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lundi, 15 décembre 2014 05:45

Musique persane : le santûr

Transmise surtout par une tradition orale, la musique persane s’annonce  avant tout une musique expressive traduisant les joies, les douleurs, les souffrances… Tantôt d’un caractère méditatif, tantôt plus rythmé, elle exprime les sentiments, les émotions et les mouvements de l’âme. Nous avons consacré cette édition du magazine Art et culture au santûr, un instrument de la musique classique persane.

De tout temps, la musique a été étroitement liée à la vie spirituelle de l’être humain, à son rapport avec le sacré et à son environnement. Les musicologues ont souvent insisté sur la part irrationnelle de la musique, sur pouvoir émotionnel des sons sur l’homme. Cependant la musique, ce système structuré, constitué à partir d’unités combinées en plusieurs dimensions harmonique, mélodique et temporelle, est aussi une discipline proche des mathématiques et de la logique. Goethe considérait l’architecture comme de « la musique pétrifiée » et, pour Stravinsky, c’est l’unité « formelle » de la musique qui « nous met en communication avec le prochain et avec l’Etre. » L’idée de communiquer par la musique soulève la question des affinités avec le langage. La question du rapport entre la logique propre aux structures musicales et la charge émotive de l’univers des sons restent toujours ouvertes. Sous toutes ses formes, la musique représente pour l’homme une expression essentielle des données de sa conscience et de sa culture.

Les antécédents du santûr remontent en ces temps immémoriaux où il apparaît sur les bas-reliefs assyriens et babyloniens, à quelque 669 avant J.-C. On peut suivre ses traces dans les bas-reliefs de Bisotûn, où sont figés à jamais les musiciens, qui, montés sur un vaisseau, accompagne le roi sassanide dans une scène de chasse, y jouant lyre et santûr. Cet instrument a suivi à son tour l’itinéraire de la route de la soie. Au dos des chameaux, il a quitté l’Iran vers d’autres contrées situées sur la route de la soie, et on peut suivre ses traces de la Chine en Arménie et en Géorgie, de l’Europe en Amérique, en passant par l’Afrique maghrébine. On le retrouve en Grèce sous le nom de Santuri.

 

Instrument de musique purement iranien, qui doit sa forme actuelle à Abou Nasr Fârâbî, éminent théoricien et musicologue du Xe siècle, le santûr est considéré comme l’ancêtre du piano. Il est formé d’une cithare trapézoïde munie de 72 cordes (4 par son) en acier et en laiton, fixes et croisées, soutenues par 18 chevalets mobile sen bois, disposés en deux rangées parallèles aux côtés obliques de la caisse de résonance. Ces chevalets séparent les cordes graves, qui se trouvent à droite, des aiguës à gauche. Les cordes sont frappées à l’aide de deux légères baguettes taillées spécialement, qui produisent un son brillant, enrichi par les résonances des cordes non frappées. C’est essentiellement un instrument de soliste, mais il a aussi sa place de choix parmi un ensemble orchestrale parmi le tar et le setar. On le retrouve aussi en duo avec le tombak.

Le plus grand virtuose de santûr au XXe siècle est incontestablement Habib Samâii. Né en 1901, Habib Samâii eut pour premier maître son père, qui le familiarisa, encore un petit enfant, au santûr et à la musique savante persane. Une technique de qualité, soudée à une hypersensibilité unique, avait fait de Habib Samâii, un musicien de talent, avec une haute performance. Il a aussi signé des ouvrages précieux sur la musique persane. Habib Samâii collabora pendant de longues années avec la Radiodiffusion iranienne. Ce virtuose de santûr brillait surtout dans l’improvisation ; ce qui revêt une importance toute particulière lorsqu’on sait la place notoire de l’improvisation dans la musique classique persane. Habib Samâii est décédé en 1946.

