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samedi, 04 janvier 2014 06:24

Palette : lumière et couleurs dans la peinture persane (1)

 La miniature rappelle que tout art devrait être un miroir tourné vers Dieu et montrer dans son reflet la trace d’un regard divin sur l’Homme. La peinture persane signale la présence d’un paradis spirituel tout comme la lune témoigne du soleil. Et ce paradis, s’il n’est pas la Réalité ultime, est tout de même une étape d’un pèlerinage à l’échelle de la transcendance. La peinture persane s’est choisie comme vocation de rendre compte d’une intelligence spirituelle qui dépasse la raison et que rien ne peut exprimer, sinon des symboles poétiques ou visuels. En montrant une lumière invisible au sens et insaisissable par la raison, elle suggère le contenu d’une vision contemplative qui ne peut appartenir qu’aux spirituels. La luminosité picturale de cet art révèle à la fois une lumière surnaturelle et la lumière de l’âme qui contemple. En cela la miniature rejoint la fonction de tout art sacré. La peinture persane ne traduit pas les effets terrestres de la lumière mais une ontologie de la lumière.

 Peinte à la gouache sur papier, enclose dans de précieux manuscrits copiés à la main, la peinture persane est  une œuvre collective, au sein d’ateliers très organisés : le calligraphe, le peintre, l’enlumineur, le relieur s’unissent pour écrire et illustrer les chefs de la littérature persane.

  

L’expression de la lumière étant l’une des caractéristiques de la peinture persane depuis ses origines, on peut évoquer le symbolisme de la lumière dans l’univers spirituel iranien : les parcelles de la lumière céleste étant emprisonnées dans les ténèbres démoniaques, la lumière (couleur à l’état pur), se libère de la masse des objets l’ayant absorbée uniquement par une sublimation "alchimique". Cette idée remonte à la sagesse de l’ancienne Perse, selon laquelle la Xvarnah (lumière de l’inspiration divine) est le flamboiement de la lumière primordiale. C’est cette même lumière que l’iconographie antique associait en tant que nimbe à la religion de l’ancienne Perse.

 La place centrale de la lumière dans la peinture persane remonte également à Mani  dont l’art "avait essentiellement une fonction didactique d’expression de la Foi". "L’enluminure liturgique si développée chez Mani était, par essence, la scénographie de la délivrance de la lumière". À cette fin, Mani et ses disciples  représentaient  la lumière dans leur miniature par des métaux.

 L’ambiance lumineuse, sans ombre, sans modelé, sans atmosphère, et sans perspective à point de vue unique, fait le passage du plan sensible au plan suprasensible, ce que l’on peut considérer comme la quête de la beauté spirituelle.

 

Dans la tradition de l’Islam, la lumière est avant tout le symbole de la divinité. Dans la sourate coranique « La lumière », il est dit : "Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat ; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des paraboles et Allah est Omniscient."

 

Les invocations aussi décrivent ainsi la lumière :

 "Au nom de Dieu de la lumière. Au nom de Dieu de la lumière de lumière.

 Au nom de Dieu de la lumière sur la lumière.

 Au nom de Dieu, Celui qui avise les affaires.

 Au nom de Dieu, Celui qui créa la lumière de la lumière.

 Louange à Dieu, Celui qui créa la lumière de la lumière".

 

Ou encore :

 

"Ô Lumière de la lumière.

 Ô Celui qui allume la lumière.

 Ô Créateur de la lumière.

 Ô Avisé de la lumière.

 Ô Celui qui proportionne la lumière.

 Ô lumière de toute lumière.

 Ô lumière avant toute lumière.

 Ô lumière après toute lumière.

 Ô lumière supérieure de toute lumière.

 Ô lumière qui n’a point de semblable".

 

Dans la tradition islamique, le monde est l’épiphanie des noms et des lumières divines. De ce point de vue, l’artiste iranien musulman voit l’univers comme la manifestation terrestre du monde céleste et son œuvre devient le miroir de celui-ci. C’est pour cette raison qu’il évite de représenter l’ombre et le clair-obscur, son œuvre devenant alors la mise en lumière de notre monde.

 

A suivre…

 

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