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lundi, 09 septembre 2013 03:39

La splendide légèreté du verre soufflé iranien aux mille couleurs

 
A la fois fragile et fort, le verre s’est transformé à travers les siècles, pour s’élever au rang de forme d’art du XXIe siècle. La technique du verre soufflé aurait été utilisée dès l’époque arsacide, aux environs du premier siècle avant l’ère chrétienne, grâce à la découverte de la canne à souffler, permettant, dès cette époque, une production de masse d’ustensiles en verre.
Dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C., une nouvelle technique de fabrication du verre naît au Moyen Orient, le soufflage. La découverte de la canne du verrier (tige creuse en métal pour souffler le verre) entraîne une véritable révolution de l'art du verre. Elle a permis de fabriquer des objets en verre plus facilement, plus rapidement et à moindre prix. La technique gagne progressivement le monde romain, les différentes régions du Bassin méditerranéen avant de conquérir l'Europe entière. La technique du soufflage dans un moule, née également au Moyen-Orient facilite l'exécution des formes complexes, décorées en relief.



En Iran, fioles à parfum, sceaux et tubes cylindriques en verre, fabriqués entre la fin du quatrième et le début du premier millénaire avant l’ère chrétienne, ont été retrouvés dans divers sites archéologiques. Les plus anciens ont été découverts en 1935 par la mission archéologique du musée du Louvre, dirigée par Roman Ghirshman près des ruines de la ziggourat de Tchoghâ Zanbil. Cet ensemble de temples et de palais, situé dans la province sud-ouest du Khuzestân, fut construit par le roi élamite Untâsh Gâl entre 1275 et 1240 avant l’ère chrétienne. D’autres objets en verre antiques ont été découverts dans le Guilân, province caspienne du nord-ouest, et dans le Khorasan, province proche de l’Afghanistan. Le sous-sol du Lorestan et du Kurdistan, provinces de l’ouest, a révélé également des fragments de verre datant du premier millénaire avant l’ère chrétienne. Une grande partie de ces découvertes, ainsi que de belles réalisations contemporaines sont présentées au Musée Abgineh, le musée du verre et de la céramique de Téhéran, superbe écrin témoignant de l’intérêt porté, encore aujourd’hui, à l’art de la verrerie iranienne.

Au début de la période islamique, de nombreux ateliers-verrerie travaillaient en plein régime dans différentes villes dont Suse, Rey, Gorgân, Kâshân, Sâveh, Neyshâbour ou Sirâf. Cependant, la renommée du verre iranien tomba dans l’oubli au moment des invasions mongoles. Tamerlan, amateur de belles pièces d’artisanat, déporta à Samarkand les maîtres verriers des territoires conquis, sans que cela ait permis pour autant la survie de leur savoir-faire. Il fallut attendre le XVIIe siècle, avec Shâh Abbâs Ier, pour que la production d’objets en verre reprenne en Iran, notamment dans les ateliers d’Ispahan et de Chiraz. L’art du verre iranien atteindra des sommets au XVIIIe siècle, produisant des œuvres exceptionnelles.

De nos jours, la fabrication artisanale d’objets de verre subsiste en Iran, principalement à Téhéran, où l’on compte encore une trentaine d’ateliers. Ces ateliers produisent vaisselle, vases, objets de décoration tels que tulipes de lampe, bonbonnières, ainsi que des carreaux de verre utilisés par les décorateurs et les architectes. Cette production contemporaine, destinée aussi bien au marché local qu’international, s’inspire des modèles traditionnels et perpétue les techniques artisanales de fabrication.

Ces fabriques ouvrent leurs portes aux visiteurs, auxquels les chefs d’atelier expliquent les techniques de fabrication du verre : la silice en poudre, d’excellente qualité, provient de Malaisie. Cette matière première est mélangée à divers oxydes métalliques pour colorer le verre : le manganèse pour obtenir du violet, le cobalt pour le bleu, le chrome pour le vert et le cadmium pour le jaune et l’orange, auquel on ajoute du sélénium pour obtenir le rouge. D’autres composants sont utilisés, comme le borax qui renforce la solidité du verre et le carbonate de sodium qui facilite la fonte de la pâte de verre.

Une petite quantité de la pâte de verre ainsi obtenue est fixée à l’extrémité d’un long tube métallique, la canne à souffler, que l’on introduit dans un four chauffé à 1000°. A la sortie du four, le maître verrier souffle dans le tube pour gonfler le verre, comme on le ferait d’un ballon, qu’il va façonner en le tournant. La forme définitive est obtenue en introduisant cette première ébauche encore malléable dans un moule métallique, comme pour un vase par exemple. Les formes plus complexes sont façonnées à l’aide d’outils métalliques. Après une dernière cuisson, la surface du verre sera décorée de motifs variés, fleurs, grappes de raisin, ou autres, taillés manuellement à la meule en grès ou en diamant industriel permettant une taille plus fine. Un décor en série sera effectué en atelier, tandis qu’un décor personnalisé pourra être réalisé à la demande du client dans une boutique de vente installée en ville.

Le visiteur s’étonnera de voir, à la sortie des ateliers, des monceaux multicolores de verre brisé. Ces brisures ne finiront pas à la décharge mais seront ingénieusement recyclées sous forme de calcin qui, ajouté aux autres matières premières, en favorisera la vitrification.

L’apprentissage de cet art se fait directement en atelier, perpétuant ainsi un savoir-faire multimillénaire. Les nombreux fours des ateliers, un pour chaque couleur, crachent des flammes à 1000° pour faire fondre le verre et jusqu’à 1300° pour faire fondre la silice. Par ailleurs, certains oxydes utilisés, le cadmium par exemple, sont nocifs quand ils sont inhalés à haute dose.

Signe d’une qualité reconnue à l’international, cette production iranienne s’exporte bien et ces petites entreprises sont régulièrement présentes dans les grandes expositions, nationales comme internationales.

Source : Revue de Téhéran, n°89

 

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