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mardi, 26 août 2014 02:59

L’artisanat iranien au creuset de l’histoire (2)

Après l’avènement de l’Islam, l’artisanat iranien et celui du monde oriental s’enrichit d’une nouvelle dimension. L’art iranien sous les Omeyyades (661-750) fut le premier courant artistique qui se différencia du monde zoroastrien des Sassanides par de nouvelles inspirations musulmanes. Les premiers objets de cette période sont pourtant difficiles à distinguer des styles artisanaux antérieurs à la période musulmane, puisque les artisans tenaient encore à utiliser les motifs et techniques sassanides. A cette époque, l’artisanat sur métaux destiné à la vaissellerie devint à la mode. Bien que la technique d’émaillure et de glaçure fût déjà connue des Iraniens depuis la civilisation de la colline Hassanlou, les artisans se tournèrent vers la production, en abondance, de céramique non émaillée. L’art du motif végétal se développa de manière significative jusqu’à englober un grand nombre d’artisanats persans. Des glaçures monochromes, transparentes ou opaques, vertes et jaunes réapparurent sur les poteries. Un exemple éminent de cet art nouveau est un bol argileux à décor moulé, de pampres et de grenades, qui appartient à la ville de Suse du VIIIe siècle et qui est aujourd’hui exposé au musée du Louvre.

Après la chute des Omeyyades, les Abbassides dirigèrent le monde musulman de 750 à 1258. Les gouverneurs abbassides prêtaient une importance particulière à l’art de la céramique. A cette époque, les artisans avaient carte blanche pour effectuer ce qui leur convenait le mieux. Grâce à cette diversité des pratiques artisanales, la céramique abbasside connut deux innovations importantes : l’invention de la faïence et la création du lustre métallique. La technique de faïence était très délicate et plus élaborée que celle pratiquée en Occident. Afin d’obtenir une belle faïence, on procédait ainsi : d’abord, à l’aide de la pâte argileuse on créait la poterie, ensuite on la recouvrait de glaçure et enfin, une fois prête, on peignait un motif sur la glaçure. Le lustre métallique était un artisanat d’origine arabo-musulmane. Après avoir apposé des ions métalliques sur la poterie, on la faisait cuire en maniant très délicatement la température de cuisson. Ainsi, le métal formait une incrustation de motifs remarquables sur la pièce et sa brillance donnait un éclat particulier à la céramique. On y ajoutait parfois du verre, mais cette dernière méthode était plutôt originaire de l’Egypte. De couleurs différentes et même parfois polychromes, ce genre de lustre était bien accueilli à l’époque abbasside et même plus tard sous les Seldjoukides. Des exemples illustres de l’artisanat de cette période sont un lustre métallique polychrome sur pâte qui appartient à la ville de Suse du IXe siècle et une faïence bicolore blanc-bleu qui remonte à la même ville du VIIIe siècle. Ces deux objets sont aujourd’hui conservés au musée du Louvre.

Après les Abbassides, le pouvoir fut divisé et tomba aux mains des gouverneurs dans les parties reculées de l’empire. En Perse, le pouvoir fut fragmenté entre les Tâhirides, les Samanides, et les Ghaznavides, se disputant chacun à leur tour le pouvoir. Dans de telles conditions, l’art et notamment l’artisanat fut un élément essentiel de l’affirmation de soi et du raffermissement de son statut vis-à-vis de l’adversaire. Voilà pourquoi on remarque l’existence d’une riche diversité artisanale à cette époque. Malgré cela, la céramique garde encore sa place dominante entre les arts les plus pratiqués avec des modifications apparentes dans sa forme et sa décoration. On remarque l’apparition de l’engobe noire et rouge sur l’engobe blanc, particulièrement dans le Khorasan entre les XIe et XIIe siècles. Les kaléidoscopiques, les décors jaspés et les décors à engobe sous glaçure devinrent également très en vogue. Les céramiques à décor kaléidoscopique sur fond jaunâtre furent en général décorées de motifs humains et d’animaux noirs et verts qui couvraient toute la surface de l’objet et les motifs eux-mêmes débordaient de décorations, comme si on évitait, de la sorte, de laisser des espaces vides dans l’œuvre. Quant aux céramiques à décor jaspé, on les relie au style chinois. De belles marbrures colorées brunâtres, verdâtres ou blanchâtres étaient produites grâce aux glaçures qu’on laissait couler avant de disposer la céramique au four. Cela procédait d’une activité de gravure de motifs différents qui enrichissait de plus en plus le décor déjà chargé. Il arrivait également que l’on couvre la céramique d’une couche d’argile blanche diluée et que l’on peigne ou écrive des mots à l’aide d’un engobe noir et même parfois rouge. L’art du métal était également de plus en plus pratiqué et laissait apparaître ses origines sassanides ; la surface argentée était d’habitude décorée d’une couche dorée qui se détachait du fond argenté à l’aide de pièces particulièrement fines. On remarque aussi une importante renaissance de la pratique artisanale à base de tissus…

