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jeudi, 16 janvier 2014 05:11

Palette : lumière et couleurs dans la peinture persane (2)

Le goût des peintres persans pour les couleurs vives trouve ses racines dans la philosophie, le symbolisme et le mode de lecture de la couleur et de la lumière dans la culture iranienne. C’est aussi pour cette raison que l’ombre n’était pas représentée dans la miniature et que l’utilisation des métaux (or et argent) restait fréquente. Ce qui donnait un aspect plus coloré au monde représenté.

La lumière, origine de la manifestation de la couleur, est considérée comme un phénomène symbolique. C’est pourquoi elle est présentée comme un sujet non-limité à la perception de notre monde. Elle s’étend également à la totalité du monde imaginaire.

Ainsi, la perception des couleurs s’effectue d’une manière correspondant à une expérience intérieure en rapport avec la lumière extérieure. La lumière et la couleur sont décrites comme la manifestation du monde d’en-haut dans le monde d’en bas. Dans certains traités, les couleurs sont placées entre le blanc et le noir dans un ordre plutôt cosmologique que chromatique, sans toutefois suivre une évolution de valeurs colorées entre ces deux pôles.

 Nassir al-Din de Tus (1201 - 1274) dans son Tansiq-nâmeh dit que "les couleurs sont issues du mélange, en proportions différentes, du blanc et du noir ; le blanc étant leur origine et le noir leur aboutissement." La dégradation des couleurs chez Nezâmi, l’auteur du Khamseh (Les cinq poèmes),  est décrite du blanc au noir selon l’ordre cosmologique des jours de la semaine et des planètes qui y correspondent. L’œuvre de Nezami a donné l’occasion aux peintres d’exprimer leur préférence pour les couleurs vives et franches dans l’illustration des manuscrits.

Les couleurs sont utilisées dans la miniature essentiellement en fonction de l’exigence du rythme et de l’harmonie. Les peintres avaient tendance à utiliser des couleurs pures et franches, rarement mélangées avec du noir et du blanc. La pureté des couleurs diffère selon leurs composants, ce qui soulève une question aussi bien technique qu’esthétique. Moins une couleur est lavée par le blanc ou assombrie par le noir, plus elle est pure et reflète juste les ondes lumineuses qui la caractérisent. Plus une couleur est lavée par le blanc ou assombrie par le noir, moins elle est pure et reflète les ondes lumineuses de ces composants. Selon la pensée mystique, plus les composants d’une chose sont subtils, plus elle est capable de refléter une couleur pure et à l’inverse, moins les composants d’une chose sont subtils, plus la couleur qu’elle reflète paraît impure.  Les rochers et les chevaux sont colorés avec des brun, rose, violet pâle, bleu pâle, vert pâle et les nuages sont souvent blancs ou gris sur ciel d’or, bleu, ou encore or sur ciel d’azur.

L’eau est figurée avec de l’argent, et l’or est employé pour le coloris de la terre, opposé au bleu du ciel : si, dans un tableau, l’or est utilisé pour la représentation du ciel, la terre est alors bleue et vice versa. Le ciel du jour est peint en surface unie, bleu turquoise ou or, qu’animent des nuages se déroulant en spirales vives, dans lesquelles se perd le regard. Le ciel nocturne est représenté avec un bleu intense plus sombre que celui du jour, tapissé d’étoiles d’or et, parfois paré d’un croissant.

Les habits des personnages et le paysage sont colorés en premier lieu avec les couleurs primaires rouge, jaune, bleu, ou secondaires vert, orangé, violet.

Les contrastes les plus puissants que l’on peut distinguer dans les miniatures sont jaune / bleu, jaune / rouge, bleu / orangé, bleu / rouge pour les habits ; rouge / vert pour le paysage et or / bleu pour la représentation de la terre et du ciel. Toutes ces couleurs en contraste animent un dialogue harmonieux avec le rythme fluide de l’ensemble de la composition.

Malgré certaines variations selon les époques et les écoles, l’espace pictural de la peinture persane, la lumière, les couleurs, le ciel, la terre, les rochers, l’eau... restent fidèles à des prototypes qui donnent une interprétation du monde imaginaire selon la vision iranienne. C’est avec ces mêmes éléments que les artistes composaient des paysages éternels. On n’emploie toujours pas l’effet du clair-obscur pour donner naissance à des ombres : le soleil ne brille pas pour éclairer le paysage et si le feu flambe, il ne projette jamais de lumière sur la scène représentée. On est invité à contempler ce paysage et à découvrir la beauté de la nature comme élément essentiel de l’art et de l’idée mythique du paradis.

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