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mardi, 23 avril 2013 11:33

126ème partie

126ème partie
IRIB- La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois...

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; c'est par une anecdote du Boustân du grand maître de Chiraz, Saadi, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe persan.

Il était une fois, dans les temps anciens, un homme dévot, qui s'était, entièrement, voué à l'adoration et au culte du Seigneur, le Très-haut. Il passait ses jours et ses nuits à prier le Créateur des cieux et de la terre,  et à servir Ses créatures. Il sillonnait, par tous les temps,  les rues et les ruelles de la ville, en quête d'un malheureux ou d'un nécessiteux, qui aurait besoin de son assistance. Tout le monde l'aimait et le respectait, y voyant un homme plein de vertus et de piété, qui n'avait d'autre souci que d'aider ses semblables. Le temps s'écoulait ainsi, pour notre homme pieux, lorsqu'un beau jour ou une nuit de clair de lune, - le narrateur ne le précise pas - notre homme vertueux  buta sur un lingot d'or... Il fut, à la fois, si surpris et si joyeux, qu'il resta, un moment, sans voix ; il ne pouvait en croire ses yeux : un lingot d'or ! Cet homme, qui avait passé sa vie dans la vertu et la dévotion, ne parvint pas, pourtant, à résister à la tentation de ce lingot d'or ; il fut, dès lors, corps et âme,  le serviteur de l'or. Subjugué par l'or, il oublia, totalement ; la vertu et la pitié, qui, tombant, ainsi, en disgrâce, n'eurent d'autre choix que de céder la place à l'avidité et à la cupidité.

Depuis, notre homme, qui passait, naguère, ses nuits à adorer le Seigneur, Tout-puissant, et à implorer Son pardon, et les jours, à aider autrui, n'avait qu'un seul souci : réfléchir sur  l'avenir prometteur qui l'attendait. La nuit, comme le jour, il ne faisait que bâtir des plans, échafauder des projets. Il se disait : "Je vais vivre, désormais, dans le faste et le luxe ; je vais faire ériger un palais plus grand et plus haut que tout autre palais, toute une foule de serviteurs travailleront, dans mon palais, et me serviront. Je me reposerai, tout mon soûl, ce sont les autres qui doivent travailler pour moi.  Je pourrai dépenser, sans compter, puisque je roule dans l'or ; je dispose d'une fortune inépuisable. Je ferai réaliser tous mes vœux, grands et petits". Et   notre homme s'enchevêtrait, ainsi, sans s'en rendre compte, dans les fils arachnéens de ses rêves, de sorte qu'il fut hanté par des pensées sataniques, oubliant la vertu et la piété. Bref, la foi et ses vertus humaines se consumèrent chez lui, et il n'en resta que des cendres.

Il n'avait en tête qu'une seule idée : comment dépenser sa fortune. Il avait perdu la sérénité, qui faisait, jadis, son bonheur. Notre nouveau nanti passait les jours à se creuser la tête, pour bâtir ses projets ambitieux, tandis que ses nuits étaient peuplées de cauchemars.

Ce fut dans cet état d'âme qu'il décida de sortir de la ville et de se laisser aller, pour quelque temps, au sein de la nature. Il se promenait, ainsi, dans la campagne, se disant comme tout est beau aujourd'hui, comme tout le monde est heureux, jusqu'à ce qu'il arriva à un cimetière. L'homme vertueux s'arrêta ; il aperçut un fossoyeur qui travaillait à quelques pas. Il ne pouvait pas détacher ses yeux du fossoyeur et de la tombe qu'il était en train de creuser. A cet instant, il commença à pleurer toutes les larmes de son corps. Comme si cette scène avait déchiré le voile sombre de l'ignorance qui l'avait aveuglé ; il rougit de honte, passa la main sur son front et baissa la tête : "Comment avait-il pu devenir si nul, si idiot ?" Il comprit sa grande erreur." Malheur à moi, si je m'étais laissé aller, si j'avais réalisé ses rêves si stupides et absurdes. Notre sort à nous tous n'était-il pas cette poignée de terre". Il se repentit devant la cour divine et il distribua tous ses biens, parmi les pauvres, pour l'agrément divin.

