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samedi, 20 septembre 2008 11:54

Pro 61

Le chant du soleil vous invite à une expérience spirituelle hors du commun, à un voyage merveilleux qui vous introduira dans les arcanes des enseignements d'un poète visionnaire.
Nous allons donc ouvrir Le grand Masnavi, le livre le plus majestueux qu'ait signé le poète des contes, Molânâ Jalal al-Din, un recueil de contes, de paraboles et d'allégories qui permet à son auteur d'exprimer ses pensées les plus hautes, à travers un langage accessible à tous.
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Molana a réservé, dans son Masnavi, une place de choix pour l'oiseau, lui accordant toute une myriade de rôles aussi variés que merveilleux. Le poète a su tisser avec brio la thématique de l'oiseau dans la trame et la chaîne du texte poétique. Il emploie les oiseaux comme de subtils symboles polyvalents avec de nombreuses références aux sources historiques et littéraires, n'omettant aucun de ses traits dont la Nature a fait don à cet être privilégié. Chaque espèce d'oiseau a son propre symbolisme, dans le Masnavi, où le nom d'une trentaine d'oiseaux est mentionné, d'autant que les différents synonymes du terme « oiseau » y ont une grande fréquence. La terminologie du Masnavi embrasse depuis des oiseaux en chair et en os vivant dans la nature, tels que l'hirondelle, le faucon, le canard, le hibou, le paon, le perroquet, l'aigle, la huppe, jusqu'aux oiseaux fabuleux peuplant les mythes et les légendes, tels que le sphinx, le simorgh. Le symbolisme de chaque oiseau est naturellement différent d'un autre. Nous avons déjà parlé du faucon et de sa place dans l'œuvre de Molana. Cette édition du « Chant du soleil » sera consacrée au perroquet.
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Le perroquet est un autre oiseau qui occupe une place de choix dans le Masnavi et bon nombre de ses anecdotes relatent les aventures de cet oiseau parlant, dont nous avons déjà raconté quelques-unes, telles que « Le perroquet et le commerçant », « Le perroquet et l'épicier ». Son symbolisme tient justement de cette même caractéristique, ainsi que de son plumage vert et de sa préférence pour le sucre. Le perroquet apparaît sous quatre différents visages dans les contes du Masnavi. Il peut incarner les mystiques et les Amis de Dieu. C'est sa préférence pour le sucre qui le fait l'incarnation des mystiques, puisque les vérités divines alimentent ces derniers. Pour Molana Jalal al-Din, la douceur du verbe des mystiques vient justement du fait qu'ils se nourrissent des vérités divines. Or, dans la vision molavienne, tous les perroquets ne sont pas dignes de s'alimenter du sucre, à l'instar des hommes, dont tous ne sont pas en mesure de supporter les vérités divines, d'autant plus que les capacités et les talents des individus diffèrent les uns des autres.
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Il se trouve que, parfois, le Masnavi appelle le perroquet de l'âme, cet oiseau au plumage paradisiaque, incarnant l'âme transcendantale. Dans l'histoire, «Le perroquet et le commerçant », l'oiseau qui est emprisonné dans la cage demande à son maître qui se rend en Inde de raconter aux perroquets de ce pays son récit. Lorsque le commerçant accomplit le vœu de son perroquet, en racontant son récit à ses congénères, l'un d'eux tremble et tombe raide mort. Il apprend, ainsi, au perroquet captif comment s'émanciper de la cage. Les perroquets libres incarnent l'âme des messagers divins et les Amis de Dieu et le perroquet captif de la cage symbolise l'âme des hommes qui est emprisonnée dans le carcan rigide du corps ; il s'agit d'individus qui sont enchevêtrés dans les trames et les chaînes des contingences du monde d'ici-bas.
Le perroquet incarne, aussi, dans les récits du Masnavi, les gens rusés et intelligents qui se croient très importants. La vanité leur fait oublier la fatalité divine. Dans l'optique molavienne, il faut rester modeste et bannir l'orgueil et l'égotisme pour obtenir l'agrément du Seigneur et la gratification divine.
Le perroquet est aussi cet oiseau qui imite les autres. Il est l'incarnation de ces hommes qui répètent les paroles des Amis de Dieu sans en saisir leur vérité.
Il apprit le verbe de cet homme d'art
Mais il ignorait totalement le sens et le secret
Il apprit de l'homme un à un les mots
Que sait-il donc de l'homme le petit perroquet
Que le verbe

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La littérature universelle a fait de la chouette et du corbeau des oiseaux qui portent malheur. Ils sont aussi connus pour leur vie longue. La nature n'étant pas très clément envers le corbeau, le Masnavi l'a fait l'incarnation du mal et de mauvais augure. Son plumage noir, sa laideur, son croassement, son rapport avec l'hiver ont mis à la disposition de l'auteur du Masnavi, une thématique très variée des symboles. A titre d'exemple, le plumage noir du corbeau le rapproche, selon Molana, de ces chanteurs d'élégie qui ne ressentent, ni le chagrin, au sens littéral du mot, ni la joie. Dans l'histoire de Salomon, le corbeau est en contraste avec la huppe et il incarne les envieux, les égoïstes, et les pragmatiques. Ces gens-là nient l'homme parfait.
Le mystique voit dans le corbeau la métaphore du corps, car il est étroitement attaché au monde d'ici-bas et il se trouve au stade le plus éloigné du monde divin. Pour Molana, à l'instar du corbeau, l'âme concupiscente conduit l'homme vers les cimetières, les ruines, vers son anéantissement. L'âme charnelle tend à des choses à l'accès facile : manger, boire, dormir... tandis que le spiritualité est presque inaccessible, insaisissable ; seul, le faucon, est en mesure de voler dans un tel ciel.
Cette âme qui vole après les corbeaux
Le corbeau le conduit vers le cimetière
Ne cours pas après l'âme charnelle
Qui te conduira, comme le corbeau
Vers le cimetière et non pas au jardin
Si tu suis le sphinx du cœur
Il te conduira vers le mont Qaf
et la mosquée d'Aqsa du cœur

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Le corbeau incarne, dans le Masnavi, les gens à l'esprit étroit, qui sont incapables de croire en l'Au-delà et le nie. Molana a vu, aussi, chez le corbeau, les cupides, ces gens si attachés aux contingences du monde d'ici-bas. Et le monde d'ici-bas est dans la vision molavienne la ruine, le cimetière, le lieu des affaires viles et mesquines, la charogne, et le corbeau cherche l'immondice duquel il se rassasie. Le corbeau est étranger au jardin, au verger, aux mets délicieux.
Lorsque les faucons s'en vont chez le sultan
Les corbeaux se rendent au cimetière
Où les os et les détritus leur servent de pain
Et de sucrerie dans ce monde
Où est le sucre de la sagesse et du savoir
Et où est le corbeau ?
Où est le ver de la charogne
Où est le jardin ?

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Pourtant, Molana n'est pas si sévère envers le corbeau. Dans l'histoire de Salomon, le corbeau incarne l'homme imparfait qui pourrait se parfaire et évoluer, s'il était formé. Le corbeau symbolise, dans la parabole des « oiseaux d'Abraham », les désirs irréalisables, les illusions des gens qui souhaitent ne jamais mourir. Avec un tel désir, le corbeau cherche à profiter a maxima des plaisirs éphémères du monde d'ici-bas et s'enfonce dans la laideur et le mal.

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