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mercredi, 05 décembre 2012 10:22

112ème partie

La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois...

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l'espace et le temps, avec une anecdote du Boustan, ce monument majestueux de Saadi de Chiraz, pour  vivre  une autre histoire que le grand poète nous relate, dans son beau et chaleureux langage ; cette fois-ci, il s'agit du récit «du roi tyran et du vieillard». Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe iranien. Restez avec nous.

Il est relaté que, dans les temps anciens, vivait un roi, dont la tyrannie n'avait d'égale que sa cupidité. Il ne se passait pas un jour, sans que le roi ne donne un ordre injuste, faisant sombrer dans le malheur un de ses sujets. Ses  prisons étaient bondées et aucune voix de protestation n'osait s'élever. Un beau jour de Dieu, le roi ordonna à ses soldats de se rendre dans les villages  et de lui ramener tous les ânes, sans faire attention à qui ils appartenaient. Quant aux ânes, les pauvres bêtes s'affaiblissaient, au fil des jours, sous le poids de fardeaux trop lourds et de la faim. Ce fut ainsi qu'un grand nombre de ces ânes succombèrent. Les soldats cherchaient, donc, d'autres ânes, et,  ainsi de suite... Les villageois perdaient leurs ânes, et pour comble, ils ne pouvaient même pas protester, sinon ils mettaient, aussi, en danger leur vie.

L'affaire des ânes semblait sans solution, jusqu'à ce jour où le roi décida d'aller à la chasse. Le roi et sa suite s'amusaient si bien,  qu'ils en oublièrent les heures qui passent, et la nuit tomba, sans qu'ils s'en rendent compte. Lorsqu'ils s'en aperçurent, il était trop tard, et le soleil avait disparu, cédant la place aux ténèbres. Le roi perdit son chemin, et sa suite, en plus d'être harassée, n'avait qu'une seule pensée : trouver un lieu, pour se reposer. Ne trouvant rien, le roi dut se contenter de la selle de son cheval, qui lui servit d'oreiller. Le roi se trouvait à deux pas de la maison d'un vieillard ; ce dernier reconnut le roi et fut inquiet pour son fils qui avait un âne. Le vieillard décida de sauver, coûte que coûte, l'âne de son fils. Il appela son fils et lui chuchota à l'oreille : «Je ne veux pas que le méchant roi entende mes paroles ; tu dois cacher ton âne, ce soir et demain, afin que le roi et ses soldats ne le voient pas, sinon...» Le fils ne put s'empêcher de se lamenter : «Malheur à nous ! Même nos ânes ne sont pas épargnés de la tyrannie de ce roi ; que Dieu l'anéantisse» ! Le père ne fit pas attention aux gémissements de son fils et continua : «Pour l'heure, il est vivant, nous ne pouvons rien faire ; mais si tu ne veux pas perdre ton âne, tu ne dois pas l'emmener demain à la ville ; s'il sort de son étable, les soldats du roi le verront et ils le confisqueront». Le fils dit : «Que dois-je, donc, faire ? La route est longue et je ne peux pas y aller à pied, trouve donc une solution». Le père réfléchit quelques secondes, puis, il dit : «Si tu suis mes conseils à la lettre, tu pourras sauver ton âne ; tu dois le blesser».

-  Pourquoi dois-je blesser mon âne, mais il n'a rien fait le pauvre.

- C'est dans son intérêt, puisque s'il tombe dans les mains des  soldats du roi, il mourra du travail dur qu'on lui imposera et de la faim ; mais si tu le blesses, le roi n'en voudra plus».

Le fils suivit le conseil de son père, il blessa son âne et il partit. Le vieillard se mit à prier, il invoqua le Seigneur, le très-haut, il Lui demanda l'affranchissement du peuple du joug et de la tyrannie de ce roi, en réclamant sa mort précoce. Pendant tout le temps que le vieillard priait, le roi, qui était tout près, l'entendait. Le vieillard qui ne s'était pas aperçu de la présence du roi, maudissait ce dernier ; le roi qui l'entendait, tremblait de colère, mais ne disait rien. La nuit s'écoula, ainsi. Le roi médita sur les paroles du vieillard, et, pour un instant, il regretta toute la tyrannie qu'il avait commise ; mais au matin, lorsqu'il s'éveilla, il oublia ses regrets et redevint le roi tyran qu'il était.

La suite du roi arriva, au même instant, et s'empressa autour de lui ; on lui prépara un bon petit-déjeuner, qu'il avala rapidement, tant il avait faim. Une fois, rassasié, le roi se souvint des paroles du vieillard ; il ordonna qu'on l'amène, afin de lui donner une bonne leçon.

