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samedi, 21 juin 2008 12:46

Pro 53

« L'homme est un arc dans la main de la puissance divine.

Quel heureux et excellent arc est celui qui sait dans la main de qui il est ! », s'exclame Molana Jalal al-Din. Il nous permet de comprendre que c'est en ouvrant nos cœurs à l'omniprésence divine que nous recréons l'Union avec Dieu et que nous nous reconnaissons comme les vecteurs de Son Amour, de Sa Justice et de Son Harmonie... nulle identité pour l'humain que celle-là. Ce constat serait-il, peut-être, une réponse à la question que se pose l'auteur d'un article paru, il y a quelque temps, dans le Guardian.
« Cela paraît presque incroyable. Comment se fait-il que dans ce monde où on vous donne, en vrac, 11 septembre, Ben Laden et choc des civilisations, le best-sellers de la poésie aux Etats-Unis ne soit aucune des figures de proue de la littérature américaine ? Ni Robert Frost, ni Wallace Stevens, ni Sylvia Blot, ni même les grands classiques du panthéon européen, comme Shakespeare, Dante ou Homère, ne sont pas aussi lus que les poèmes d'un mystique musulman, un nommé Molana Jalal al-Din de Balkh, qui, des siècles plus tôt, enseignait la théologie. » Oui, en effet, comment se fait-il qu'après la mort de cet homme universel que fut Molana Jalal al-Din, son œuvre soit connue partout dans le monde de l'Islam et, qu'en traversant les siècles, elle nous soit parvenue, sans perdre une once de sa fraîcheur et de sa profondeur, connaissant, aujourd'hui, cet immense succès international, auprès d'un public sans cesse renouvelé. Toujours d'après le Guardian, la traduction en anglais, par Coleman Barks, de l'œuvre de Molana, a fait le tour du monde et s'est vendue à plus d'un demi-million d'exemplaires, et cela, sans compter les nombreuses traductions en d'autres langues !
Cette assez longue introduction, pour dire que cette édition du magazine « Le chant du soleil » se penchera sur l'influence de la pensée et des œuvres de Molana Jalal al-Din, en Europe.
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Enfant, le futur poète mystique persan Jalal al-Din fut présenté au sage de Neishabour, cet autre éminent poète mystique iranien, Farid al-Din Attar, qui, stupéfait par son intelligence, déclara, suivant une formule restée célèbre « Quelle flamme ! Quelle flamme ! Quel feu ! Il apportera dans le monde ». La tradition veut également qu'un mystique l'ayant vu marcher derrière son père ait affirmé : « Voici un océan qui marche derrière un lac ». L'immensité de la pensée de Molana Jalal al-Din et l'universalisme de sa personnalité multidimensionnelle ont fait de lui le point de mire des chercheurs et des penseurs du monde entier, dont les européens. En France, de chercheurs érudits, dont Eva de Vitray-Meyerovitch, Henry Corbin, Mircea Eliade, Maurice Barrès, ont traité l'œuvre molavienne, à différents niveaux de la gnose, de la poésie, de l'histoire, de la philosophie, de l'art.
Le nom d'Eva de Vitray-Meyerovitch (1909-2001) restera à jamais associé à celui d'un des plus grands poètes de l'histoire de l'humanité, le grand maître soufi du XIIe siècle, Jalal al-Din de Balkh. La qualité de ses traductions a permis de faire goûter à la France et au monde entier la beauté et la profondeur d'une œuvre qui bouleverse les âmes en quête de sens. Son énergie était entièrement au service d'une soif de connaissance jamais étanchée. Sa curiosité et son désir de ne jamais tricher la poussaient toujours un peu plus loin dans le désir de perfection, car, ce qu'il y a peut-être de plus remarquable dans son itinéraire, est que sa vie et son engagement personnel se situaient dans le prolongement exact de ses investigations intellectuelles. Son œuvre écrite n'aurait certainement pas atteint cette dimension, si elle-même n'avait pas goûté aux délices spirituels qui sont si magistralement évoqués par Molana. Eva de Vitray n'était pas une personne plongée en permanence dans les livres. Elle s'intéressait de près aux autres et se sentait très concernée par les questions d'actualité. Il lui a été donné de rencontrer des personnages marquants, tout au long de sa vie, mais c'est Molana qui occupe une place toute particulière dans sa pensée et son travail.
