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lundi, 12 août 2013 12:14

Spécial Auditeurs du 10 août 2013 (Première partie) : la littérature narrative du monde iranien préislamique

IRIB- Chers amis, bonjour et bienvenus à une nouvelle édition du Spécial Auditeurs, programme qui vous est entièrement consacré.

Nous lirons, aujourd'hui, vos messages, puis, nous vous parlerons, dans la première partie de notre émission, de la littérature iranienne préislamique, suivie, dans la seconde partie, d'un sujet consacré au sport traditionnel du zurkhâne (Gymnase).

- Comme à l'accoutumée, nous commençons notre programme par une revue de vos lettres et mails. Si vous êtres d'accord, cher collègue, lisons le premier message.

- Le premier commentaire de cette première partie est celui de notre ami Hassan France,  qui réagit à ce titre : «Les USA, l'Allemagne et la Grande-Bretagne craignent la vengeance d'Al-Qaïda», et de dire :

- «Les USA, l'Allemagne et la Grande-Bretagne craignent la vengeance d'Al-Qaïda?????? Laissez-moi rire !!! Quelques  grandes familles juives, qui dirigent et dictent les lois, en Occident. Le naïf occidental pense que c'est bon pour lui d'être ainsi informé. En fait, on le remonte contre les Musulmans. La stratégie de l'islamo-arabo-phobie».

- Cher Hassan, merci pour votre réaction et à la prochaine, sur nos ondes ou notre site d'internet.

- Sylvie R. Tremblay commente cette information «Ahmad Jarba reçoit une promesse d'un milliard de dollars, pour renverser Assad», et de dire :

- «L'Arabie et le Qatar doivent tomber, ces terroristes ont trop d'argent entre les mains par rapport à la grosseur de leur cerveau... Faites comme les anglo-sionistes, faites-vous aussi des promesses que vous ne tiendrez pas... Offrez deux milliards à Ahmad Jarba, pour renverser la monarchie d'Arabie. Lorsque ça sera fait et que vous n'aurez plus besoin de lui, faites comme les étatsuniens, arrêtez-le et mettez-le en prison».

- Oui, en effet, les sources proches du Président de la coalition nationale de l'opposition syrienne ont révélé que trois pays arabes de la région ont décidé de créer un fonds d'un milliard de dollars, pour renverser Assad.

- François RAUCY  réagit à ce titre  publié sur notre site : «El-Béchir, empêché de venir en Iran, Téhéran réagit» et  ajoute :

- «Un scandale, tout simplement, un scandale !!! On voit bien pour qui ils travaillent ces Saoudiens. Pour faire transiter leurs amis criminels américains et de tout bord, pour qu'ils aillent massacrer des innocents, cela ne les gênes pas, mais Monsieur El-Béchir, lui, est considéré par Riyad comme un criminel, parce qu'il n'obéit pas aux wahhabites».

- A noter que le Président soudanais, Omar el-Béchir, n'a pas pu assister aux cérémonies d'investiture d'Hassan Rohani, après que l'Arabie saoudite a refusé d'autoriser l'avion du président soudanais à entrer dans son espace aérien.

- Hadassah BORREMAN réagit à cette information «Ahmadinejad nommé au plus haut Conseil de discernement», et s'exprime ainsi :

- «Récompense bien méritée, surtout, quand cela vient de la plus haute autorité du pays, le Guide suprême !  Qu'AHMADINEJAD ait ce poste me rassure ! J'espère, aussi, que les membres de ce conseil, surtout, Rafsandjani, qui le dirige, vont tout autant surveiller et reprendre, s'il le faut, le nouveau président ROHANI, dont je ne suis pas sûre d'avoir compris ce qu'il entend par «modéré». Enfin, il faut lui donner le temps de faire ses preuves.

- Cher amie, merci de votre réaction et à la prochaine fois !

- Chers amis, nous allons, aujourd'hui, nous intéresser à la littérature narrative du monde iranien préislamique.