Dès que le roi vit le vieillard, il cria : «A présent, tu oses demander à Dieu la mort du roi ?» Le vieillard, qui était très courageux, rétorqua : « Ce n'est pas seulement moi qui te maudis, tout le monde te maudit ; un tyran est toujours maudit». De telles paroles embrasèrent la colère du roi, qui  hurla : «Au lieu de me supplier de te pardonner, tu parles sans vergogne ?» «Pourquoi devrai-je te supplier de me pardonner, c'est le Seigneur qui dispose de notre vie, que tu sois un tyran ou un juste, tu mourras un jour ; si tu optes pour la justice et le juste, on bénira ton nom, après ta mort, mais si tu choisis la tyrannie, on te maudira», rétorqua le pauvre homme . Le roi dit : «Tu n'es qu'un vieillard insolent, tu ne fais qu'aggraver le châtiment qui t'attend».

Le vieillard ne sourcilla pas et dit : «Ô roi, je te donne un conseil ; tu t'es habitué aux flatteries et aux louanges ; mais tu sais mieux que quiconque que tout cela est faux et mensonger». Il se mit, ensuite, à égrener, les unes après les autres,  les injustices et les iniquités que le roi avait commises ; il lui expliqua, ensuite, comment servir le peuple. Le vieillard parla, ainsi, pendant des heures et heures, jusqu'à ce que le roi revienne à lui. Il comprit la vérité. Le roi ordonna qu'on relâche le vieillard, qui lui donna son dernier conseil : «Suis les conseils des sages, écartes-toi des ignorants qui te flattent, uniquement, pour ton argent».

C'était une autre histoire du Boustan de Saadi de Chiraz, tournons, à présent, la page des proverbes, et voyons qu'elle nous réserve, pour cette semaine. «Ne joue pas avec la queue du lion».

Et bien, va pour ce bon vieux dicton. Mais qui l'a dit, pour la première fois, et pourquoi ? Il est relaté qu'un lion s'était allongé, à l'ombre d'un arbre, au milieu de la forêt. Il faisait très chaud, le Sultan de la forêt était très irrité ; le lion ne s'était pas complètement endormi, lorsqu'une souris sortit de son trou, se dirigeant tout droit vers le lion. Le nid de la souris était très frais, elle avait bien dormi et elle était, donc, en pleine forme ; elle voulait jouer et s'amuser. Elle se dit que le lion pourrait être un bon partenaire, quoiqu'il soit un peu grand. La souris appela le lion. Ce dernier fit la sourde oreille. La souris insista. Le lion ne daigna même pas ouvrir un œil. Cette fois-ci, la souris ne l'appela plus et elle monta sur le dos du lion, elle s'accrocha à sa crinière et se mit à se balancer. Le lion n'y fit pas, d'abord, attention, il se disait que la souris se fatiguerait et qu'elle s'en irait ; mais la souris ne l'entendait pas de cette oreille. La patience du lion était, maintenant, à bout. Il se dressa et d'un seul geste, il attrapa la pauvre souris, qui se vit entre les griffes du prédateur. La souris comprit qu'elle avait commis l'irréparable. Elle avait si peur qu'elle ne pouvait plus prononcer un mot. Le lion tonna : «Que faire avec toi ! Tu es si petite que tu ne vaux même la peine qu'on te mange ; de surcroît, tu n'as pas la moindre politesse, pour que cela vaille la peine de te relâcher. Je ferais mieux de te jeter pour que tes os se brisent et qu'aucune souris n'ait l'audace de jouer avec la queue d'un lion». La pauvre souris, qui se voyait à deux doigts de la mort, avala, avec peine, son salive, et dit : «Ô lion, vous êtes le Sultan de la forêt, je ne suis qu'une vile souris, je ne voulais que vous rendre joyeux ; pardonnez-moi». Elle supplia tant le lion, que ce dernier eut pitié : «Va-t-en d'ici, je ne veux plus te voir». La souris se dépêcha de s'éloigner, tout en disant : «Merci infiniment ; j'espère pouvoir vous rendre votre magnanimité». Le lion éclata de rire : «La petite peste, mais qu'est-ce que tu pourras faire pour moi» ?

Les jours s'écoulèrent, jusqu'à ce que le lion se fasse prendre dans le filet d'un chasseur. Le lion rugit, il essaya de déchirer le filet ; quant au chasseur, il eut très peur du rugissement du lion et s'éloigna de quelques pas. La souris, qui dormait dans son nid, entendit le rugissement du lion et sortit de son nid. Elle s'adressa au lion : «N'aie pas peur, c'est le moment, pour moi, de te rendre ton bienfait. Continue de rugir, afin d'éloigner le chasseur, quant à moi, je rongerai, rapidement, le filet, tu seras libre, en quelques minutes». Le chasseur épiait de loin le lion et la souris, il attendait que le lion soit fatigué, pour s'approcher. Soudain, le lion se dégagea d'un coup d'épaule du filet, et le chasseur n'eut d'autre choix que de grimper sur un arbre. Toute contente de son exploit, la souris rentra chez lui. Dès lors, si quelqu'un va au devant du danger, sans le savoir, on le met en garde, en lui disant : «Ne joue pas avec la queue du lion». Merci de votre fidélité.

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