« Le noyer, si grand, qu'en serait-il de l'arbre du melon d'eau.» Oui, il s'agit bien du proverbe du jour, choisi du thesaurus du folklore persan. Mais d'où vient-il ? Et qui l'a dit la première fois ?

Il est relaté qu'un âne, qui se prenait pour un sage parmi les sages, se permettant de critiquer tout et de donner son avis à tout propos, se rendit, un beau jour de Dieu, dans un verger ; il se promenait, allégrement, parmi les arbres, lorsqu'il aperçut un arbuste de melon d'eau ; il apprécia l'arbuste, qui s'étalait sur la terre, doté de son grand fruit. L'âne hocha la tête, prit son air pensif et se dit : "Quel admirable arbuste. Il a pu donner un si gros fruit, quoiqu'il n'ait pas de branches solides". Après cette réflexion si «judicieuse», notre âne brouta un peu d'herbe, et se sentant gagner par la fatigue, il choisit l'ombre  fraîche d'un grand et altier noyer, pour se reposer. Le noyer fit bouger ses branches et interpella l'intrus : «Le sieur âne, avez-vous oublié les fondements de l'amitié ? Vous négligez même de saluer ? Sans crier gare, ni demander la permission, vous vous installez ici, comme si vous étiez chez vous. Pour rafraîchir un peu votre mémoire, je dois vous rappeler qu'à chaque chose, une procédure ; j'ai tant souffert, pendant de longues années, pour avoir une telle stature, pour que vous puissiez vous reposer, à l'ombre de mes branches ; vous auriez dû, au moins, dire un petit merci». L'âne, qui est un fieffé effronté, jeta un coup d'œil hautain aux noix de l'arbre, lança un long et bruyant hi han, pour dire : «Vraiment tu te prends pour un arbre ? N'as-tu pas honte ? Tu te vantes de tes branches et de ton ombre ? Regarde un peu autour de toi, jette un coup d'œil à l'arbuste de melon d'eau. Il n'a qu'un dixième de ta hauteur, mais il a pu, en dépit de ses branches fines et douces, avoir un fruit aussi gros. Et toi ? Tu as un tronc, si dur et si épais, tu as un millier de branches et un million de feuilles, mais tu n'as comme fruit que ces petites noix. C'est normal que tu aies honte de tes fruits et que tu ne te vantes que de ton ombre».

Les propos de l'âne blessèrent le noyer, qui décida de lui donner une telle leçon qu'il ne l'oublierait jamais. Il attendit que l'âne s'endorme ; dès qu'il l'entendit ronfler, le noyer fit bouger ses branches et jeta une de ses noix, juste au milieu de la tête de l'âne. Ce dernier se réveilla, en sursaut. Il commença à crier à tue-tête : «Aïe ! Aïe ! Qu'est-ce qui se passe ? Ma pauvre tête !» L'altier noyer éclata de rire et dit : «Bah, ce n'était rien, ce n'était qu'un de mes insignifiants fruits, qui t'a frappé à la tête». L'âne répondit : «Quoi qu'il en soit, il m'a fait mal». Et le noyer de rétorquer : «Si toutes tes pensées se réalisaient, qu'arriverait-il alors ?» L'âne ne comprit rien de rien. Le noyer lui expliqua : «Réfléchis, donc, un instant ! Si mes fruits étaient de la taille d'un melon d'eau, et s'ils tombaient, qu'arriverait-il à celui qui se reposerait sous mon ombre ? Il serait certainement mort. N'est-ce pas ?» L'âne n'eut d'autre choix que d'acquiescer et de reconnaître son erreur : «Chaque chose, à sa place ; mieux vaut que tu aies de petits fruits». Dès lors, quant on veut évoquer une comparaison inappropriée, on dit : «Le noyer, si grand, qu'en serait-il de l'arbre du melon d'eau».

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