- Les contes et légendes en sogdien constituent en lʼétat actuel de la documentation, la plus riche source dʼinformation, sur la littérature narrative du monde iranien préislamique. Cette information se présente sous deux formes : dʼabord, les textes eux-mêmes, et dʼautre part, lʼiconographie. Des peintures murales reproduisant des récits ont été découvertes, sur deux sites de Sogdiane, Shahristan en Ustrushana et, surtout, Pendjikent, ces dernières étant rassemblées et discutées, dans le remarquable livre de Boris Marshak, Legends, tales, and fables in the art of Sogdiana, New York 2002.

- Les textes eux-mêmes, tous publiés et traduits, se rangent en trois catégories :  (1) Des apologues et paraboles tirés du répertoire des trois grandes religions universelles représentées dans la littérature sogdienne (bouddhisme, christianisme, manichéisme); (2) Des contes transmis par les manichéens sogdiens, sous une forme littéraire originale ; (3) Un long passage du cycle épique de Rostam (morceau de lʼépisode des exploits de Rostam et de son cheval Rakhš contre les démons du Mazāndarān), qui est, à la fois, le seul vestige écrit subsistant de la littérature épique sogdienne et le seul récit identifiable, dans les peintures épiques de Pendjikent. Nous commençons par lui.

- Voici le texte :  «Magie. Aussitôt les démons sʼenfuirent vers la ville. Rostam, alors, les poursuivit, jusquʼà la porte de la ville. Beaucoup moururent piétinés, un millier parvint, difficilement, à entrer dans la ville, ils fermèrent les portes de la ville. Rostam sʼen retourna, avec grand renom, il alla à une bonne pâture, sʼarrêta, ôta le bât, lâcha son cheval sur lʼherbe. Lui-même se reposa, mangea, se rassasia, étendit une carpette, se coucha, commença à dormir. Les démons tinrent conseil en assemblée, ils se dirent lʼun, lʼautre : «Ce fut un grand malheur, une grande honte de notre part, quʼà cause dʼun seul chevalier nous nous soyons ainsi réfugiés dans la ville ! Pourquoi ne faisons-nous pas une sortie ? Ou bien tous nous mourrons et connaîtrons notre fin, ou bien nous tirerons vengeance, pour nos seigneurs !» Les démons commencèrent à préparer de grands et lourds équipements avec de fortes armures. En grande hâte, ils ouvrirent les portes de la ville. Beaucoup dʼarchers, beaucoup sur des chars, beaucoup montant des éléphants, beaucoup montant des dragons, beaucoup montant des porcs, beaucoup montant des renards, beaucoup montant des chiens, beaucoup montés sur des serpents, sur des lézards, beaucoup à pied, beaucoup qui allaient volant, semblables à des vautours et à des corbeaux, beaucoup à lʼenvers, tête en bas et pieds en haut ; ils poussaient des grondements. Longtemps ils firent lever pluie, neige, grêle, grand tonnerre ; ils ouvrirent leurs mâchoires, ils lâchèrent feu, flammes, fumée. Ils partirent à la recherche du vaillant Rostam. Alors survint Rakhš au bon flair, il réveilla Rostam. - Rostam se leva de son sommeil, vite, il revêtit son habit en peau de panthère, il attacha son goryte, il monta Rakhš et se hâta vers les démons. Quand Rostam vit de loin lʼarmée des démons, il dit à Rakhš : «Viens, Monseigneur, prends la fuite peu à peu, [...] faisons en sorte que les démons [nous poursuivent] jusquʼà la plaine». Rakhš acquiesca. Aussitôt, Rostam fit demi-tour. Quand les démons virent cela, vite les montures et lʼinfanterie se jetèrent en avant. Ils se disaient lʼun, lʼautre : «À présent, le moral du chef est brisé, désormais, il ne pourra plus engager le combat avec nous, en aucun cas, vous ne devez le laisser sʼéchapper, ni le tuer, mais au contraire prenez-le vivant, pour que nous lui fassions voir un terrible châtiment et de durs tourments !».

