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jeudi, 30 octobre 2014 07:31

Palette : l’Achoura sur la toile des peintres

L’Achoura représente une source intarissable pour les arts : le poète évoque à travers ses élégies la Passion de l’Imam Hossein – béni soit-il – et ses fidèles compagnons, tandis que les artistes du tazieh font couler les larmes. Or, les peintres puisent aussi à leur tour largement dans cette épopée intemporelle pour rendre hommage au souvenir des martyrs de Karbala et louer leur foi incommensurable.

Il se pourrait que les artistes soient essentiellement redevables aux peintres qui s’étaient consacrés à l’art de vitrail. Pourtant quand et à quelle période précise, cet art a vu le jour en Iran ? Les chercheurs ne sont pas unanimes et ne nous donnent pas une date précise. Pour un nombre de chercheurs, l’art de vitrail est apparu vers la fin de l’époque safavide en Iran mais c’est à la période zand qu’il a connu son essor.

L’art de vitrail a pu frayer son chemin parmi la masse grâce à la peinture dite Qaveh-khâne. Cette école de peinture doit son nom du lieu où elle a émergé, les qahveh khaneh ou les cafés traditionnels. Il s'agit d'une sorte de peinture narrative, avec des thèmes, épique, sacré et profane, qui a vu le jour, à l'époque du mouvement constitutionnaliste. Les croyances religieuses et les traditions de l'art folklorique alimentent cette école de peinture, qui porte, aussi, les marques de la peinture naturaliste, en vogue, à l'époque, et qui est exécutée par des peintres qui n'ont pas de connaissances académiques.

Le vitrail doit donc beaucoup à la peinture Qahveh-khâne, mais il s’en est séparé pour devenir un art à part entière avec ses artistes et ses styles. Cela a eu lieu à un tournant de l’histoire iranienne, le mouvement constitutionnaliste. Alors que l’art populaire était en pleine évolution, le vitrail s’est séparé des murs et des portes pour s’installer dans les cadres et trouver sa place dans les lieux sacrés. Le musée de vitrail d’Iran conserve dans ses vitrines des plus prestigieuses œuvres avec pour thème l’Achoura.

La peinture Qahveh-khâne

La peinture Qahveh-khaneh puise ses assises, dans la tradition très ancienne des Iraniens de conter des histoires, de chanter des élégies et du taazieh. Cette peinture est un reflet authentique et sincère de l'art des peintres passionnés, solitaires et au cœur blessé, des artistes réprimés et frustrés, qui sont issus de la masse du peuple, de la rue, ceux qui, au terme de siècles de silence, sous les toits sombres des cafés traditionnels, dans les maisons, dans l'intimité des tekkiyeh et des hosseinieh, dans les quartiers et les rues, ont clamé, les yeux dans les yeux du peuple, leur cri étouffé dans la gorge. Ils ont peint, sur la toile, la véracité, la loyauté et le chevaleresque, leur rendant, ainsi, hommage, à leur manière. Ils ont, aussi, relaté le récit du mal et des déviations. Ils ont posé le rouge sur la toile ou le mur, en souvenir des taches de sang séchés des répressions; ils ont posé le vert, en souvenir du printemps verdoyant, frais, en souvenir de l'âme noble des véridiques, à l'esprit large, qui ont marqué, à jamais, le cœur, l'âme, les rêves et les croyances du peuple, au fil des siècles, de génération en génération, transmis de bouche à oreille, jusqu'à leur époque, pour les pérenniser, sur la toile.

La peinture moderne

Le mouvement moderne et un regard nouveau à la peinture sacrée est dans une certaine mesure redevable au maître Mahmoud Farshtchian dont son chef-œuvre  Le soir d’Achoura, 1976, cristallise un moment les plus tragiques de ce jour, lorsque la vénérable Zeynab serre dans ses bras le cheval de son frère qui, couvert de blessure, est revenu du champ de cette bataille asymétrique, sans son maître. Farshtchian a su faire avec brio un mariage heureux de miniature persane avec les récits de l’Achoura pour relater sans faire le portrait des principaux acteurs cette immense tragédie.

Au tournant de la Révolution islamique, dont les principes s’inspirent largement de l’épopée de l’Achoura, a offert une occasion en or aux jeunes artistes qui voudraient exprimer leurs idéaux avec un nouvel instrument. Les peintres iraniens ne se sont donc pas uniquement contentés de l’art qu’ils avaient hérité de leurs prédécesseurs. Ils ont fait une combinaison réussite des symboles de l’Achoura et des thèmes révolutionnaires de l’époque contemporaine. La Défense sacrée a été une nouvelle occasion à ces peintres.

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