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mardi, 21 octobre 2014 08:04

Musique et littérature, une vieille histoire…

Les rapports qu’entretiennent la littérature et la musique, aux multiples échanges entre ces deux modes d’expression artistique sont susceptibles d’entrer conjointement en jeu dans le domaine de la création, comme en témoignent les œuvres mixtes qui allient les mots et les sons et, plus spécifiquement les œuvres littéraires inspirées par la musique ainsi que les œuvres musicales inspirées par la littérature. La musique savante persane, vieille de plusieurs millénaires a vu le jour parmi les Aryens. Elle  est étroitement liée à la nature et au printemps. Le musicien reprend les notes cristallines des oiseaux et le rythme lent ou rapide de l’eau brossant un tableau sonore des paysages les plus variés du plateau iranien, des plaines verdoyantes de Chiraz aux hauts massifs de l’ouest en passant par les oasis de Kashan. Dans le passé,  Nowrouz, marquant le premier jour du printemps, était célébré par des hymnes consacrés exclusivement cette fête de la nature. Les textes ne se lassaient de louer le printemps et ses bienfaits et de prier pour la prospérité et la profusion des produits agricoles. Le répertoire de la musique savante est plein de gusheh et de chants qui évoquent le printemps ou le nowrouz, dont Afsar-e bahar ou la couronne du printemps, la brise de Nowrouz, l’instrument de musique de nowrouz, la grâce de nowrouz, le nouveau printemps, …

Née dans les premières civilisations humaines, la musique fut liée à l’origine au sacré. Pour les anciens Grecs, les formes de la musique influaient sur les émotions et produisaient des états de conscience différents selon le contexte et le type de  gamme employé. En Inde, les traités de musique où sont consignés les ragas, évoquent ces mélodies sacrées de la tradition sanskrite qui agissent selon la période de l’année et le moment de la journée où elles sont jouées. En Iran, la musique savante persane est avant tout un art de réflexion, une réflexion qui opère dans un univers du déjà réfléchi. Elle se veut comme le moteur générateur de cet art et se situe au centre de son cercle de création.

Au Ve  siècle avant notre ère, Hérodote évoque dans ses textes, la tradition de la musique sacrée en Perse. Les Iraniens, écrit l’historien grec, chantaient les Gatha, les hymnes d’Avesta, le livre sacré des Zoroastriens avec un accompagnement instrumental. Et,  Xénophon parle, à son tour, de la musique persane de l’époque achéménide. Il décrit la campagne militaire du roi achéménide, Cyrus contre l’armée assyrienne, une campagne qui débute par une impressionnante cérémonie où la musique joue un rôle de premier plan. Donnons donc la parole à Xénophon : « Fidèle à son habitude, écrit-il,  Cyrus entonna alors un hymne. Mus par un profond respect, ses  guerriers l’accompagnaient d’une seule et haute voix. Au terme de l’hymne, les hommes preux se sont mis en marche, l’armée avançait en bloc dans une imposante marche en cadence régulière. »

Ces témoignages de la part de grands historiens en disent long sur la place de la musique dans la culture iranienne. Elle était partout présente, aussi dans la guerre qu’au moment de la paix, dans les fêtes et les deuils, bref dans  le quotidien de ces gens qui vivaient dans ces temps immémoriaux et qui ont su développer une musique distinctive ainsi que leurs propres instruments de musique, qui sont les prototypes des instruments de l’ère  moderne, que les musiciens contemporains jouent partout dans le monde. Hérodote cite souvent un instrument de musique très en vogue chez les Iraniens, le Ney, cet instrument taillé dans un roseau à sept nœuds  qui sera l’ancêtre du piccolo.

Bâmshâd, Bârbad, Râmtîn, Nakîsâ. Sont autant de noms de ces fameux musiciens, auteurs de  ces sublimes mélodies qui,   résistant aux aléas du temps, nous sont parvenues aussi fraîches et belles que le premier jour où elles ont vu le jour dans la somptueuse cour sassanide ; ces musiciens de ces temps immémoriaux qui ont légué aux générations futures, ce précieux héritage, qu’est la musique savante persane, une tradition qui alimente toujours la musique iranienne des temps modernes. Abbas Iqbal Ashtiânî, chercheur iranien de notre ère mentionne, dans son prestigieux ouvrage Poésie et musique en Iran, ces illustres noms qu’il a puisés dans les divans des poètes, les manuscrits et les livres anciens.

Comment se fait-il que ces deux modes d’expression soient si étroitement liés durant des siècles et qu’ils reflètent la culture et la civilisation d’un peuple ? Le musicien et musicologue Hossein Ali Mallah explique dans son ouvrage « Le lien entre la musique et la poésie » : « La poésie est en vérité la musique des mots et la manifestation musicale de la langue. » Le poète incante, il est Pythie, Prière, Mantra : il libère des mots leur couleur propre,  qui est musique. " De la musique avant toute chose", préconisait Verlaine dans son Art Poétique. L'Idée véritable - au sens platonicien du terme - est musique, architecture de la transcendance.    « La musique souvent me prend comme une mer. » s’exclame un Charles Baudelaire dans Spleen et Idéal . Et l’Allemand Eichendorff,  contemporain de Goethe dit :

  « Un lied sommeille en toutes choses

   Qui toujours plus loin vont rêvant

   Et le monde se met à chanter

   Sitôt trouvé le mot magique »

   La langue primordiale, s’il en fut une n'était-elle pas musique, c’est-à-dire poésie, vibration incantatoire ? Et il est vrai que  le mot latin « carmen » qui signifie tout aussi bien « chant » que « incantation, formule magique ». N’était-elle pas cette langue que tous comprenaient et à travers laquelle tous se comprenaient, vivant leur multiplicité dans une sorte d’Unité Primordiale? La conscience la plus haute instaure le règne de la langue une et sacrée, qui est aussi musique. Ainsi le poète va réorchestrer le monde, l’accordant à sa vibration première, qui est Chant et poème : sa lyre et la lyre du monde n'ont jamais été qu'Une. "Retenons que le monde de la vie est musique : plaintes, cris, sanglots, hurlements, murmures, nous assaillent bien avant de recueillir le sens. Humains, nous avons donc à composer de la musique à chaque instant pour survivre, sentir, communiquer.   

Le dire du poète est vital, de l'ordre de l'essentiel, dans tous les sens du terme. S’il est homme de transcendance parce qu’il nous ouvre les portes d’un infini qu’il sait « dénicher » aussi bien dans le chant -champ- de l’infinitésimal que dans celui du grandiose ; parce qu’il transmet connaissance et beauté, il l’est aussi - par voie de conséquence - dans cette jubilation secrète qu’il imprime à notre âme et jusque dans les cellules de notre corps: le lire est joie, joie la grande expansion dans l’infini de Soi et du Monde. 

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