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samedi, 13 septembre 2014 04:53

L’artisanat iranien au creuset de l’histoire (3)

 

L’art de l’Iran à l’époque moghole représente des pratiques artisanales du pays à compter de la conquête de Gengis Khan jusqu’à la prise du pouvoir par Tamerlan. Cette longue période se partage en deux grandes dynasties, celle de la Horde d’Or régnant sur la Russie actuelle et celle des Ilkhanides (littéralement khâns régionaux), fondée par Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan, en Iran. La première moitié du règne des Ilkhanides à compter de l’avènement de Hulagu Khân jusqu’en 1295 marqua une vaste reconstruction de l’Iran. Au cours de cette période, la capitale, située à Tabriz, témoigna de l’épanouissement des pratiques artistiques et intellectuelles. La seconde période, entre 1295 et 1353, connut la conversion à l’islam du territoire moghole et le déclin du pouvoir central qui aboutit à l’affaiblissement des pratiques artistiques et artisanales. Le déclin du pouvoir des Ilkhanides, ouvrit la voie aux autres dynasties locales qui réussirent finalement à prendre le pouvoir, parmi lesquelles nous pouvons citer les plus puissantes : les Muzaffarides et les Jalayirides.

 

La céramique, le métal et le textile comptent parmi les productions artisanales les plus considérables de cette vaste période moghole en Iran. On reconnait distinctement l’artisanat et plus particulièrement la céramique de cette période grâce à une importante source écrite, le traité d’Abel Qassem Kashani, lui-même descendant d’une grande lignée de potiers. Dans son traité rédigé en 1301, on trouve tout ce qui concerne la poterie : la préparation de la pâte siliceuse, le temps exact de cuisson de divers types de céramiques, des techniques d’émaillerie, lapis-lazuli, engobe, incrustation, etc. Une grande partie de ce livre, étant donné son importance du point de vue technique, fut longtemps secrètement gardée par la famille des potiers Kashani. Malgré cela, l’artisanat de l’époque moghole, notamment en matière de céramique, ne put jamais concurrencer la délicatesse et la beauté de l’art seldjoukide. Les centres principaux de la fabrication des céramiques de l’Iran moghole étaient Kashan, dont les lustres étaient célèbres, Tabriz, Rey, Soltânieh et Kerâan, dont la principale activité était l’imitation de céladon et des lustres. L’imitation faisait également partie de l’évolution artisanale et constituait une source d’inspiration pour les artisans de l’époque. Ces objets d’inspiration provenaient bien sûr de l’art seldjoukide, de formes d’origine extrême-orientale et de nouvelles influences mogholes. Les motifs chinois à savoir le lotus, le phénix et le dragon trouvèrent bientôt leur place parmi d’autres décorations, surtout dans le carrelage. Les principales techniques en vogue à l’époque étaient celles du lustre métallique (dont la production s’estompa en 1284), le lajvardina apparu au XIIIe pour remplacer définitivement l’émaillerie au XIVe siècle (la technique qui proposait l’usage des couleurs rouge, noire et blanche sur une glaçure transparente bleue ou turquoise), la technique de Sultan Abad, s’agissant des pièces tronconiques avec des bords en saillie décorés d’engobe blanc et noir avec des rehauts de bleu, et finalement la dernière technique, pour laquelle la texture comptait plus que le motif (végétal, épigraphique, figuratif), c’est-à-dire des décors moulés bleu cobalt ou turquoise.

 

En ce qui concerne l’artisanat métallique de l’Iran moghol, avant le XIVe siècle, ce n’était que de la pure imitation des techniques antérieures comme l’alliage ternaire ou quaternaire, incrusté d’argent et de cuivre rouge, et le martelage de l’or. A compter du XIVe siècle, l’art du métal propre aux Ilkhanides commença à être connu. Les deux centres éminents de production de l’artisanat métallique dit "ilkhanide" furent installés à Tabriz et à Chiraz, d’où le nom de deux techniques aujourd’hui connues : le style de Tabriz et celui de Chiraz. Le premier se différenciait par ses belles incrustations argentées sur bronze, ses chandeliers, bassins, coffrets et brûle-parfums portant des iconographies figuratives et des boules de joints qui servaient à les accrocher aux grilles des fenêtres. Le deuxième, connu comme école de Fârs, se singularisa par la fabrication des bols ronds et des bas décorés de cartouches épigraphiques, ainsi que de médaillons polylobés. Quant aux motifs récurrents pratiqués par les artisans de l’école de Fârs, ils constituaient principalement en des figures de chasseurs, de cavaliers, de princes et, s’inspirant de la nature, ils y ajoutaient des groupes d’animaux d’habitude en pleine course.




Contrairement aux dynasties antérieures, celle-ci prêtait une importance singulière à l’artisanat du tissu et à la décoration du livre. Le tissu devint alors à cette époque le centre d’intérêt des artistes et même commença à rentabiliser l’économie ilkhanide grâce aux exportations importantes de tissus en Europe. Sa beauté et sa nouveauté attiraient même les milieux royaux et diplomatiques au point que l’on n’hésitait pas à offrir des pièces en soie au cours de son voyage d’affaires en tant que représentant du pays. Aujourd’hui, on ne dispose pas d’assez de pièces de cette époque pour pouvoir en saisir les caractéristiques principales. Les spécialistes tentent pourtant de les qualifier à l’aide des toiles et des peintures dans lesquelles les tissus de cette époque apparaissent à côté des personnages ou dans un coin d’une chambre peinte, etc. Les seules pièces connues s’avèrent aujourd’hui être des lampas à motifs chinois comme des phénix ou des dragons, ou des formes florales comme le lotus ou les pivoines.

 

A suivre…

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