- Les démons sʼencouragaient lʼun, lʼautre, tous ensemble, ils criaient. Ils partirent à la poursuite de Rostam. Alors, Rostam fit demi-tour, il porta ses forces sur les démons, semblable à un lion ardent sur un cerf, ou à une hyène sur un troupeau de bétail, semblable à un faucon sur [un lièvre, ou à un] porc-épic sur un serpent. Il commença à les [...] »

- Le texte est transmis par un manuscrit du ixe ou du xe s. retrouvé, à Dunhuang, et de la même main quʼun des très rares textes zoroastriens sogdiens. Il nʼest lui-même pas datable, mais la forme du nom de Rostam (rwstmy, au lieu de rwstxm attendu) suggère un intermédiaire pehlevi (la forme occidentale est maintenant attestée, dès le contexte parthe tardif, par le nom de personne Rostamos, sur un contrat de la région de Doura-Europos).

- Le texte sogdien doit être comparé aux deux autres versions existantes de cet épisode, la version textuelle, en persan, du Šāh-nāme de Ferdowsi et la version picturale de Pendjikent. Les deux versions écrites ont en commun que Rostam agit seul, parle à sa monture et aime faire la sieste, tandis que la version picturale lui donne des compagnons. Les deux versions sogdiennes ont en commun la présentation pittoresque de lʼarmée des démons : bien que plus ramassée que le passage correspondant du texte, la peinture montre, elle aussi, les démons conduisant des chars et un vautour au-dessus dʼeux. Le cycle peint, parvenu incomplet, embrassait la totalité des épisodes de la campagne de Rostam contre les démons.

- Pour les épisodes précédant et suivant celui conservé dans le fragment écrit, la comparaison avec le Šāh-nāme est également instructive : lʼordre de succession des exploits de Rostam (sept, dans le Šāh-nāme, probablement, autant, dans lʼétat originel de la peinture) nʼest pas le même, certains sont amalgamés et dʼautres fragmentés. Contrairement à lʼopinion de Marshak, il nous a semblé que les deux scènes consécutives de lʼapparition de la jeune fille derrière la montagne et du combat contre la dragonnesse formaient un seul et même épisode : cʼest, chez Ferdowsi, la séduction par une demoiselle, qui, ensuite, se révèle comme une hideuse sorcière ; le principe de la mutabilité des formes démoniaques est plus accentué, dans la peinture, où le démon peut prendre forme animale, tandis que, dans le poème persan, il garde forme humaine.

- De même, le démon gigantesque à tête de lion, qui est tué dans lʼun des derniers épisodes, est, sans doute, le Démon Blanc quʼon voit apparaître, auparavant, sous forme humaine, juché sur les montagnes, qui protègent son domaine, (chez Ferdowsi, le Démon Blanc est un géant, conformément au sens de lʼavestique māzainiia daēuuas, dont la glose a fait ensuite «les démons du Māzandarān»).

- Le combat précédent comporte deux marqueurs symboliques, le Sēnmurw (volatile à avant-corps de lion et queue de poisson, protecteur de la famille de Rostam, présent, dans les scènes, où celui-ci gagne, et absent, dans celle où il est en mauvaise posture) et une chouette, (qui, sans doute, indique un combat nocturne). Dans la première scène, lʼentrée de Rostam et de ses compagnons, dans le pays des démons, le chien rongeant un os fait allusion à la pratique funéraire zoroastrienne et indique le danger de mort, comme lʼa bien vu Marshak.

- Le dossier iconographique de Rostam, dans lʼAsie centrale préislamique, ne se limite pas à ce cycle peint. Toujours, à Pendjikent, un autre met en scène Rostam, reconnaissable à son habit de panthère et à son profil unique, accordant sa fille en mariage au héros qui lʼa sauvée du pouvoir dʼun démon tricéphale ; un autre, encore, le montre, accompagnant les dieux, dans le combat eschatologique. Ces récits nʼont laissé aucune trace dans les textes.

(Source : Annuaire EPHE, Sciences religieuses, t. 116 (2007-2008) Conférences de M. Frantz Grenet)

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