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mardi, 05 mars 2013 14:58

123ème partie

IRIB- Il était une fois... Une formule qui éveille, chez chacun de nous, toute notre enfance, cette enfance  bercée par ce mot magique.

Combien de fois l'avons-nous entendue de la bouche de notre mère ou grand-mère, qui, de sa voix douce et tendre, nous a raconté ces contes et  histoires qu'elle avait entendus de sa mère et elle-même de sa mère...

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l'espace et dans le temps, pour vivre avec le grand poète de Chiraz, Saadi,  un moment de spiritualité avec une anecdote tirée de son monument majestueux, le Golestân. Un poème du poète persan contemporain Sohrab Sepehri,  nous servira d'interlude, et  une sentence de Bozorgmehr, un sage parmi les sages, clôturera ce chapitre. Restez avec nous.

Il était une fois, un derviche pauvre comme Job. Dans ce monde, si vaste, il n'avait,  ni maison, ni famille, ses biens se résumant à ses bras, ses pieds, ses yeux, son cœur et sa bouche. Ce qui  représente, déjà, aux yeux des sages, une fortune non négligeable. Ces bienfaits sont, pour tout homme lucide et intelligent, un précieux trésor. Bref, ce derviche marchait pieds nus ; il ne détenait aucun capital, il travaillait, pourtant, les mains nues. Il regardait le monde avec ses yeux,  il adorait, avec son cœur, le Seigneur unique, et il remerciait Dieu avec sa bouche. Notre derviche était, toujours, en voyage, il se rendait à pied, d'une ville à l'autre, passant, ainsi, ses jours.

Il se trouva qu'un beau jour, notre derviche pauvre, mais à l'âme noble, quitta Koufa, avec la caravane, qui se rendait au Hedjaz, sans savoir,  ni la destination de la caravane, ni son motif.  Il marchait, allègrement, et murmurait ce distique :

Je ne suis,  ni juché sur une  monture,  ni chargé comme un chameau

ni le maître d'un sujet, ni l'esclave d'un roi

je ne m'inquiète, ni pour les biens, ni l'éphémère,

calme et paisible, je respire et vis

Un des caravaniers, juché sur un chameau, remarqua le derviche et l'interpella : «Ô derviche, où vas-tu ? Retourne, sinon les difficultés auront raison de toi et tu périras ; ce n'est pas un chemin que tu puisses traverser à pied et sans provision». Le derviche ne daigna même pas répondre à cet avertissement et continua sa route. Celui qui s'était adressé au derviche, était un jeune homme fortuné et en pleine forme, qui ne manquait rien dans la vie. Jeune, frais et sain, il avait beaucoup d'ambitions et de rêves, vivant dans le luxe et l'opulence. Le jeune nanti ne perdait pas des yeux le derviche, et tout au long du voyage, il attendait le moment où ce dernier tomberait, terrassé par la fatigue. Il disait à ses compagnons de route : «ce derviche, qui nous suit à pied, ne tardera pas à tomber par terre et à mourir. Je lui ai dit de rentrer mais, il a fait la sourde oreille. Il s'apercevra, pourtant, qu'il avait commis une grande erreur. Il aurait dû m'écouter et rentrer, mais, hélas, c'est trop tard. Il mourra , bientôt, sur cette terre, en exil et dans la solitude»

La caravane continuait son chemin, tandis que notre derviche courrait derrière, les pieds nus. Harassé, assoiffé et affamé, il haletait, mais il ne s'arrêtait pas. Après un long chemin, la caravane arriva à une oasis verdoyante. Les beaux et fiers palmiers étendaient leur panache vert sur un étang d'eau fraîche et limpide. Les caravaniers décidèrent de s'y arrêter et de s'y reposer. Ils venaient juste de descendre de leur monture, que le jeune fortuné fut terrassé par la mort et rendit l'âme. Le derviche s'approcha de lui et dit : «Les difficultés n'ont pas eu raison de nous et nous ne sommes pas morts, mais toi, tu as expiré dans l'opulence et l'aisance». Les compagnons de route du jeune homme, qui avaient entendu ses paroles, au sujet du derviche, furent très étonnés de cet événement. Or, le derviche, pauvre, mais à l'âme noble, leur dit : «Il n'y a pas de raison de s'étonner». Un des voyageurs dit : «Pourquoi ne pas s'étonner ? Ce jeune riche, qui était monté sur un chameau vigoureux, qui ne s'est pas  fatigué, qui n'avait souffert ni de la soif et ni de l  a faim, est mort, alors qu'il était en pleine forme, il mangeait bien et buvait tout son soûl. Tandis que toi, tu suivais à pied la caravane, tu avais faim et soif, tu souffrais beaucoup. Tout au long du chemin, tu n'as pris, ni une miette de pain, ni une goutte, tu es arrivé ici, sain et sauf, et tu n'es pas mort. Et tu dis qu'il n'y a pas de quoi s'étonner» ? Le derviche, en éclatant de rire,  dit : «Vous oubliez que lorsque l'heure de quiconque arrive, il doit rendre l'âme. Il se peut qu'un malade, dont le cas est désespéré, guérisse, alors que son infirmier, qui était en pleine santé, meure».

Nuit de la bonne solitude

Ecoute, c'est l'oiseau le plus lointain du monde qui chante,

La nuit est unifiée, fluide et épandue

Les géraniums

De même que la branche la plus sonore de la saison

Entendent les frissons de la lune.

L'escalier gît devant la maison

La porte tenant à la main une lanterne

Et dans la fraîche générosité de la brise

Ecoute le sentier appelle au loin tes pas

Tes yeux  ne sont guère la parure des ténèbres

Secoue donc tes paupières, enfile tes souliers et viens.

Viens à l'endroit où le duvet de la lune éveillera tes doigts,

Où le temps s'assiéra sur une motte de terre, auprès de toi

Où les psaumes de la nuit poreuse t'absorberont

Comme un chant sacré.

Là se trouve, aussi, un sage qui te dira

La fin ultime de la vie est découvrir ce regard

Encore mouillé de l'amour.

 

Une sentence de Bozorgmehr, un sage parmi les sages, clôturera ce chapitre :

«Celui dont le corps a pour gardien l'esprit et sur lequel règne l'intellect, vivra, dans la félicité et la lumière». Merci de votre fidélité et à la prochaine.

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