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lundi, 06 octobre 2014 03:55

La fonction culturelle de la musique folklorique

La musique persane, comme d’ailleurs tout élément relevant de la culture,  n’est pas restée à part des événements qui ont empli les annales de l’histoire du plateau iranien. Aussi a-t-elle vécu aux rythmes des vicissitudes, qui, au fil du temps, ont traversé le pays. Persistante et dynamique, elle s’est développée, restructurée, elle a même dépassé les frontières pour aller prendre racine dans les contrées les plus lointaines, de la péninsule ibérique à la Chine en passant par l’Asie mineure et centrale.  L’arbre de la musique persane a donné naissance à une autre branche, aussi riche et forte que sa sœur de la musique traditionnelle : la musique folklorique de la mosaïque qu’est le plateau iranien.

Dans son acception plus large, l’ethnomusicologie étudie par des méthodes empruntées aux sciences sociales les traditions musicales transmises oralement, dont la musique populaire, la musique folklorique ainsi que la musique dite primitive. Plus précisément, l’ethnomusicologie étudie toute musique en la mettant en rapport avec le contexte socioculturel qu’elle éclaire. Le besoin de recueillir des données ethnomusicologiques remonte à l’époque des grandes découvertes géographiques. Cependant, l’ethnomusicologie s’est érigée en discipline seulement à partir de 1886, en Allemagne. C’est ainsi qu’a pris naissance une musicologie comparée, comme on l’appelait à l’époque, expression restée en usage jusqu’à ce que le néologisme « ethnomusicologie » introduit en 1950, ne se soit généralisé.

Cette nouvelle dénomination de la discipline qui ne correspondait pas à une nouvelle formulation de ses objectifs coïncidait toutefois avec l’avènement d’importantes transformations des méthodes utilisées et du rôle donné au chercheur. L’analyse de l’énorme corpus de documents réunis à partir des années 1930, grâce à l’invention de l’enregistrement phonographique, permit la mise en place de nouvelles perspectives d’étude. L’ethnomusicologie a aussi apporté une intéressante contribution à la question des origines de la musique longtemps controversée, souvent dans des termes généraux et abstraits. A titre d’exemple, elle conteste l’antériorité historique du rythme de la mélodie.

L’étude de la musique dans son contexte socioculturel montre à quel point la musique enchevêtrée  dans la culture et la tradition d’un peuple est étroitement liée à ses us et coutumes   et comment elle constitue, aux côtés de la langue, son identité culturelle. A titre d’exemple citons les rituelles de la musicothérapie qui se font au sud de l’Iran, appelée zâr ou mashâyekh, une cérémonie qui, outre la musique, est aussi un spectacle avec tous ses aspects dont la mise en scène, le décor, le maquillage, le texte… En d’autres termes, tous ces arts s’articulent autour d’un même pivot qu’est la musique.

La musique savante persane, ce qu’on appelle de nos jours la musique traditionnelle, était propre aux centres du pouvoir, elle se développait dans les  grands centres citadins qu’étaient dans le passé Chiraz, Ispahan, Tabriz et Téhéran. Plus on s’éloignait de ces villes et plus on s’approchait aux frontières, plus la musique traditionnelle perdait de couleur. Elle cédait donc la place à la présence envahissante de la musique folklorique qui s’était ancrée dans la culture et les us et coutumes de la région. Elle était présente partout dans le quotidien des habitants : aux cérémonies religieuses et nationales, dans les  mariages, les deuils, la  naissance, au moment de la moisson et de la semence…

La mosaïque iranienne réunit sur cet immense plateau  différentes ethnies d’où cette diversité culturelle qui la caractérise. La musique folklorique d’Iran se ressource donc à cette même diversité pour donner naissance à un éventail de mélodies et de rythmes propres à chaque région ou ethnie à laquelle cette musique emprunte son nom. Alors on parle de la musique du Khorasan, du Gilan et Deylaman, de Horzmogan, ainsi que kurde, turque, lor, baloutche, assyrien et arménien. Cependant cette diversité s’abreuve, selon le musicologue iranien Mohammad Reza Derviche, à une même source qu’est est la spiritualité orientale. Dans son ouvrage Miroir et chant,  consacré à la musique folklorique d’Iran, Mohammad Reza Derviche définit les contours de cette spiritualité orientale, qui n’est d’après lui, qu’un vécu particulier de la relation de l’homme avec l’au-delà. Une telle relation se fait dans le domaine de la musique orientale, via l’improvisation, l’initiation et la création des ambiances sonores multidimensionnelles, permettant ainsi au musicien d’établir une communication permanente et imprégnante avec son auditoire.

Depuis la nuit des temps, les tribus nomades sillonnent le plateau iranien. De nombreux événements ponctuent le quotidien de ces peuples qui vivent au rythme des saisons. Une vie d’exode, c’est leur lot qu’ils emballent sur le dos de leurs bêtes, traversant monts et vallées, bravant une nature rigoureuse dans la quête des pâturages encore les plus verts, de quoi nourrir leurs troupeaux auxquels dépend leur survie. Une telle mode de vie en déplacement permanent, avec en toile de fond toute une panoplie de difficultés aussi politique que sociale, a été à l’origine d’une musique qu’on a, à juste titre, appelé en Irak, la « musique de l’exode ». Une palette de  mélodies aussi belles les unes que les autres qui véhiculent l’histoire et l’épopée d’un peuple, sa lutte contre la nature et les ennemis. Une musique, étroitement liée au quotidien de la tribu, cette musique  embellit ses différentes cérémonies et anime les diverses étapes de sa vie. Pour illustrer cette partie, nous vous proposons un morceau du répertoire de la tribu Bakhtiyari, une des plus importantes tribus nomades d’Iran qui vivent dans le massif Zagros.

L’économie des tribus nomades est essentiellement basée sur l’élevage. Leur  musique est donc liée à ce genre de travail qui se trouve directement en rapport avec la nature et qui nécessite une vie nomade, en perpétuel déplacement. Les  chants décrivent la saison de l’exode, le trajet de la tribu à travers les montagnes, franchissant les cols et les gorges, bravant la nature rude de ces hauteurs. Ils exaltent la joie de la tribu qui libre comme le vent s’installe où il le veut et le quitte quand il le souhaite. Nombreux sont les chants de la région du Lorestan qui évoquent la nostalgie des tribus sédentarisées, regrettant la vie en exode. La nature est un autre thème majeur de cette musique ; les éléments naturels, mêmes les plus insignes y trouvent leur place de choix. Une petite fleur sauvage qui se laisse balancer par le vent, ou les paroles d’une pierre qui jalonne le chemin de la tribu, tous et tout pourront être le thème d’un chant. Moyen de défense, l’arme occupe une place notoire dans la culture et la tradition de ces tribus et naturellement dans leur musique. Nombreuses sont les chansons folkloriques qui font l’éloge de l’arme du  guerrier preux défendant farouchement sa tribu et son territoire. La musique lore détient un riche répertoire de ce genre de chansons.

Ancrés profondément dans sa culture, le spirituel et le mystique imprègnent  la musique de l’Orient. Le musicien oriental trace le trajet de l’itinérant à travers ses mélodies et ses rythmes. C’est sous le signe de Hafez, Molana Rumi, Saadi et Jami, des grands classiques de la littérature persane qu’il compose. La musique mystique a son propre instrument, le daf. Il s’agit d’un très grand tambour sur cadre, incrusté d’anneaux que le joueur utilise parfois pour accentuer la dramatisation du morceau. 

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