This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
dimanche, 11 mai 2008 13:01

Pro 51

Le Chant du soleil vous invite à une expérience spirituelle hors du commun, à un voyage merveilleux qui vous introduira dans les arcanes des enseignements d'un poète visionnaire.

Nous allons donc ouvrir le livre majestueux, Le grand Masnavi qu'ait signé le poète des contes, Molana Jalal al-Din. Un recueil de contes, de paraboles et d'allégories qui permet à son auteur d'exprimer ses pensées les plus hautes à travers un langage accessible à tous.
&&&&&&&&
Thesaurus de sentences et d'enseignements aussi précieux que judicieux, le Masnavi pourrait aussi servir de guide pour tout un chacun vers une vie meilleure, surtout une vie sans angoisse ni stress. Dans le brouhaha des polémiques et des surenchères avec lesquels est aux prises, notre monde, la sérénité, ce facteur incontournable dans la salubrité de toute existence, est un joyau rare qui fait souvent défaut. Emporté dans le tourbillon vertigineux des aléas de la vie citadine, l'homme contemporain est, plus que tout autre chose, en quête de la sérénité et de la paix. Les textes anciens, cet héritage sans prix que les sages nous ont laissé, s'attardent longuement sur les raisons qui ont fait perdre à l'homme sa sérénité et, en même temps, ils montrent comment combler ce vide. En sage et érudit penseur qu'est Molana Jalal al-Din ne fait pas exception à la règle et traite, à travers son immense œuvre, en l'occurrence le Masnavi, avec la subtilité et la finesse qui lui sont propres, les causes de la perte de la sérénité ainsi que les moyens de sa récupération.
Les biens sont, en grande partie, aux yeux du Sage de Balkh, responsables du vide causé par l'absence de la paix et du calme. Pour bon nombre de gens, les facteurs externes sont les garants de la quiétude. Ils la mesurent à l'aune du bien-être et de la richesse. Plus vous êtes riche plus vous vous démenez à réunir les éléments et les moyens du bien-être, plus vous vous assurez le bonheur. Or, tout cela ne fait en vérité que décupler vos soucis et préoccupations, ne fait que vous enliser davantage dans l'ornière de l'angoisse et du stress, ne fait que resserrer l'étau autour de vous à point d'en perdre parfois le souffle.
Pour Molana, la sérénité, dans le sens propre et littéral du terme, ne serait assurée que via le détachement de l'homme des contingences du monde d'ici-bas. Plus vous vous dépouillez de toute appartenance, plus vous vous sentez léger et libre comme un oiseau qui prend son envol vers la voûte céleste. Les avoirs sont un poids à notre cou, que nous devons traîner avec nous par-ci par-là, pèsent lourdement sur nos épaules, qui deviennent à la longue très embarrassant, ralentissant nos pas sur le chemin de la perfection. Ils tissent, sournoisement à notre insu, leur réseau arachnéen sur notre quotidien, s'emparent de notre âme et envahissent notre cœur.
&&&&&&&
Mais qu'a fait l'homme contemporain ? C'est totalement à l'inverse de tels enseignements qu'il agit. Il consacre sa vie précieuse à amasser de l'argent, à s'attacher à tout ce qui est éphémère, qu'il perdra tôt ou tard. Ne ferait-il pas mieux, l'homme du troisième millénaire, celui qui vit en chair et en os, l'ère du boom de la technologie de haute gamme, l'ère de l'Internet, du téléphone portable, de satellite... de tirer profit dûment de tous ces moyens du bien-être qui sont mis à sa disposition, de s'en servir en toute sagesse pour s'assurer une vie meilleure, une vie digne de tout être humain, au lieu de se laisser subjuguer, envahir par ces moyens, de permettre qu'ils lui dérobent son propre identité. L'eau est, pour Molana, la métaphore de ces moyens, qui, sous le bateau, le sauve et le conduit vers le havre du salut, tandis qu'une fois entrée dans le bateau, elle le fera chavirer.
&&&&&&&
Les joies et les amertumes sont pour Molana inhérentes à tout un chacun. Elles prennent source en nous-mêmes. C'est la conscience qui jette son ombre sur les objets qui nous entourent et nous les rend agréables. Or, par ignorance, l'homme fait un amalgame des moyens du bien-être au bien-être lui-même. Pour s'expliquer plus clairement, Molana fait recours à la parabole de l'homme affamé, qui mange avec un grand plaisir tout repas, mêmes les simples, tandis qu'une fois rassasié, les mets les plus raffinés ne parviendront pas à le satisfaire, lui donnant même la nausée. Le principe du plaisir se trouve au for intérieur des hommes, qui, jetant son ombre sur les objets, est responsable de notre penchant sur le monde extérieur et ses contingences. Ignorant un tel principe, l'homme aura tendance à mêler principal et secondaire, et perdra la voie juste.
Il va de soi que la technologie et ses moyens contribuent à assurer aux hommes leur bien-être, personne ne la dément. Mais on oublie souvent que les moyens du quotidien ne sont qu'une partie de tout ce qui garantit la sérénité de l'homme. A eux seuls, les moyens ne suffisent pas à l'homme de s'assurer quiétude et calme. Plus que ses ancêtres, l'homme contemporain dispose des instruments les plus sophistiqués, les plus développés, qui auraient dû lui assurer son bonheur, mais, au contraire, il est plus que jamais en proie d'anxiété et de stress. Il se sent plus que tout autre époque, désemparé, perdu, abandonner à lui-même.
Mais que faire ? Comment récupérer la sérénité perdue ? Pour Molana, la solution réside dans le détachement, dans le dépouillement de l'homme des biens et de tout ce qui le cloue sur le sol. Plus il défait les liens qui l'attachent aux contingences du monde d'ici-bas, plus il se sentira proche de la cour divine, et par conséquent plus serin, plus calme.
&&&&&&&&&
Fidèles à notre promesse de vous raconter à chaque édition, une anecdote du Masnavi, nous vous invitons, une fois de plus, à nous accompagner dans le jardin embaumé du monument majestueux de Molana Jalal al-Din et pénétrer au cœur d'une expérience spirituelle avec une autre histoire que le grand poète nous relate dans son beau et chaleureux langage. Il était une fois...
&&&&&&
L'art et la vertu sont des mannes divines qui ne se récupèrent pas par ruse ni par artifice. L'histoire de ce chacal que nous raconte Molana, ce sage parmi les sages, dans son Masnavi, illustre cette précieuse sentence. Un chacal tomba dans la jarre de teinture ; il en resta un moment et quand il en sortit, il constata que sa pelure était devenue toute en couleur, comme un beau paon multicolore. Lorsqu'il se vit tout en vert, rouge, blond et jaune, il s'en réjouit et il se dépêcha à rejoindre ses congénères. « Je ne suis plus un chacal », leur lança-t-il non sans fierté. « Regardez-moi, ma peau et mon multicolores. Admirez en moi ce paon que je suis, si haut placé. Mon rang et ma dignité sont au zénith. Je ne suis plus de vous, vous chacals si vils. »
&&&&&&&
Ce chacal qui tomba dans la jarre de teinture
Y resta pour un moment
Il en sortit le poil en couleurs
Se vantant d'être le paon éminent

