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mardi, 11 décembre 2012 14:17

113ème partie

IRIB- La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne  à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois...

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l'espace et le temps, avec une anecdote du Golestân, ce monument majestueux de Saadi de Chiraz, pour  vivre  une autre histoire que le grand poète nous relate, dans son beau et chaleureux langage. il s'agit, en l'occurrence,  du récit «du roi bienfaiteur et du mendiant». Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe iranien. Restez avec nous.

Il est relaté que, dans les temps anciens, vivait un émir juste, magnanime avec les nécessiteux ; là où il rencontrait un pauvre, il lui offrait une bourse pleine de pièces d'argent et essayait de le rendre heureux. Un beau jour de Dieu, le roi s'éveilla très content, il se sentait en pleine forme ; il ouvrit tout grand la fenêtre et il commença à chanter à tue-tête :

Dans ce monde, il n'y a aucun instant aussi heureux que celui-là

Puisque la mauvaise ou la bonne conduite de quiconque ne nous afflige

Or, juste, sous la fenêtre royale, dormait, dans le froid, un derviche ; le chant joyeux du roi l'éveilla, en sursaut ; il leva la tête et vit le roi qui chantait devant la fenêtre ; il écouta la joyeuse chanson du roi. Dès que le roi se tut, le derviche commença à chanter :

Ô celui dont la fortune n'a pas d'égale, dans ce monde

Supposons que rien ne t'afflige, et nous, rien ne nous afflige pas ?

Le roi apprécia beaucoup cette réponse ; il voulut récompenser le derviche, en lançant, par la fenêtre, une bourse pleine de pièces. Il lui dit : « Ô derviche étend ton manteau, pour recevoir cette bourse». Le derviche, en éclatant de rire, rétorqua : «Où trouverais-je un manteau, moi qui n'ai rien !» Le roi eut pitié du derviche. Il ordonna qu'on lui donne un manteau précieux avec la bourse. Le derviche prit la bourse et le manteau. Il était si heureux, qu'il ne savait pas quoi faire ; il se mit à courir. Il décida de s'établir, dans une grande maison, et  de vivre royalement. L'argent coulait à flot, dans ses mains, et les mille dinars furent dépensés, rapidement ; notre derviche se retrouva, une fois de plus, dans la rue, aussi pauvre que job. Il se sentait plus malheureux que dans le passé, le cœur gros de chagrin il se rendit, sous la fenêtre du roi ; il espérait que le roi lui offrirait encore de l'argent.

Le derviche raconta à l'un des gardiens du palais son histoire, il lui demanda de parler de lui au roi : «Dis-lui que ce même derviche que tu avais tant apprécié, auquel tu avais fait don de mille dinars et d'un riche manteau, est revenu, il est de nouveau pauvre !»

Or, le roi s'était levé, ce matin, de très mauvaise humeur, il ne pouvait tolérer la moindre plainte. Le gardien se rendit chez le roi et lui raconta tout ce que le derviche lui avait dit. Furieux, le roi ordonna qu'on expulse le derviche, car il ne méritait pas qu'on l'aide. Le gardien retrouva le derviche et lui dit comment sa requête avait suscité la colère du roi. «Il ne faut pas aider ce derviche», a dit le roi. Surpris ce dernier dit : «Pourquoi ? Quelle est donc ma faute ? Pourquoi le roi me rejette ? Je suis le même derviche qui dormait sous la fenêtre du roi». Le derviche commença à chanter ; il se pourrait que le roi l'entende et qu'il vienne, auprès de la fenêtre. Ce fut justement ce qui se passa ; la ruse du derviche porta ses fruits et le roi se rendit, auprès de la fenêtre. Il tonna : «Qu'on jette en prison ce mendiant effronté, qui a gaspillé, en peu de temps, tant d'argent. Le trésor public appartient aux gens pauvres, non pas à des personnes aussi maléfiques».

Un des vizirs du roi, qui était au courant de l'histoire du derviche et du don généreux du roi, dit : « Ô roi, le juste ! J'ai une proposition : ne serait-ce pas mieux d'accorder à des personnes, comme ce derviche, une pension, afin qu'elles ne gaspillent pas leur argent. Il n'est pas digne de vous de rendre heureux quelqu'un, en lui donnant de l'espoir, et de le plonger dans le désespoir,  quelque temps plus tard».

