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mercredi, 10 septembre 2008 11:21

Pro 60

Figure de proue de la poésie persane et de la gnose islamique, Jalâl al-Din Mohammad de Balkh, connu, aussi, sous les noms de Molana Rûmî et de Molawi ou le Maître, a relaté, à travers son œuvre monumentale, le récit de l'amour, le récit des effervescences des états mystiques.
Cette poésie se distingue, aussi, par sa forme, qui repose sur les deux piliers du rythme et de la musicalité. Dans un tel contexte, il serait opportun de se demander quelle est la perception qu'a Molana de la musique ? Nous avons, déjà, entamé, dans la dernière édition du « Chant du soleil », la réponse à cette question. Et en voilà la suite.
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Nous avons dit que pour Fârâbi, philosophe et mystique du Xe siècle, si la musique accompagne la parole poétique, elle favorisera l'imaginaire. Le philosophe persan contemporain, Hossein Nasr, dit la même chose, en réitérant comment poésie et musique sont étroitement liées. « Dans la civilisation islamique, explique Hossein Nasr, la musique reste essentiellement liée à la poésie, qui est l'art, par excellence, dans le monde de l'Islam. Cet engouement envers la poésie découle de la forme harmonieuse et mélodieuse des versets coraniques. Vous ne trouverez aucun peuple musulman qui ne soit pas détenteur d'une riche tradition poétique. Nombreux sont les poètes musulmans qui sont, aussi, de grands musiciens. Leur poésie s'avère donc très musicale. »
Molana Jalal al-Din est l'exemple manifeste de ces poètes chez qui la combinaison de la musique et du verbe va de pair avec leur expérience poétique. Molana était, aussi, un grand musicien. Son érudition musicale lui permettait de maîtriser avec brio les différents rythmes dans la poésie. Il suffit de lire ses poèmes pour saisir la portée de sa science musicale. A titre d'exemple, dans un seul ghazal du Divan de Shams, il emploie 20 expressions de la terminologie de la musique persane.
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Molana était, aussi, un musicien de grand talent, un virtuose. Il jouait du luth avec brio et même il apporta des changements dans la structure de cet ancien instrument de musique persane. Selon le chercheur contemporain Shafii Kadkani, depuis que le premier poème persan a été composé, jusqu'à présent, l'œuvre d'aucun poète n'a été aussi en harmonie avec le système musicale de l'univers et de l'existence humaine que celle de Molana Jalal al-Din. Ses poèmes traduisent son érudition musicale et ses ghazals sont enchevêtrés dans la musique. Et cela, à tel point que la lecture même de ses poèmes, sans accompagnement musical, rend tout enthousiaste leur interlocuteur.
O notre Joseph au beau nom, comme tu marches allègre sur notre toit
O toi qui a su briser notre coupe, qui a su t'émanciper de notre piège

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Molana n'était qu'un enfant, lorsqu'il s'initia à la musique. Cela date de cette époque où sa famille quitta Balkh et se rendit à Bagdad. Lors de ce voyage, le jeune Molana fit connaissance avec la musique de la caravane. Et dans les différentes villes où la caravane faisait escale, notre poète s'initiait à la musique de cette région. Le professeur Zarrinkoub nous explique comment Molana apprit la musique savante persane, ses gousheh et ses tonalités, en écoutant le chant du caravanier et les mélodies qu'il jouait. Or, avant la rencontre décisive avec Shams, Molana ne manifestait pas un véritable intérêt pour la musique. Il s'était exclusivement consacré à l'enseignement. Shams fut un tournant dans la vie de Molana Jalal al-Din ; il lui demanda de faire le sama', la danse des derviches tourneurs, alors qu'avant lui, Molana n'avait jamais fait du sama'.
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La musique occupe une place prépondérante dans la vision molavienne. Dans la lignée de nombreux philosophes musulmans, il considérait la musique comme une répercussion de la voûte tournante. Il avait, en fait, la même théorie que Pythagore sur la musique, selon laquelle théorie, les principes musicaux émanaient des mélodies des étoiles et des galaxies. Molana le dit dans le 4ème Livre du Masnavi, dans une parabole consacrée à Abraham :
Et les sages ont dit qu'ils avaient pris ces mélodies
de la voûte tournante
C'est la mélodie des tours du ciel
Que le peuple chante et joue sur le tanbour.

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Il est relaté que Pythagore a élaboré, sur la base des mélodies célestes, les principes de musique. Il est ainsi parvenu à encadrer la musique dans des formules mathématiques et des principes très précis. L'âme humaine, selon Molana, subit les attraits de la musique harmonieuse et mélodieuse pour la simple raison qu'elle nous rappelle les mélodies célestes de notre monde d'antan. Puisque, toujours d'après Molana, avant la chute de l'Homme dans ce monde d'ici-bas, l'âme humaine se mouvait dans le monde doux et éthéré du divin et écoutait les mélodies célestes. En d'autres termes, la musique d'ici-bas n'est qu'un rappel des chants célestes.
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Nous poursuivons ce propos sur la place de la musique dans la poésie molavienne, dans notre prochaine édition. Merci de votre fidélité.

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