qui conseilla au roi de bannir ceux de ses conseillers qui se laissaient guider par les mauvaises qualités telles que la haine, la jalousie, l’orgueil, la colère, la luxure, l’avarice, le mensonge, la cruauté, l’égoïsme, l’ignorance, l’ingratitude et la frivolité. Les bonnes qualités préconisées pour l’exercice du pouvoir étaient selon lui la modestie, la clémence, le pardon, la modestie, la générosité, la sincérité, la patience, la gratitude, la miséricorde, la connaissance, l’intelligence et la justice. Le gouvernement idéal, selon Nezâm-ol-Molk,  était un système où le souverain s’efforce d’établir la justice, ses conseillers et fonctionnaires sont vertueux, chaque tâche a un responsable approprié, les postes-clés ne sont pas octroyés à des gens sans instruction, les inexpérimentés ne sont pas promus à de hautes responsabilités, les fonctionnaires sont choisis selon leurs compétences et non pas à cause de leur rang ou fortune, et où l’avancement est déterminé en fonction du mérite.

Le Siyâsat-Nâme a servi de base à des textes littéraires, politiques et juridiques. 

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