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mercredi, 13 février 2013 13:21

120ème partie

La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois...

C'est par une anecdote du Masnavi du grand poète mystique persan, Molana Jalal al-Din, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe. Restez avec nous.

Il était une fois, un roi aussi riche que croyant, aussi courageux que puissant. Un beau jour, il sortit de son somptueux palais, alors qu'il était monté sur son cheval favori et que, seuls, ses  plus proches courtisans, l'accompagnaient.  Sur la route, il rencontra une belle esclave. Le cœur du roi en fut le serviteur. Il donna de l'argent et acheta la belle esclave. Lorsque la belle esclave fut installée au palais, elle tomba malade. Le roi, qui l'aimait beaucoup, voulut la guérir à tout prix. Il appela les meilleurs médecins à son chevet. Mais, en vain. Personne ne parvenait à la guérir. Tous disaient :"Nous nous vouerons à cette cause, nous réunirons notre savoir et coopèrerons ensemble. Chacun de nous est un guérisseur de son temps, toute souffrance a son remède dans nos mains». Mais ils oublièrent de dire, si Dieu le veut, et le Seigneur leur montra leur impuissance. Tout ce qu'ils firent de remède et de baume ne firent qu'augmenter les souffrances et furent vains.

Le narrateur omniprésent et omniscient, Molana Jalal al-Dine, rappelle que la vanité des médecins leur avait fait oublier les limites de leur modeste savoir, à tel point qu'ils avaient omis de dire «si Dieu le veut ». Et le Seigneur leur montra l'impuissance de l'homme. Les médecins ne parvinrent pas à guérir l'esclave. Désespéré des médecins, le roi pleurait et gémissait. Il se rendit à la mosquée et sollicita le Tout-Puissant de lui venir en aide et de guérir sa bien-aimée. Il se précipita au mihrab et se noya dans ses larmes, là où il s'était prosterné.

Le roi supplia Dieu, l'implorant de guérir la belle esclave. Il invoquait Celui dont le nom était le remède et la guérison même. Comme le roi sollicitait, d'un cœur pur et en toute sincérité, le Créateur, la clémence divine le bénit et exauça sa prière. Il s'endormit. Au royaume des rêves, il rencontra un Vieux, qui venait vers lui. Le Vieux lui donna la bonne nouvelle que sa prière était exaucée et que, demain, un médecin se rendrait chez lui, guérirait l'esclave et la sauverait.

Il dit : ô Roi, voilà la bonne nouvelle

Ta prière est exaucée

Si un étranger vient demain, c'est de notre part

Lorsque ce médecin érudit viendra

Croie en lui, puisqu'il est sincère et loyal

Dans sa guérison constate la magie absolue

Chez lui, tu verras la puissance divine

Le roi regagna son somptueux palais, s'installa derrière la fenêtre et fixa la route, dans l'attente du vieux sage. Mais son attente ne fut pas longue ; il vit, soudain, un homme, tel un soleil lumineux, qui s'approchait de lui. Le roi se précipita, pour accueillir son hôte de l'Au-delà, il le prit dans ses bras et le conduisit à son palais. Le roi comprit, à travers la courte conversation avec le médecin divin, son rang et sa place privilégiés. Et il s'exclama : «C'est toi, en réalité, mon bien aimé et non pas cette esclave ;  tu as sauvé mon âme tourmentée en venant ici».

Or, étant donné que tout ce qui se passe, dans ce monde, suit un cours bien réglé et qu'à chaque chose, sa cause, il fallait que cette esclave tombe malade, pour que le roi rencontre ce médecin, venu de l'Au-delà. Si le roi ne s'était pas prosterné, devant la Cour divine, et n'avait pas sollicité le Seigneur, avec humilité et respect, ce médecin n'aurait pas été envoyé. Le narrateur intervient, encore, pour rappeler : "Sollicitons le Seigneur de nous gratifier de la reconnaissance, puisque l'ingrat restera privé de Sa gratitude. L'ingrat ne porte pas préjudice à lui seul, il embrase tous les horizons".

