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mardi, 26 août 2008 13:45

Pro 59

Figure de proue de la poésie persane et de la gnose islamique, Jalâl al-Din Mohammad de Balkh, connu, aussi, sous les noms de Molana Rûmî et de Molawi ou le Maître, a relaté, à travers son œuvre monumentale, le récit de l'amour, le récit des effervescences des états mystiques.

Cette poésie se distingue, aussi, par sa forme, qui repose sur les deux piliers du rythme et de la musicalité. Dans un tel contexte, il serait bon de se demander quelle est la perception qu'a Molana de la musique ? A quoi nous essaierons de répondre dans cette édition du « Chant du soleil ».
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Aussi vieux que l'homme sur la Terre, la musique reflète dans toute sa subtilité la dimension sonore de la Nature, issue du triangle magique du son, de l'harmonie et du rythme. Composante essentielle de toute culture dont les origines remontent aux sociétés les plus anciennes, la musique se caractérise par une très grande variété de structures, de formes et de techniques, selon les aires géographiques ou les périodes historiques. A titre d'exemple, citons les musiciens européens, qui accordaient un rôle prédominant à la mélodie, tandis qu'en Afrique, le rythme constitue l'élément central de la musique. Ces caractéristiques sont liées au statut social, culturel et historique de cette activité, dans les différentes sociétés, à son rapport à la conscience, ainsi qu'à l'environnement de l'être humain.
De tout temps, philosophes, penseurs et écrivains n'ont eu de cesse de s'intéresser à la musique. Platon, Aristote, Pythagore, Abou Nasr Farabi, dans le passé, et plus près de nous, Schopenhauer, Nietzsche, Jean-Jacques Rousseau, et de nombreux autres, ont considéré la musique comme l'une des plus profondes spéculations de l'esprit humain. Pour Platon, la musique n'est pas neutre. Selon le cas, ses harmonies et ses rythmes peuvent renforcer ou affaiblir l'âme. Mais Platon n'oublie pas que la musique est avant tout une réalité sensible. Elle nous fait vibrer, engager des émotions, secoue et entraîne l'âme au diapason de l'harmonie cosmique, conférer le courage et la confiance, pour entreprendre le pèlerinage vers la lumière. La musique bonne pour l'âme est simple et sobre, repose sur des règles claires et des rythmes réguliers et sert principalement d'accompagnement à la parole. Platon l'associe aux harmonies ou modes dits dorien et phrygien.
Ces harmonies, dont on ne connaît plus, aujourd'hui, que les échelles d'intervalles qui en constituent les gammes, ont dû, dans l'antiquité, correspondre à des genres précis, ode, péan, dithyrambe ou tragédie, auxquels étaient associés des styles d'exécution correspondant à des atmosphères émotionnelles particulières. Le philosophe et mystique persan du Xe siècle, Abou Nasr Fârâbi, à qui nous devons, entre autres, un prestigieux livre sur la musique, Musiqi-ye Kabir, (La musique la grande), lie la musique à la nature humaine.
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Née dans les premières civilisations humaines, la musique fut liée à l'origine au sacré. Pour les anciens Grecs, les formes de la musique influaient sur les émotions et produisaient des états de conscience différents, selon le contexte et le type de gamme, employés. En Inde, les traités de musique où sont consignés les ragas, évoquent ces mélodies sacrées de la tradition sanskrite, qui agissent, selon la période de l'année et le moment de la journée où elles sont jouées. En Iran, la musique savante persane est avant tout un art de réflexion, une réflexion qui opère dans un univers du déjà réfléchi. Elle se veut comme le moteur générateur de cet art et se situe au centre de son cercle de création. La littérature persane accorde une place privilégiée à la musique. L'aspect musical est primordial pour la poésie. Elle est, d'abord, vibration, et de la vibration qui s'enchâsse dans la vibration, naît le rythme. Elle ordonnance, mathématiquement, le grand silence sous-jacent, qu'elle fait passer de l'état indistinct de chaos à l'état de cosmos au sens où les Anciens entendaient ce terme. Le tempo adopté, les silences et l'intonation rendent possible l'interprétation du poème. Pour Fârâbi, si la musique accompagne la parole poétique, elle favorisera l'imaginaire. Le philosophe persan contemporain, Hossein Nasr, dit la même chose, en réitérant comment poésie et musique sont étroitement liées. "Dans la civilisation islamique, explique Hossein Nasr, la musique reste essentiellement liée à la poésie, qui est l'art, par excellence, dans le monde de l'Islam. Cet engouement envers la poésie découle de la forme harmonieuse et mélodieuse des versets coraniques. Vous ne trouverez aucun peuple musulman qui ne soit pas détenteur d'une riche tradition poétique. Nombreux sont les poètes musulmans qui sont, aussi, de grands musiciens. Leur poésie s'avère donc très musicale."
Molana Jalal al-Din est l'exemple manifeste de ces poètes chez qui la combinaison de la musique et du verbe va de pair avec leur expérience poétique. Molana était aussi un grand musicien. Son érudition musicale lui permettait de maîtriser avec brio les différents rythmes dans la poésie. Il suffit de lire ses poèmes pour saisir la portée de sa science musicale. A titre d'exemple, dans un seul ghazal du Divan de Shams, il emploie 20 expressions de la terminologie de la musique persane.

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