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« Une fois que tes yeux seront ouverts, le monde t'apparaîtra un rêve. », écrivait Mme Eva de Vitray-Meyerovitch, dans un de ses livres. Membre du CNRS, professeur à l'Université d'Al-Azhar et celle du Caire, Eva de Vitray-Meyerovitch, qui a traduit en français la quasi-totalité de l'œuvre molavienne, est, sans nul doute, la chercheuse la plus érudite en la matière. Eva de Vitray-Meyerovitch est née, en 1909, dans une famille catholique de l'aristocratie française. Rien ne la prédestinait à se plonger dans l'étude de la philosophie et de la mystique islamique. Son œuvre a su intéresser de nombreux chercheurs à l'Orient, qui se sont donc consacrés à le connaître. Sa rencontre avec Molana est assez prodigieuse ; ce qu'elle raconte dans son ouvrage « Islam, l'autre visage », (Le seuil, 1995) : « Ce serait formidable, si vous aviez été une disciple de Molana, assise à ses pieds », s'exclame-t-elle. " Lorsque j'ai fait mes premiers pas vers l'Islam, après la lecture du livre d'Iqbal, j'ai constaté qu'Iqbal citait beaucoup le nom de Molana Jalal al-Din, en tant que maître et guide. Cela suscita ma curiosité. Je voudrais savoir qui était Molana et pourquoi Iqbal, lui-même un penseur érudit, lui semblait si attaché. Lorsque j'ai commencé l'étude des œuvres de Molana, je n'ai trouvé que de rares textes en français et j'ai dû me contenter des traductions, anglaise et allemande. Ainsi, je m'initiai à Molana, à sa pensée et à son œuvre."
Eva de Vitray-Meyerovitch consacra une quinzaine d'années à la traduction intégrale du Masnavi en français. Elle traduit, ensuite, Fih-e mâ Fih ou le Livre du Dedans, de l'intériorité la plus profonde qui est le principal traité en prose de Molana, qui, enchâssant les saints versets coraniques et les paroles du Grand Prophète de l'Islam, fables et paraboles, éveille l'âme endormie du disciple. On lui doit aussi la traduction en français d'autres œuvres de Molana, dont ses Rubayyiat (les quatrains), ses Correspondances et une partie du Divan de Shams. Elle est également l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Islam et la gnose islamique dont La gnose et la poésie en Islam, Rûmi et le soufisme, L'Islam, autre visage. Eva de Vitray-Meyerovitch s'est éteinte, en juillet 2001.
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Faute de temps, nous poursuivrons ce propos, dans la prochaine édition du Chant du soleil, et nous vous initierons à d'autres chercheurs et traducteurs français qui se sont intéressés à Molana Jalal al-Din et à son œuvre. Nous fermons la présente édition par la traduction d'Eva de Vitray-Meyerovitch des vers initiaux qui ouvrent l'œuvre majestueuse de Molana, le Masnavi.
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Écoute le Ney raconter une histoire, il se lamente de la séparation:
"Depuis qu'on m'a coupé de la jonchaie, ma plainte fait gémir l'homme et la femme.
"Je veux un cœur déchiré par la séparation pour y verser la douleur du désir.
"Quiconque demeure loin de sa source aspire à l'instant où il lui sert à nouveau uni.
" Moi, je me suis plaint en toute compagnie, je me suis associé à ceux qui se réjouissent comme à ceux qui pleurent.
"Chacun m'a compris selon ses propres sentiments, mais nul n'a cherché à connaître mes secrets.
"Mon secret pourtant n'est pas loin de ma plainte, mais l'oreille et l'oeil ne savent pas le percevoir
"Le corps n'est pas voilé à l'âme, ni l'âme au corps ; cependant nul ne peut voir l'âme.
"C'est du feu, non du vent, le son de la flûte : que s'anéantisse celui à qui manque cette flamme !
"C'est le feu de l'Amour qui est dans le roseau, c'est l'ardeur de l'Amour qui est séparé de son Ami : ses accents déchirent nos voiles.
"Qui vit jamais un poison et un antidote comme la flûte ? Qui vit jamais un consolateur et un amoureux comme la flûte ?
"La flûte parle de la Voie ensanglantée de l'Amour, elle rappelle l'histoire de la passion de Madjnûn.
"A celui-là seul qui a renoncé au sens est confié ce sens : la langue n'a d'autre client que l'oreille.

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