Le roi conduisit le médecin, au chevet de l'esclave, et lui raconta tout ce qui s'était passé. Après avoir examiné la patiente, le médecin découvrit le secret de l'esclave et dit au roi que tout ce que les autres médecins avaient fait, était vain. Mais quel était le secret de la belle esclave ? Le sage érudit parviendrait-il à la guérir ? C'est ce que nous saurons, dans la prochaine édition du magazine «Il était une fois...», mais, en attendant, la suite du programme.

«Il a gardé l'os dans la plaie».Oui, il s'agit bien du proverbe  de la semaine. Mais quel en est l'origine ? Depuis quand, se transmet-il de bouche à oreille? Il est relaté que, dans les temps anciens, un boucher qui, travaillait, un jour, dans sa boutique, avec un hachoir, se coupa profondément la main d'où le sang coulait  à flot. Les voisins se précipitèrent, ils conduisirent notre boucher blessé, chez le toubib de la ville. Le médecin fit en sorte que le sang cesse de couler et commençait à panser la blessure, lorsqu'il aperçut un petit morceau d'os oublié dans la plaie. Il devait le retirer, avant de panser la plaie. Il réfléchit un moment, puis, finalement, laissa l'os dans la plaie, et pansa la main du boucher en la laissant dans cet état. Après avoir fini son pansement, le médecin dit au boucher : «Ta blessure est très profonde, tu dois venir ici, tous les deux jours, pour que je renouvelle ton pansement». Dès lors, le boucher se rendait, tous les deux jours, chez le médecin ; à chaque fois, il lui apportait un peu de viande et le payait, aussi, pour ses soins. Le temps s'écoulait, ainsi, sans que la main du pauvre boucher guérisse. Jusqu'au jour où le toubib dut s'absenter de la ville, pour guérir un malade à la campagne. Ce voyage dura quelques jours. Pendant ce temps, le fils du toubib, qui avait appris, chez son père, les rudiments de la médecine, le remplaça et essayait de soigner les gens. Et ce jour-là, comme les précédents, le boucher se rendit chez le médecin, avec un peu de viande et de l'argent. Le fils du toubib ouvrit le pansement  et remarqua le morceau d'os oublié dans la plaie ; il le retira avec précaution, et renouvela le pansement. Deux jour plus tard, lorsque le boucher revint, chez le fils du toubib, il était tout sourire, et dit : «Merci mille fois, t'es meilleur que ton père ; depuis deux jours, ma main va beaucoup mieux».

Le fils du toubib hocha la tête et dit : «Demain ou après-demain, si Dieu le veut, ta main sera complètement guérie ; je ne crois pas qu'il soit nécessaire que tu reviennes ici».

Quant à notre toubib, il rentra un soir, harassé de fatigue. Son épouse mit la table et servit le repas, mais au lieu de la soupe pleine de viande d'autrefois, elle avait préparé un ragoût d'aubergines et de courgettes sans viande. Le toubib prit une cuillère, chercha en vain, dans son assiette, un morceau de viande ! Le toubib dit à son épouse : «Femme, pourquoi ce plat n'a-t-il pas de viande ?»Et son épouse de rétorquer : «Vous n'étiez pas là, pour apporter de la viande ; quant à notre fils, il était si occupé, qu'il n'a pas eu le temps de se rendre chez le boucher». Le toubib regarda, avec surprise, son fils et dit : «Qu'il achète de la viande !!? Le boucher ne venait-il pas ici, pour son pansement ?» Le fils répondit : «Si, père, il venait. J'ai ouvert son pansement et j'ai constaté un morceau d'os oublié dans sa plaie ; je l'ai retiré. Rassurez-vous, je l'ai bien soigné. Aujourd'hui, il n'est pas venu,  je crois que sa blessure est guérie».

Le toubib soupira et dit : «Tu as retiré l'os de sa plaie ? C'est pour ça que ce soir, le dîner est sans viande». Le fils, qui ne comprenait pas, dit : «Père, je ne saisis pas, il ne fallait pas que je retire l'os de sa plaie ? Si l'os y était resté, sa blessure n'aurait jamais guéri». Le toubib s'exclama : «Mais j'avais laissé l'os, dans la plaie, justement pour que le boucher vienne ici, tous les jours ; dès demain, nous devrons aller chez lui et lui acheter de la viande».

Depuis, lorsqu'un quidam entrave le cours des événements, on lui dit : «Tu as gardé l'os dans la plaie». Merci de votre fidélité.

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