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mercredi, 16 janvier 2013 14:42

118ème partie

Il était une fois... Une formule qui éveille, chez chacun de nous, toute notre enfance, cette enfance  bercée par ce mot magique, une formule qui jaillit, toujours aussi jeune et dynamique, même, en ce monde du troisième millénaire, emporté dans le tourbillon vertigineux du boom de l'information, cloué, devant les grand et petit écrans.

Combien de fois cette formule magique nous a emportés sur les ailes de l'imaginaire vers l'univers du merveilleux et du fantastique ? Combien de fois l'avons-nous entendue de la bouche de notre mère ou grand-mère, qui, de sa voix douce et tendre, nous a raconté ces contes et  histoires qu'elle avait entendus de sa mère et elle-même de sa mère...

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l'espace et le temps  et vivre avec le chantre de la poésie mystique persane, un moment de spiritualité, au travers d'une anecdote tiré de son monument majestueux le Grand Masnavi, une anecdote de  Molana Jalal al-Din qui nous est relatée avec la verve qui caractérise son beau et chaleureux langage. Cette fois-ci, nous vous raconterons l'histoire de ce jeune homme qui, souhaitant apprendre le langage des animaux, se rendit chez le vénéré Moïse. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe iranien. Restez avec nous.

Molana Jalal al-Din relate, dans son Grand Masnavi, qu'à l'époque du vénéré Moïse – béni soit-il – un jeune homme se rendit chez lui, pour le solliciter de lui apprendre le langage des animaux. Le vénéré Moïse lui déconseilla de s'impliquer dans une telle aventure et lui en rappela les impacts dangereux. « C'est dangereux ; si c'était dans l'intérêt de l'homme de connaître le langage des animaux, le Seigneur, le Très haut, l'aurait déjà gratifié d'une telle manne, tout comme les autres. Sollicite le Seigneur de te donner de la science». Ainsi parla le vénéré Moïse, sans, pour autant, réussir à convaincre le jeune homme, qui devenait, par contre, plus déterminé que jamais dans  sa décision. Le vénéré Moïse s'adressa à Dieu : «Que dois-je faire ? Si j'apprends le langage des animaux à ce jeune homme, il sera, indubitablement, exposé au danger ; si je refuse de le lui apprendre, il aura le cœur brisé et il me reprochera de ne pas l'avoir aidé».  Une voix, de la part de Dieu, dit : «Ô Moïse, notre magnanimité est si immense que nous ne pouvons pas rejeter une sollicitation. Apprends-lui le langage des animaux». Moïse répondit : «Ô mon Seigneur, il regrettera, certainement, un tel souhait. L'impuissance, dans cette affaire, est meilleure que la compétence».

Une voix, de la part de Dieu, dit : «Donne-lui les avertissements nécessaires, s'il insiste encore, apprends-lui le langage des animaux».

Le vénéré Moïse essaya, encore, de persuader le jeune homme de renoncer à sa demande : «Ô jeune homme, ce n'est qu'un caprice ; cette faculté que tu souhaites obtenir sera à ton détriment». Or, le jeune homme fit la sourde oreille à tous les conseils de Moïse et il s'entêta à vouloir apprendre le langage des animaux. Moïse soupira et apprit au jeune homme le langage des chiens, des poules et des coqs. Très content, le jeune homme rentra chez lui. Le lendemain, il voulut essayer sa nouvelle faculté. Il se rendit, donc, dans la basse-cour. Sa femme allait jeter le reste du pain du petit déjeuner, devant le chien, mais le coq fut plus agile et happa le morceau du pain. Très en colère, le chien se mit à aboyer contre le coq. Le jeune homme, qui avait appris le langage des chiens, des coqs et des poules, s'approcha, pour mieux entendre la conversation du coq et du chien.

