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dimanche, 21 juillet 2013 12:08

Spécial Auditeurs du 20 juillet 2013 (Première partie) : Le Boustan de Saadi, vu par Garcin de Tassy

IRIB- Chers amis, bonjour et bienvenus à une nouvelle édition du Spécial Auditeurs, programme qui vous est, bien entendu, entièrement consacré.

Nous lirons, comme à l'accoutumée, vos messages, suivis d'un sujet culturel, consacré, une nouvelle fois, à la littérature persane, comme l'ont souhaité nombre de nos amis auditeurs et internautes.

- Nous commençons, donc, notre programme par une revue de vos lettres et mails. Si vous êtres d'accord, cher collègue, lisons le premier message.

- Notre très fidèle amie auditrice Hadassah BORREMAN commente ce titre  diffusé sur notre site : «Le Guide suprême de la Révolution islamique accorde une audience aux membres du cabinet», et d'ajouter :

- «En tant que Juive de la Thora, de stricte observance, donc, forcément, anti-sioniste, je peux dire qu'avec AHMADINEJAD, le Peuple Juif avait un partenaire de combat valable contre l'hérésie sioniste. J'espère beaucoup que ROHANI aura autant de qualités, pour mener à bien la tâche de président de la République islamique d'Iran».

- Chère Hadassa, merci infiniment, pour votre très gentil et chaleureux message, et à bientôt, sur la radio francophone iranienne!

- Notre internaute  Setamir analyse cette information : «Les Russes et les Algériens ont poussé Obama à lâcher les Islamistes», et de dire :

- «Ce n'est pas le sort de Mohamed Morsi qui inquiète l'administration américaine, mais tous les engagements secrets de ce président vis-à-vis d'Israël et des Etats-Unis. L'engagement (écrit) le plus scandaleux, qui a provoqué la colère et l'indignation des Egyptiens, est le renoncement de l'Egypte à 40% des territoires du Sinaï, au profit des réfugiés palestiniens. L'affaire ne serait pas grave, s'il s'agissait d'un acte de générosité islamiste, à l'égard du peuple palestinien. Mais, en réalité, il s'agissait d'une "promesse de vente", dans laquelle les Frères musulmans ont touché 8 milliard de dollars du Trésor américain».

- Cher Setamir, nous vous remercions, pour ce commentaire. Ami, à la prochaine !

- Le troisième message d'aujourd'hui nous est parvenu de notre fidèle ami Cass, qui commente ce titre diffusé sur notre site : «L'Egypte pourrait déstabiliser l'ensemble du Proche-Orient (Lavrov)», et de dire

- «Ben, c'est le but des Sionistes  de semer le chaos, partout, et ça n'est pas d'aujourd'hui»

- Cher ami, merci pour votre mail et à bientôt !

- Lady de Belgique commente cette information : «Un enfant palestinien de cinq ans, arrêté par Israël», et ajoute :

- «Une honte !! Il faut soutenir ce petit garçon, comme on soutient les hommes ou les femmes. Elle me touche cette histoire. Que va-t-il lui arriver ? Car si c'est pour montrer l'exemple, c'est une mauvaise idée. que font les parents aussi ?? Ceci est mon point de vue».

- Chère auditrice, nous vous remercions de nous avoir donné votre point devue des choses, et à la prochaine !

- Chers amis, Garcin de Tassy, écrivain et traducteur français, a traduit et commenté, au 19ème siècle, le Boustan de Saadi, poète iranien. Nous vous proposons ici  un extrait de ce texte intitulé «Le Boustan, poème moral de Saadi, analyses et extraits».