C'était une autre histoire du Golestân de Saadi de Chiraz, tournons, à présent, la page des proverbes et voyons ce qu'elle nous réserve, cette semaine. «Sans souffrance, il n'y aura pas, non plus, de trésor».

Et bien, va pour ce bon vieux dicton. Mais qui l'a dit pour la première fois et pourquoi ? Il était une fois un roi, qui confia son jeune fils à un précepteur, pour lui apprendre tout ce qu'il doit savoir et le former. Très sévère, dans sa tâche, le précepteur ne tolérait pas la moindre faute, de la part du jeune prince. Il lui demandait un travail laborieux et impeccable ; il n'hésitait même pas à punir le prince, si ce dernier ne faisait pas ses devoirs ou ne savait pas ses leçons. Dans le jardin du palais, il y avait une grande cerisaie ; le précepteur taillait une branche de la cerisaie et fouettait le prince avec. Le prince s'en était plaint, à plusieurs reprises, auprès de son père, mais sans avoir gain de cause. Le roi savait mieux que quiconque que si son fils ne s'appliquait pas à sa tâche, et s'il ne suivait pas, sérieusement, les cours de son maître, il ne serait pas en mesure de diriger le royaume.

Arriva, enfin, le temps où le prince apprit tout ce qu'il devait savoir ; le roi récompensa, avec une grande générosité, le précepteur, et le remercia beaucoup d'avoir accompli, dignement, sa tâche. A présent, le prince était un jeune homme fort, mais aussi, très lettré. Or, le prince qui n'appréciait nullement qu'un simple mortel ose le punir, avait gardé la rancune du précepteur dans son cœur. Les années s'écoulèrent, le roi mourut et son fils lui  succéda. Le jeune roi se rendit, un jour, dans le jardin de son palais. Soudain, il se trouva devant la fameuse cerisaie ; il se rappela comment son précepteur le fouettait ; il appela un soldat et lui ordonna d'aller chercher le précepteur et de le lui amener. Le soldat  du roi se rendit chez le précepteur ; il frappa à sa porte et lui dit de le suivre, sans faute, chez le roi. Le précepteur réfléchit un instant et demanda au soldat : «Comment se fait-il que le roi se souvient de moi ?» Le soldat lui raconta la promenade du roi, dans le jardin et la cerisaie. Le précepteur comprit la raison de sa convocation. Il n'avait, pourtant, d'autre choix que de suivre le soldat. Tout en s'acheminant vers le palais, il s'arrêta, devant la boutique d'un marchant de fruits ; il en acheta une poignée de belles cerises rouges et les mit dans sa poche. On le conduisit, devant son ancien élève, qui était assis  sur le trône et avait, dans sa main, une branche de cerisier. Le précepteur s'approcha et s'inclina. Le jeune roi brandit la branche de cerisier et dit : «Vous voilà donc, mon cher précepteur ! Vous vous souvenez, certainement, de cette branche de cerisier ? Vous savez ce que je souhaiterais en faire ?» Le précepteur était sûr et certain que le roi voulait le punir, mais il ne perdit pas la face et il répondit avec flegme : «J'ignore ce que le jeune roi voudrait faire avec cette branche, mais si j'étais encore son précepteur, je lui aurais conseillé de la garder, dans un endroit qui serait toujours sous ses yeux». Le jeune roi répliqua : «Je suis très content que tu ne sois plus mon précepteur, je avis te dire ce que je voudrais faire de toi, mais avant, dis-moi pourquoi je dois garder cette branche, qui me rappelle tant de souffrances et de peines sous mes yeux ?»

Le précepteur retira de sa poche les cerises qu'il avait achetées et dit : «Regardez comme elles sont belles ; si ce cerisier n'avait pas enduré tant de souffrances et de rigueur, il n'aurait pas donné de si beaux fruits. A présent, notre jeune roi est un homme lettré et sain, sans aucune lacune, comme ce beau fruit. S'il n'avait pas enduré ces souffrances, il n'aurait pas de fruits aussi parfaits». Le roi baissa la tête devant un tel argument. C'est ainsi que l'on dit à celui qui devra souffrir pour parvenir à un haut rang : «Sans souffrance, il n'y aura pas non plus de trésor». Merci de votre fidélité.

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