Les chacals l'entourèrent, le bombardant de leurs questions, ils lui demandèrent de leur raconter ce qui lui était passé. L'un des chacal l'interpella : « Qu'est-ce qu'est cette nouvelle machination ? Quel est cet artifice pour se rendre illustre parmi ses congénères, pour qu'ils en parlent de lui ? » Et le chacal de répliquer : « Ma place est dans le jardin paradisiaque. Je suis votre point de mire, votre bien-aimé. Ouvrez vos yeux et regardez-moi, embelli par ces couleurs. Je suis une idole, aucun temple ne peut s'en vanter de posséder une idole si belle que moi. Aucun idolâtre n'a taillé une idole si magnifique que moi. Mais, bon sang, pourquoi vous ne vous prosternez pas devant moi ? ».
« O viles créatures mesquines que vous êtes, les chacals, admirez mon faste, ma splendeur et ma grandeur, priez humblement ma sollicitude, puisque je suis la manifestation de la clémence divine, le miroir véridique de la puissance divine. Honte à vous, les chacals, ne m'appelez plus ni chacal, ni tout autre bête, ni même homme ou ange, puisque je représente la miséricorde divine. Avez-vous vu ou entendu un chacal si beau, si magnifique ?
Les chacals s'empressaient autour de lui. Ils lui demandèrent mais comment l'appeler désormais ? Il répondit : Je suis le paon. Ils répliquèrent : Le paon danse dans tout son faste au milieu de la prairie. En fais-tu autant ? Il dit non. Les chacals demandèrent : « Ta voix est comme le paon ? » La réponse fut encore négative. Agacés les chacals renchérirent : Mais alors, comment tu peux prétendre que tu es un paon. On ne peut pas être un paon par la seule prétention d'en être. « Tu n'es qu'un chacal coloré, et pas un paon. Tu es ce chacal qui nous a leurré et tu t'es faire passer un paon. Tu ignores donc que c'est le Seigneur qui a mis en dépôt, par magnanimité, en Ses créatures, les vertus et les compétences. Tout le monde ne mérite pas d'être un paon. Malheur à toi ! Toutes tes couleurs ne parviendront pas à te faire un paon !»
&&&&&&&&
Voici une autre fable du Masnavi de Molana Jalal al-Din Rûmi et nous voilà au terme d'une autre édition du magazine Le chant du soleil, que nous fermons pour l'ouvrir très prochainement et vous raconter une autre histoire du Masnavi. Merci de votre fidélité. (140 lignes)

Plus dans cette catégorie : « Pro 53 Pro 50 »

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir