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lundi, 15 décembre 2014 04:37

Farshchian : du sublime à l’éthérée

Né le 24 janvier 1930, à Ispahan, au centre de l’Iran, dans une famille cultivée et d’artistes, Mahmoud Farshchian doit à son père sa passion pour la peinture et sa carrière de miniaturiste. Découvrant chez son fils un grand talent et un goût  raffiné pour l’art, le père envoya son jeune enfant chez les éminents maîtres de la peinture, notamment, de la miniature, pour commencer son apprentissage. Après avoir connu l’école des maîtres d’Ispahan, le jeune Mahmoud Farshchian prit le chemin de l’Europe, pour parfaire son art, cette fois-ci, à l’école des grands peintres occidentaux.


Le fruit de ces longues années d’études, sur différentes écoles de peinture, dans le monde entier, a été cette nouvelle lecture de la peinture persane, dont le maître Farshchian est le précurseur. Un art sacré, qui, soudé à  la tradition des grands miniaturistes classiques persans, dont Behzad, ce «Raphaël de l’Orient » de l’école de Herat, et Reza Abbassi, le maître incontesté de l’art pictural de l’époque safavide, se rafraîchit au passage des vents vivificateurs de l’ère moderne. La miniature du maître Farshchian est, donc, un heureux mariage du passé et du présent, et dynamique, elle ne craint pas l’avenir, n’étant pas menacée par la désuétude. Dans la lignée des maîtres miniaturistes, Mahmoud Farshchian a promu cet art, aussi raffiné que subtil, de simple moyen d’illustration de la poésie et de la littérature, à un art à part entière.

 

Les toiles du vieux maître sont exposées, à plus de 200 reprises, dans des expositions internationales et dans les musées du monde entier. Le maître Farshchian a dessiné le plan de l’enceinte en or et argent qui entoure la pierre tombale de l’Imam Reza – béni soit-il – dans la ville sainte de Machhad, et c’est sous sa supervision vigilante que cette enceinte, un chef-d’œuvre de l’ensemble des travaux artisanaux iraniens, a vu le jour. Le nom du maître figure sur la liste des intellectuels du XXIe siècle. Les musées et les collectionneurs privés se vantent d’avoir en leur possession une toile, signée Mahmoud Farshchian.

Outre un grand talent et un goût subtil, le miniaturiste se doit de passer maître dans les techniques de cet art raffiné et d’en connaître les secrets qui ont fait de lui un art à part. L’œuvre du maître Farshchian cristallise tous les principes et les techniques, hérités des anciens, mais elle a, aussi, ses propres traits caractéristiques. Il ne s’agit, donc, pas d’une docile mais parfaite imitation de l’œuvre des maîtres du passé, le pinceau de Mahmoud Farshchian en a rajouté, l’a embellie, l’a enrichie. La palette du maître retrace une subtile combinaison des nuances des plus foncées aux plus pâles des couleurs. Les plus sombres trouvent, sous le coup de pinceau de Farshchian, leur place aux côtés des plus effacés.

 

Cette parfaite combinaison de couleurs embellit les tracés fins, les nuages en flammes, les arabesques montant en spiral vers le haut, les chevaux fougueux qui s’élancent dans l’air, les oiseaux au plumage multicolore se mouvant, sur ce fond d’ambiance paradisiaque, tous et tout se conjuguent, pour communiquer au spectateur la force de vie et  une ferveur indescriptible et l’emmener, sur ses ailes, dans le monde du sacré. La spiritualité est le point saillant de cet art sublime que le maître Farshchian doit, selon sa propre expression, à la grâce divine et à sa foi. « Ce qui place, dit-il, l’artiste à un  rang élevé, est, en premier lieu, dans sa foi en Dieu et sa soumission totale à la pure essence divine. Chaque coup de pinceau du miniaturiste ne doit toucher la toile que pour l’agrément du Seigneur, chaque geste de l’artiste doit contribuer à la purification de son âme. »

 

Peintre prolixe, le maître Farshchian bâtit son œuvre sur cette même conception de l’art sacré. Ses toiles cristallisent la foi et la ferveur des Iraniens. Il arrive brosse la parousie de l’Imam du Temps, Mahdi le Promis - Dieu hâte sa parousie -  ; Ali et les orphelins montre la magnanimité des Gens de la demeure prophétique, notamment, du Prince des croyants ; Le garant de la biche, relate le récit de la générosité de l’Imam Reza, qui a donné sa parole au chasseur d’une biche, lui demandant d’accorder un délai à sa proie, pour qu’elle aille allaiter son petit ; Le soir d’Ashoura, un autre chef-d’œuvre, qui, dans son austérité même, relate tout ce qui s’est passé, à Karbala, au jour d’Ashoura.

 

Une des plus illustres toiles du maître Farshchian, Le soir d’Ashoura, est aussi l’une des plus populaires parmi les Iraniens. Un cheval blanc harassé et blessé retourne, sans son cavalier, du champ de bataille, et une dame voilée lui a enlacé la tête. L’affliction et le deuil imprègnent la toile. Il s’agit de l’illustration sublime de l’épopée de Karbala, en l’an 60 de l’hégire lunaire, (VIe siècle de l’ère chrétienne). En ce 10ème jour de la lune de moharram, le petit-fils du Grand Prophète de l’Islam, le vénéré Imam Hossein – béni soit-il – et ses 72 fidèles compagnons, tombent, l’un après l’autre, en martyrs, dans une bataille inégale contre l’armée de Yazid. Le cheval du Prince des martyrs regagne les tentes, sans son preux cavalier. A ce moment-là, la vénérable Zeynab, sœur de l’Imam, comprend qu’elle ne verra jamais plus son auguste frère. La toile du maître Farshchian fige cet instant de douleur, lourd en événements, c’est le point culminant d’une tragédie à la portée immense.

La quintessence de cette toile est l’absence même du sujet, pour reprendre les dires mêmes de l’auteur de ce chef-d’œuvre. « Le spectateur comprend, dès le premier instant, l’absence du personnage principal du tableau ; et c’est dans cette même absence, qui est le thème de l’œuvre, que le tableau retrouve son éloquence. », explique maître Farshchian.

 S’inviter dans l’univers fantastique et merveilleux du maître offre un moment sublime et éthéré : son monde n’est pas le lieu de confrontation du réel et de l’imaginaire, c’est là où le réel et le fantastique se combinent dans une  harmonie surprenante. Les paysages, la nature et les objets sont, dans les tableaux de Farshchian, à la fois, reconnaissables et inconnus. Vous pouvez les identifier, mais ils sont, aussi, mystérieusement et subtilement, déformés.


 

 

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