A la suite de la prise de Bagdad et de l’arrivée au pouvoir définitive des Seldjoukides, ceux-ci firent de l’Iran actuel leur siège principal. Ils choisirent comme capitale la ville de Rey et Neishapour. A la fin du XIIIe siècle, leur pouvoir incontestable unifia artistiquement les deux nouvelles capitales. L’étendue de leur royaume (allant de l’ouest, de Bagdad jusqu’à l’est, la Transoxiane) a permis l’éclosion d’une pratique artistique et artisanale diversifiée, et souvent une fusion des styles enrichissait les motifs et les formes. Malgré cela, vers la fin du règne des Seldjoukides, leur pouvoir allant décroissant, ceux-ci cédèrent leur place aux petites dynasties qui réclamaient, chacune, le pouvoir central, ce qui ne fut pas sans influence directe sur l’art à la fin du XIIe, début XIIIe siècle. L’époque seldjoukide marque une avancée considérable dans l’art de la céramique grâce à l’invention de la pâte siliceuse, type de pâte qui demande plus de quartz que d’argile, d’où sa finesse et sa couleur plus blanche. Du fait de sa dureté, la pâte est plus difficile à travailler, ce qui explique son usage pour la vaissellerie de luxe. D’après les recherches effectuées à ce sujet, les Iraniens de l’antiquité avaient apparemment tenté d’utiliser cette technique à plusieurs reprises afin d’obtenir la pâte chinoise, utilisée dans leur porcelaine – en vain. Ils auraient apparemment abandonné cette tentative faute de kaolin, matière principale de la pâte chinoise. La pâte siliceuse fut couramment garnie d’une glaçure alcaline monochrome qui s’appliquait sur divers objets d’usage quotidien comme des aiguières, des lampes, des brûle-parfums, des cruches, des coupes, etc. Cette technique fut très en vogue à Neishapour, à Kâshân, à Gorgân et à Kermân. Il arrivait également que la pâte siliceuse soit peinte avant d’être garnie de glaçure alcaline transparente ou colorée. Dans ce cas, le choix de couleur était très limité, bleu cobalt, vert et bleu turquoise pour les motifs floraux, figuratifs et épigraphiques sous la glaçure transparente ou colorée. Les céramiques blanches à décors troués, appelées aussi "grain de riz", ou parfois simplement à motifs gravés, sont également propres à cette période. Cette pratique fut amplement en usage à Kâshân, et à Gorgân, et continua à survivre après l’invasion mongole en Iran, en Afghanistan, et même en Syrie et en Anatolie. Il existait encore d’autres formes de traitement de la céramique unique en leur genre, comme la céramique en silhouette (champlevée après être couverte d’engobe et avant d’être garnie par la glaçure), la céramique à lustre métallique, très en vogue à Rey, à Sâveh et à Kâshân et pratiquée en deux styles différents ; le style monumental (doté de grandes figures centrales) et le style miniaturiste (marqué par la présence de nombreuses petites figures). Une invention déterminante qui changea le monde de la céramique au XIIIe siècle fut de la technique dite minâ’i (émail) ou haft rang (sept couleurs) qui faisait apparaitre un décor polychrome de sept couleurs : bleu, brun, vert, or, noir, blanc et rouge. Cette technique est particulièrement délicate et nécessite une cuisson bien surveillée en raison des pigments instables des différents verts, bleus et bruns. Etant apparue très tardivement sous les Seldjoukides, cette technique, dont le centre de production se situait principalement à Kâshân, ne put s’épanouir après l’invasion mongole. L’iconographie des décors comprenait des animaux fantastiques comme le sphinx et des harpies, mais également les épisodes du Khamseh (Les cinq trésors) de Nezâmi et ceux du Shâh-Nâme (Le livre des rois) de Ferdowsi. Heureusement, ces pratiques artisanales n’ont pas disparu et l’époque actuelle témoigne encore d’une importante production de ce type de céramiques dans différentes villes d’Iran.

L’époque seldjoukide fut ainsi marquée par de grands progrès non seulement dans l’artisanat de la céramique, mais également dans ceux liés aux métaux qui étaient renommés non pour le type de métal utilisé, mais pour leur technique et finesse artistique incontestable. Les alliages cuivreux et le bronze formaient la base du travail sur métal au détriment des métaux précieux comme l’or ou l’argent. Il faut préciser que ce choix était d’ordre artistique et ne devait rien à une pénurie d’or ou d’argent. Ce fait historique affirme la montée de l’artisanat du métal destiné à l’usage quotidien des individus "normaux". Ce choix modeste du métal fut compensé au XIIIe siècle par la forme extrêmement stylisée des métaux et, dans quelques cas, par les incrustations qui enrichissaient d’avantage les pièces. Parfois, les incrustations étaient faites sous forme de filets ou plaques en or, en argent ou en cuivre rouge. Parmi les métaux incrustés, des chandeliers, des encriers notamment en forme de mausolée, des cruches, des plateaux, des aquamaniles et des aiguières formaient une part importante de la production métallique de l’époque seldjoukide. Les scènes de cour, de chasse, les signes du zodiaque, les motifs géométriques représentant le monde animal ou floral sont quelques-uns des thèmes les plus pratiqués à l’époque. Un usage particulier d’une sorte d’alliage de cuivre et d’étain qui s’appelait le bronze blanc naquit à cette période, mais sa pratique resta assez limitée à cause de l’extrême fragilité du métal qui était coulé et non pas martelé comme pour d’autres pièces.

 

À suivre…

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