Un autre virtuose de santûr de l’époque contemporaine est le maître Majid Kyânî. Né en 1941 à Téhéran, Majid Kyânî est formé à l’école d’Abol Hassan Sabâ, un grand musicien multi-potentiel des années 50. Kyânii apprit donc le radif de santûr, rédigé par Sabâ et manifestait un grand engouement pour les morceaux composés par les maîtres anciens, un thesaurus de partition qu’il joue avec perfection. Ses études académiques se sont concentrées surtout à la composition et à l’ethnomusicologie. Il a à son actif de nombreux ouvrages sur la musique, son instrument de musique préféré, le santûr. Les sept dastgâh de la musique persane ; La technique de Habib Samâii, joueur de santûr ; L’initiation à la musique persane ; Comment jouer le santûr ; Les techniques de l’art de jouer en solo

 

Madjid Kyânii a assumé pendant de longues années la direction du Centre de préservation et de recherche de la musique persane. Il a aussi été président du département de musique de l’Académie d’art d’Iran. Le maître Kyânii a enseigné durant trente ans la musique dans les écoles d’art et les universités. Madjid Kyânii accord un intérêt tout particulier aux relations interdisciplinaire, qui relie la musique aux autres arts notamment la peinture et la littérature.

 

« Dès la tendre enfance, explique-t-il, je manifestais un engouement pour la peinture. Même aujourd’hui, je communique parfois via la peinture avec la musique, la peinture alimente mes œuvres. J’ai composé, ces derniers temps, des morceaux de musique qui ont pour thème les tableaux de miniature très anciens. Lorsque je contemple une toile de Majnoun et sa passion pour Leyli, je crois entendre le dastgâh-e navâ. » « L’architecture est aussi étroitement liée à la musique. Par sa forme, ses espaces et ses styles, l’architecture persane est très proche des aspects spirituels de la musique iranienne. Ce qu’on retrouve aussi chez la calligraphie persane dont la typologie des lettres et le rythme d’une écriture rappelle les modulations d’une mélodie. », constate le maître Kyânii. Il est temps d’écouter un autre morceau de musique, un solo de santûr.

Né en 1932 à Téhéran, Farâmarz Payvar est un autre virtuose de santûr. C’est aux prémisses de la jeunesse, à 17 ans, qu’il commença à jouer le santûr. Il exécutait dès cette époque des concerts de musique persane. Le maître Payvar enseignait aussi à l’école nationale de musique. Nombreux sont les joueurs de santûr qui se vantent de l’avoir eu pour maître. Farâmarz Payvar a dirigé pendant de longues années, l’orchestre nationale  iranienne. Il a rédigé aussi des œuvres sur les différentes méthodes de jouer le santûr. Huit mélodies pour le santûr est un autre ouvrage du maître Payvar, qui a aussi à son actif de nombreux albums, où il a joué avec d’autres musiciens de belles pages de la musique persane. Il observe un sévère discipline dans son travail, ce qu’il conseille par ailleurs à ses disciples. Il se distingue surtout pour sa profonde connaissance des gûsheh du radif de la musique iranienne ainsi que pour sa technique unique de joueur de santûr. Sa conception subtile et sublime de la musique persane, conjuguée à une performance brillante lui ont fait un maître incontesté de santûr.

Un autre maître du santûr c’est Parviz Meshkatian, né en 1955 à Neishabur et mort le 21 septembre 2009 à Téhéran. Après avoir appris les rudiments de l'art avec son père Hassan Meshkatian, virtuose de târ et de santûr, il poursuit ses études à la Faculté des Beaux-Arts, ce qui lui permet d’assister aux cours de grands maîtres dont Mirza Abdallah, Nour Ali Boroumand, Darius Safvat, Abdallah Khan Davami, auprès desquels il apprend le répertoire classique (le radif) du santûr et du setâr.

Depuis 1977, il enseignait librement la musique et accompagne, avec son Ensemble Aref, les plus grands chanteurs. Il a également fondé l’Ensemble Sheyda.

En 1982, il a publié 20 pièces pour santûr, dont nous avons choisi un morceau, « L’aurore » pour clore cet exposé.

 

 

 

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