Le chien disait : «Méchant coq, tu as été injuste envers moi ?» Surpris, le coq répliqua : «Quoi ? De quelle injustice tu parles ?» Le chien dit : «Tu peux manger des graines et te rassasier, mais, moi, je ne peux pas ; en plus, tu m'as volé mon morceau de pain». Le coq fit un long cocorico et dit : «Ne t'inquiète pas, le Seigneur est miséricordieux, Il te donnera ton dû par un autre moyen». Demain, le cheval du maître de la maison mourra et tu pourras manger autant que tu veux de sa chair».  Le maître de la maison qui écoutait la conversation du coq et du chien, s'empressa de conduire son cheval au marché et le vendit. Le lendemain, le coq vola, encore, le pain du chien. Furieux, le chien dit : «Tu es un coq menteur, tu m'as dit que le cheval du maître mourra, mais comme tu le constates, cela n'a pas eu lieu». Le coq dit : «Si le cheval meurt, ce sera chez son nouveau maître. Cet homme a vendu son cheval et c'est l'acheteur qui a perdu son argent. Mais je te donne la nouvelle que demain, ce sera au tour de l'âne de notre maître de mourir. Tu auras, donc, de quoi manger».

L'homme n'attendit pas le reste de la conversation, il se hâta de conduire son âne au marché et de le vendre. Le lendemain, le chien dit au coq : «Ô menteur, tes propos se sont encore avérés faux». Le coq répondit : «Je n'ai pas menti, l'âne est mort, mais cet homme l'a vendu avant qu'il ne meure ; sache que l'esclave de notre maître mourra demain, sans esclave, il ne restera plus de pain dont tu peux te régaler». Dès que l'homme entendit cette nouvelle, il se dépêcha de vendre son esclave. Il était très content d'avoir appris le langage des chiens, des poules et des coqs, car cela lui avait épargné de grandes pertes. Le lendemain, le chien dit au coq : «Tu es un véritable menteur, tu ne dis que des absurdités». Le coq répondit : «Nous, les coqs, nous ne mentons jamais». Et il lui raconta toute l'histoire. Que feront le coq et le chien ? Qu'adviendra-t-il du jeune homme ? Quel sera sa destinée ? C'est ce que nous saurons, dans notre prochaine édition...

« T'es voleur ? Soit ! Mais t'es, au moins, chevaleresque !» Il s'agit  bien du proverbe du jour, choisi du thesaurus du folklore persan. Mais d'où vient-il ?  Et qui l'a dit la première fois ?

Dans les temps anciens, où il n'y avait pas d'hôtel à plusieurs étoiles, ni même sans étoile, les voyageurs s'arrêtaient au milieu de leur trajet, dans les caravansérails, pour se reposer la nuit et reprendre, frais et dispos, le lendemain, leur route. Parmi ces caravansérails jalonnant les chemins, il y en avait un qui ressemblait plus à un bastion militaire qu'à un lieu de repos pour les voyageurs. Ses hauts murs  s'érigeaient vers le ciel, sa porte était d'acier, bref, il était impénétrable pour les voleurs, grantissant la pleine sécurité aux voyageurs, surtout, les riches commerçants, qui avaient chargé tout leur bien sur le dos des chameaux et se rendaient, de ville en ville, pour faire leur négoce. Les voyageurs s'installaient, donc, tranquillement, dans le caravansérail impénétrable, sans craindre les pillards. Cela se déroulait, ainsi, jusqu'à ce jour où trois voleurs décidèrent de relever ce défi et de rendre accessible  l'inaccessible caravansérail, mettant fin à son mythe d'invulnérabilité. Nos trois voleurs projetèrent un plan ingénieux : ils envisagèrent de percer un tunnel, sous les murs du caravansérail. Ils travaillèrent, donc, sans relâche, maniant pelle et pioche, avec ardeur. Le tunnel s'ouvra sur le puits du caravansérail. Par une nuit sombre et sans lune, les trois voleurs se faufilèrent, dans le tunnel, et les voilà, au beau milieu du caravansérail. Ils prirent, sans faire de bruit, les biens des voyageurs, et ils rentrèrent par le même chemin qu'ils avaient emprunté.

