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jeudi, 12 décembre 2013 06:18

Palette : la céramique à sept couleurs

La dynastie safavide (1501-1736) fut à l’origine d’une brillante performance des arts persans notamment en architecture. A partir  de Shâh Abbâs Ier, la nouvelle dynastie conforta ses assises, la paix s’installa. Ispahan, désormais la capitale du vaste empire, fut le lieu des nouveautés architecturales, qui  favorisèrent, dans la foulée l’essor spectaculaire des autres arts iraniens. Les monuments safavides se font distinguer par l’usage uniforme de céramiques, un des principaux éléments  de l’ornementation traditionnelle en architecture islamique, dans l’objectif d’orner les grandes espaces des bâtiments par une répétition infinie d’un même dessin en états variés. Ces céramiques sont notamment remarquables par leur variété chromique.

Outre les couleurs, qui ont toujours occupé une place centrale dans les arts irano-islamiques, il existe des chiffres-symboles importants dans la culture, et qui se manifestent sous d’autres formes dans l’art, tel que le chiffre sept. Le lien entre une couleur et un chiffre n’est certes pas omniprésent, mais le chiffre sept se manifeste cependant très souvent dans la vie culturelle, sociale, spirituelle et universelle islamique, en particulier iranienne. Ce chiffre est lié à un ensemble de sept couleurs. Cet ensemble permet par exemple de créer artistiquement une énumération des jours de la semaine, des sept étages du ciel, de la création des êtres en sept jours, des sept conceptions intérieures du Coran (botoun), des sept arts, des sept voûtes célestes, etc.

 

Les couleurs des bases étaient, selon les Anciens, le blanc, le noir, le rouge, le vert, le jaune, le bleu et le brun. La faïence colorée de ces sept couleurs est le spécimen le plus travaillé de l’emploi simultané de couleurs et de chiffres.  Les ornements varient de plus en plus en couleurs à mesure que l’on se rapproche de l’époque safavide. A Ispahan, les céramiques de sept couleurs ont un style nouveau. Et l’on peut voir un très grand spectre de couleurs diverses comme les bleus, les jaunes, les blancs, les noirs, les rouges, les verts, les bruns…

Parmi cette gamme de couleurs, le bleu azur, le bleu ciel et le jaune occupe une place à part et un rôle particulier. Pour les experts en la matière, c’est le contraste entre ces couleurs qui crée la magie séduisante et l’attraction des célèbres monuments d’Ispahan et de l’art safavide.

Omniprésente dans l’architecture et culture irano-islamiques, la couleur a un sens esthétique, mais surtout mystique. Et c’est dans la céramique qui est en l’élément ornemental par excellence, que se manifeste le plus cette importance accordée à la couleur.

La céramique la plus utilisée durant l’ère safavide était celle en sept couleurs, car sa production et son assemblage étaient plus facile et plus rapide que les autres.  L’ornement dans l’art islamique a pour fonction de cristalliser l’espace saint et céleste, ainsi faut-il décoder et découvrir les mystères de ces images. L’artiste musulman a essayé de créer un espace serein, mystique et spirituel inspirant, en puisant dans la religion et la foi.

L’usage de la céramique en architecture irano-islamique traditionnelle est lié à de nombreuses raisons, les plus importantes étant la solidité et la beauté. L’assemblage des couleurs est la raison principale de la beauté des ensembles en céramiques. Les voûtes et les arches, en particulier dans les mosquées, sont également un signe remarquable de l’univers musulman mystique des architectes de cette période, mais l’utilisation des couleurs, leurs tonalités et leur harmonie évoquent plus que tout autre élément, cette dimension immatérielle de l’art islamique. Les nombres et les formes géométriques n’ont pas seulement un sens externe, mais sont une manifestation de la Création divine.

Les architectes, utilisant des briques monochromes, pouvaient illuminer les constructions architecturales. Ils déplaçaient les briques, alternativement, avec les jeux géométriques de l’ombre et de la lumière et les clair-obscur, et c’est ce jeu avec la lumière qui a poussé à une encore plus grande attention à l’emploi des couleurs. Ainsi, l’art de la céramique à sept couleurs fut très en vogue, changeant l’espace architectural islamique de l’Iran. La plus grande force des céramiques fut de transformer une construction monumentale en une construction resplendissante et unique dans laquelle les techniques architecturales, les ornementations et les couleurs se combinent avec brio. Ainsi, ces céramiques colorées furent-elles utilisées pour améliorer la spiritualité, le charme, l’éclat et l’attrait des monuments.

 

A chaque société, sa couleur qui évoque un état précis et un lien intime avec l’âme des peuples, comme la couleur bleu ciel ou bleu azur évoque l’infinité du ciel  et la quiétude du cœur. Dans ce contexte, les couleurs des ziggourats, qui étaient le blanc, symbolisant le mystère, la clarté et la pureté, le noir, signe d’un univers invisible, le pourpre, symbole de la terre et du monde souterrain, le bleu, l’incarnation du ciel et du cœur, et enfin la couleur dorée des voûtes pour rappeler la lumière du soleil.  En effet, la couleur, l’éternité et la beauté du soleil ont toujours attiré l’attention des hommes, qui en ont toujours fait un symbole central de leurs monuments. Les Iraniens ont pour leur part, toujours voulu montrer cet élément esthétique dans l’architecture des lieux saints islamiques.

En dernier mot, la mosquée iranienne, grâce notamment à la céramique et ses variations chromiques, avec sa cour qui symbolise le paradis, son dôme qui constitue le symbole de l’Orient, rappelle l’univers éternel décrit par les philosophes et les mystiques musulmans. L’art de la céramique qui sert à couvrir de manière permanente les monuments religieux iraniens est redevable à la conception mystique des couleurs et à leur harmonie admirable et céleste.

 

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