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mardi, 07 janvier 2014 08:45

Serrure, cage, talisman et astrolabe au musée des Arts contemporains

Serrure, cage, talisman et astrolabe au musée des Arts contemporains

Le musée des Arts contemporains de Téhéran est ces jours-ci hôte de l’exposition avec pour thème : une rétrospective du mouvement Qahveh Khane.

L’exposition en question est un florilège d’éléments de prédilection des peintres de cette école comme serrure et clé, bouclier et armure, étendard, oriflamme, talisman, astrolabe, coupe à 40 clés, icônes, tablettes…

Dès qu’on parle de la peinture Qahveh Khaneh, ce sont les noms des artistes tels que Hossein Zenderoudi et Parviz Tanavoli, qui viennent à l’esprit. Tanavoli raconte à ce sujet : Aux alentours de l’année 1961, je me suis rendu avec Zenderoudi au sanctuaire d’Abdelazim à Rey ; là des photos religieuses qui étaient exposées pour la vente, ont retenu notre attention. A cette époque nous étions, tous les deux, en quête d’éléments et de matières iraniens pour notre peinture ; nous avons donc acheté ces photos. Nous avons  beaucoup aimé la simplicité dans la forme, la fréquence des motifs et leur palette de couleur. Les esquisses que Zenderoudi dessinait en s’inspirant de ces photos, étaient en vérité les premières œuvres dans le style Qahveh Khaneh.

L’école de peinture dite Qahveh Khaneh doit son nom du lieu où elle a émergé, les "qahveh khaneh" ou les cafés traditionnels. Il s'agit d'une sorte de peinture narrative, avec des thèmes, épique, sacré et profane, qui a vu le jour, à l'époque du mouvement constitutionnaliste. Les croyances religieuses et les traditions de l'art folklorique alimentent cette école de peinture, qui porte, aussi, les marques de la peinture naturaliste, en vogue, à l'époque, et qui est exécutée par des peintres qui n'ont pas de connaissances académiques.

La peinture qahveh khaneh était un phénomène nouveau, dans l'histoire de la peinture d’Iran, qui a vu le jour, en réponse au besoin du peuple et de ses desideratas, par respect pour les croyances et convictions populaires, et, aussi, par souci de préserver toutes les valeurs logiques de l'art sacré et traditionnel d'Iran. C'était en réponse au souhait de ce peuple qui voulait des images des épopées du dévouement et du sacrifice des Imams infaillibles, non pour décorer et parer, mais pour faire preuve de leur foi et voir réaliser leur vœu. C'était en réponse au souhait de ce peuple, qui demandait, au fil des siècles, de voir les héros et les probes du Shâh-Nâme du sage de Tûs prendre forme sur la toile, afin que, grâce aux récits et aux héros du livre des rois, la fierté nationale se revivifie et que le Rostam de l'époque les émancipe de la tyrannie des tyrans.

Le musée des Arts contemporains de Téhéran a exposé des œuvres des pionniers de cette école dont Mansour Qandriz, Massoud Arabshahi, Hossein Zenderoudi, Faramarz Pilaram, Sadeq Tabrizi, Parviz Tanavoli, Jazeh Tabatabaï et Nasser Oweyssi.

En traversant la galerie N°1 c’est l’élément le plus récurrent de cette école de peinture qui retient l’attention : le cercle. Le cercle se manifeste dans les œuvres  de Zenderoudi sous des formes visuelles homogènes couvrant toute la surface de la toile ; il se voit sous forme de sceau dans les œuvres de Qandriz ; l’artiste en utilisant de manière excessive le cercle cherche à transmettre le concept de la voûte céleste à son interlocuteur.

La visite de l’exposition se poursuit avec les tableaux de Sadeq Tabrizi qui caressent l’œil par leurs belles formes et les tracées adroites. L’artiste se sert depuis les années 70, des éléments calligraphiques et des formes de l’écriture pour créer des compositions poétiques et rythmiques. Les tracées délicates et la finesse dans les détails dans les tableaux de Tabrizi rappellent l’ambiance de l’œuvre de Reza Abbassi.

Les tableaux de Mansour Qandriz ont une ambiance différente ; la forme occupe une place importante dans son œuvre ; des formes semi-abstraites de l’homme, de l’oiseau, du soleil, de l’épée et du bouclier, combinées sur des motifs géométriques récurrents remplissent l’espace limité du marge. La palette de Qandriz insiste sur les couleurs iraniennes dont le turquoise, le bleu et le lapis-lazuli combinés avec le noir.

Un trait commun et récurrent dans les œuvres des peintres de Qahveh Khaneh est la calligraphie persane. Pour ces artistes, l’écriture est uniquement un élément visuel et restent indifférents au sens des mots. Hossein Zenderoudi est peut-être le pionnier des artistes de Qahveh Khaneh dans l’emploi de l’écriture ; ses tableaux sont pleins de textes s’inspirant des talismans, des invocations, des lettres de pèlerinage que les gens portaient sur eux  pour se préserver du mal.

L’artiste pourrait aussi être bien entendu, dans des cas, s’intéresser au sens du mot, outre son aspect visuel. L’exemple le plus célèbre est peut-être la collection de statues « Hitch » (rien) de Parviz Tanavoli. Outre les statues, Parviz Tanavoli a aussi exposé ses peintures inspirées de kilim, de qabeh, de tapis et de travaux artisanaux. Les serrures et les cages de Tanavoli, tout comme ses autres œuvres dans le style Qahveh Khaneh en transmettent directement  les concepts à l’interlocuteur.

Les toiles poétiques de Nasser Oweyssi révèlent aux visiteurs un autre aspect du mouvement Qahveh Khaneh ; il fait un heureux mariage des figures humaines et des éléments calligraphiques dans une vive palette ; et tout cela en s’inspirant des céramiques seldjoukides et des peintures de l’époque qajare.

Quant à Faramarz Pilaram, ce sont ses compositions géométriques sur le fond de tissu calligraphique, le rythme des lettres saillantes, des espaces différents qui retiennent l’attention, surtout que tous ces éléments sont organisés à une qualité décorative qui est mise en relief  avec la couleur dorée.

Ces éléments décoratifs se manifestent autrement dans les toiles de Massoud Arabashahi ; cette fois-ci ce sont les motifs babyloniens, assyriens et perses qui sont chargés de véhiculer les éléments décoratifs ; ces éléments sont employés avec dextérité dans des tableaux tridimensionnels, concrétisant aux yeux de l’interlocuteur une manifestation symbolique du monde ancien.

 

 

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