- Saadi est le seul écrivain persan dont le nom soit populaire, en Europe. De ses deux principaux ouvrages; le Boustan, qui est entièrement en vers, et le Golestan, qui est en  prose entremêlée de vers, ce dernier est le plus connu, et il suffirait, sans doute, à Saadi pour mériter sa brillante réputation ; mais le Boustan n'est pas moins célèbre. Quoique plusieurs éditions de ce poème soient parues, en Orient, on n'en  avait jamais publié, en Europe, et il n'en existait pas, non plus, de traduction ; mais le savant érudit M. Graf, après en avoir donné une traduction en vers allemands*, vient d'en  publier, sous les auspices de la Société orientale d'Allemagne, à l'imprimerie impériale de Vienne, une magnifique édition  dédiée à S. M. le roi de Saxe, édition faite avec le soin le plus scrupuleux et accompagnée d'un commentaire, en persan, comme le texte, tiré, principalement, de Sururi, le célèbre glossateur turc. On peut seulement regretter que l'habile orientaliste n'ait pas connu le commentaire choisi, publié, à Mahmudnagar, lequel élucide, de la manière la plus satisfaisante, tout ce qui peut embarrasser un lecteur, même persan.

- Je ne répéterai pas ici ce qu'on sait sur Saadi. Sa vie,  qui avait commencé vers 1176, ne se termina pas avant  1292, et ce qu'elle offre de plus extraordinaire, c'est qu'il fut fait prisonnier par les croisés, qui, ignorant son mérite, l'employèrent comme homme de peine aux fossés des remparts de Tripoli de Syrie. Un autre fait moins connu, mais qui a, néanmoins, un grand intérêt littéraire, c'est que plusieurs biographes indiens lui attribuent, je crois, avec raison, des vers hindoustanis. Il est certain que ce poète éminent voyagea beaucoup; il fit, dit-on, quatorze fois le pèlerinage de la Mecque; il visita l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte, et il alla quatre fois en Inde, nommément, à Dehli et à Somnath ou Pattan-Somnath, port du Gujarat et lieu célèbre de pèlerinage, pour les Hindous. Il raconte, dans le livre VIII du Boustan, ses aventures en ce dernier endroit et comment il découvrit la supercherie des brahmans, pour faire croire à un miracle. A Dehli, Saadi visita

le célèbre poète Amir Khusrau, auteur, entre autres, d'un khumsa ou série de cinq poèmes, sur des légendes populaires ; et ce fut, dit-on, à l'exemple de Saadi que Khusrau fit, à son tour, des vers hindoustanis, entremêlés, à la vérité, de vers persans. Quoi qu'il en soit, il est certain que Saadi a dû parler l'hindoustani, et ainsi les vers, dont on assure qu'il  est l'auteur, étaient une production toute naturelle pour lui.

-Le Boustan se compose d'environ quatre mille bait (vers)  divisés en dix livres que Saadi nomme portes, lesquels, à l'exception du dernier, sont, ainsi que les huit chapitres du  Golestan, formés d'une série d'anecdotes, dont l'auteur tire des leçons, non seulement, morales et religieuses, mais relatives à la philosophie mystique des Soufis, que Saadi, aussi  bien que ' Attar, Roumi et Hafez, ont rendue célèbre par leurs chants. Ils sont précédés d'une invocation et d'une préface, l'une et l'autre, en vers.

- Voici la traduction de la partie de la préface, dans laquelle Saadi expose le motif qui l'a décidé à écrire le Boustan, et donne le résumé des matières qu'il y a traitées :

- «J'ai beaucoup voyagé, dans les différentes contrées de la terre; j'ai vécu avec toute sorte de gens : il n'y a pas un coin du monde d'où je n'ai tiré quelque profit, pas une moisson de laquelle je n'ai su prendre un épi; mais je n'ai trouvé nulle part des hommes bons et modestes, comme ceux de la province de Chiraz  (que la miséricorde divine repose sur elle!). Ce pays mérite l'affection des hommes; aussi, ni la Syrie, ni l'Asie Mineure ne purent me le faire oublier. Toutefois, je ne voulus pas quitter ces belles contrées les mains vides et retourner, ainsi, auprès de mes amis. On rapporte, me dis-je, du sucre de l'Égypte, pour en faire présent à ses connaissances! Mais si ma main ne peut offrir du sucre, je puis fournir des discours plus doux que le sucre, non celui qu'on mange, mais celui que les gens d'esprit appliquent, au moyen de l'encre sucrée sur le papier».