Le lendemain matin, la nouvelle du vol du caravansérail se répandit en un éclair partout, et arriva jusqu'aux oreilles de l'émir. Il resta un moment incrédule ; il ne pouvait pas croire à une faille, dans les hautes murailles du caravansérail et ses portes impénétrables. Il monta, donc, sur son cheval et se rendit sur les lieux, pour voir, sur place, ce qui s'était passé. On avait mis sens dessus dessous le caravansérail ; plus on cherchait, moins on trouvait une brèche, un trou par lequel le ou les voleurs s'y seraient introduits. L'émir s'exclama : «Dans ces circonstances, le voleur se trouve, certainement, parmi le personnel du caravansérail». Il y eut un grand tumulte. Les hommes de l'émir se ruèrent sur les gardiens du caravansérail, les bâillonnèrent et les rouèrent de coups.

Mais revenons à nos voleurs. Ces derniers, qui avaient caché, dans un endroit sûr, leur butin, furent curieux de voir  ce qui se passait, dans le caravansérail. Ils s'y rendirent, donc, en badauds et  arrivèrent, juste au moment où les pauvres gardiens hurlaient sous les coups des hommes de l'émir. Le chef des voleurs fut ému par cette scène ; il se dit : "Dieu ne tolèrera pas que ces pauvres gens soient châtiés pour une faute qu'ils n'ont pas commise". «Arrêtez !», cria-t-il, d'une voix ferme. Tout le monde se tourna vers le nouveau venu, qui fit  un pas en avant et dit : «Libérez-les, ils sont innocents, c'est moi qui ai volé vos biens».

L'émir rétorqua : «C'est toi le voleur ? Mais comment ?» Le chef des voleurs expliqua gravement : «Jj'ai percé un tunnel qui donne sur le puits du caravansérail». Tout le monde s'empressa vers le puits. Incrédule, l'émir dit : «Eh bien où sont, donc, les biens des voyageurs ? Si tu dis la vérité, tu nous montreras le butin». Impassible, le  voleur répondit : «Dans ce même puits, envoyez-y  quelqu'un et il y trouvera les biens des voyageurs». Personne n'osa descendre dans le puits. On n'eut, donc, d'autre choix que d'accepter la proposition du chef du voleur, qui s'était déclaré volontaire. On serra une corde autour de la taille du voleur, et on le fit descendre, dans le puits. Une fois, dans le tunnel, le chef des voleurs délia, tranquillement, la corde de sa taille et s'enfuit. Quant à ses complices, ils s'éclipsèrent, à leur tour. Quant aux voyageurs, ils attendirent, pendant des heures, le voleur, mais il ne donna pas signe de vie. Après de longues consultations, les voyageurs décidèrent d'envoyer un des hommes de l'émir, dans le puits. L'émir ordonna à un de ces hommes de se charger de cette mission. Ce dernier, tout tremblant, entra, avec précaution, dans le puits. L'émir et les voyageurs, qui entouraient le puits, entendirent, quelques instants plus tard, des cris provenant de la porte du caravansérail. Tout le monde comprit que le voleur avait dit la vérité, et qu'il avait réussi à pénétrer, par un tunnel, donnant sur le puits, dans le caravansérail. On libéra, donc,  les pauvres gardiens. L'émir faisait les cents pas et se parler. Soudain, l'un des voyageurs, qui avait perdu ses biens, se leva et dit à haute voix : «Je fais don de mes biens à ce voleur au cœur si noble ! Il est suffisamment intelligent, pour avoir conçu un plan aussi astucieux lui permettant de pénétrer dans ce caravansérail ; mais, le plus important, c'est son âme noble et son esprit chevaleresque. Il a bravé le danger, pour sauver les gardiens innocents. Voler est un acte répréhensible ; pourtant, si on a commis un méfait, il vaut mieux être, au moins, loyal comme lui».

Dès lors, quiconque commet un acte répréhensible, mais qui parvient, toutefois, à rester digne, on le décrit en ces termes : «T'es voleur ? Soit ! Mais, t'es, au moins, chevaleresque !»

C'est tout, pour aujourd'hui. Mais soyez encore nombreux à la prochaine édition du magazine « il était une fois... Merci de votre fidélité.

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