- «Mon poème est comme un palais d'enseignement à dix portes. La première, c'est la justice, l'ordre, l'intelligence des choses, le gouvernement des hommes, la crainte de Dieu. J'ai posé les fondements de la seconde porte sur la bienfaisance : répandre des bienfaits, c'est rendre grâce à la bonté de Dieu. La troisième porte, c'est l'amour, l'ivresse et le trouble ; mais non l'amour matériel et terrestre auquel on cède par l'entraînement de la passion. La quatrième est consacrée à l'humilité, la cinquième, au contentement. La sixième offre le tableau de l'homme content de son sort et qui sait s'abstenir. A la septième porte, on voit l'administration du monde ; à la huitième, le bienfait de la santé ; la neuvième, c'est le repentir et la voie droite ; la dixième, enfin, contient des prières et termine le livre».

- «C'est dans un jour heureux d'une année fortunée, entre les deux fêtes, je veux dire, en 655 (1257), que mon  livre à été rempli, comme un trésor précieux, des perles de l'éloquence; mais ces perles sont encore dans le pan de ma robe, et je tiens, humblement, ma tête courbée sur ma poitrine, car dans l'Océan, il n'y a pas de perles sans huîtres, et dans les jardins, il y a de grands et de petits arbres».

«Ô toi qui es sage et d'un heureux naturel, sache que je n'ai jamais ouï dire qu'un homme d'esprit s'évertuât à  découvrir des imperfections, chez autrui. Quoique la pelisse soit de soie ou même de brocart, elle ne saurait se passer d'une ouate de simple coton. Si tu ne trouves pas d'étoffe de soie, pour ta pelisse, ne sois pas en colère, mais contente-toi des bonnes grâces de la ouate»

-Je ne tire pas vanité du capital de mon mérite : en bon derviche, j'avance la main, pour mendier. On dit qu'au jour de la crainte et de l'espérance (le jour de la résurrection),  Dieu, dans sa générosité, pardonnera aux méchants, en faveur des bons. Toi aussi, lecteur, si tu trouves quelque chose de répréhensible, dans mon discours, imite la bienveillance du Créateur du monde.  Si sur mille de mes vers un seul te paraît heureux, eh bien,  au nom de ta générosité, ne cherche pas à me déprécier».

- Maintenant, pour faire connaître la manière dont Saadi a traité son sujet, je vais donner, d'après le texte original et en consultant, occasionnellement, les commentaires et la  version hindoustani, comme je l'ai fait, pour les passages  précédents, je vais donner, la traduction de quelques-unes des anecdotes qui constituent l'ensemble du poème.

- Et voici l'anecdote qui s'intitule «Le roi bienfaisant» :

- Un des hommes les plus distingués, par son esprit ; raconte qu'Ibn Abdul-Aziz avait une bague ornée d'un diamant dont la valeur surpassait celle de toute autre pierre. Pendant la nuit, le diamant aussi brillant que le jour éclairait le monde.

- Il survint, malheureusement, une année de sécheresse, telle que la pleine lune du visage des hommes se changea en  croissant. Lorsque le monarque, dont il s'agit, vit ses sujets dans l'agitation et le découragement, il comprit qu'il ne devait pas demeurer impassible, comment, en effet, celui qui peut s'abreuver d'eau douce, verrait-il de sang-froid du poison dans le gosier d'autrui?  Ému de compassion, Ibn

Abdul-Aziz ordonna de vendre le diamant de sa bague, pour en distribuer le gain aux pauvres et aux orphelins.  Les critiques tombèrent sur lui en lui disant qu'il ne pourrait jamais plus avoir en sa possession un diamant pareil. On rapporte qu'il répondit, tandis que des larmes coulaient sur ses joues, comme de la bougie les gouttes de cire : «Un bijou que porte le roi cesse d'être un ornement, lorsque les habitants de son royaume ont le cœur abattu par la détresse. Il importe peu que ma bague soit privée de son chaton ; mais il ne faut pas qu'un seul de mes sujets soit dans la tristesse. Heureux celui qui préfère le bonheur des autres au sien propre. Les gens de bien ne désirent pas une satisfaction acquise au prix d'afflictions étrangères.

-De ce que le roi dort paisiblement sur son lit, il ne s'ensuit pas qu'il en soit de même de l'indigent ; mais si le roi vivifie les longues nuits, en s'occupant de ses sujets, ceux-ci reposeront, avec contentement et sécurité».

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