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mardi, 27 novembre 2012 10:51

111ème partie

IRIB- La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme, sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois... Notre enfance à nous tous est bercée par les contes et légendes ; ces récits, qui nous ont emporté, avec eux, dans l'univers du merveilleux et du fantastique.

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l'espace et le temps,  et vivrons avec le chantre de la poésie mystique persane, un moment de spiritualité, avec une anecdote tirée de son monument majestueux le Grand Masnavi, une anecdote, que  Molana Jalal al-Din nous relate, avec la verve qui caractérise son beau et chaleureux langage... Ensuite, ce sera autour d'un autre proverbe persan.

Cette fois-ci, nous vous raconterons une histoire du Premier Livre du Masnavi, «Le commerçant et le perroquet». Le narrateur du Masnavi opte presque toujours pour un langage simple, fluide, qui touche, parfois, le langage du peuple. Or, le récit molavien est composé de différentes strates que le lecteur doit sonder, les unes après les autres, pour arriver à la quintessence de la pensée du poète. Molana a, aussi, parfois recours à l'allégorie et à la métaphore, pour exprimer ses idées. L'histoire du «commerçant et le perroquet» est une des plus symboliques du Masnavi. C'est l'allégorie du sort de l'âme, qui, séparée de sa véritable patrie, est captif, dans la cage du corps.  Son message à ses congénères de l'Inde est le récit d'une complainte, le récit de celui qui souffre de la séparation, le récit de la nostalgie de sa patrie. La cage incarne le corps humain, qui tient en captif  l'oiseau de l'âme. Selon Molana, c'est en se détachant et en se dépouillant du monde d'ici-bas et de ses contingences que l'âme parviendrait à s'émanciper de cette prison et à s'envoler libre dans le ciel. En substance, le perroquet est le secret et la manifestation de l'existence, par sa couleur verte, il incarne le renouveau de la nature, le printemps.

L'histoire du Commerçant et le perroquet est le symbole du lien de l'âme avec cette prison qu'est le monde. Dans la vision molavienne, tant que l'âme humaine reste attachée aux apparences du monde d'ici-bas et à ses contingences, elle sera captive du corps ; la vie éternelle ne sera réalisée que, lorsque l'homme se détache du monde et appelle Dieu de toute son âme. Revenons à notre histoire, il était une fois...

A la nuit des temps

Il y avait un commerçant

Qui avait un perroquet

Captif  d'une cage

Le beau perroquet

Un commerçant gardait un beau perroquet parlant, dans une cage. Il décida de se rendre, en Inde, pour le commerce. Il fit les préparatifs du voyage et demanda à chacun de ses proches de lui dire ce qu'il voulait en souvenir de l'Inde. Chacun lui fit part de son désir, le commerçant accepta et leur promit de le réaliser. Il se tourna, ensuite, vers le perroquet, et lui demanda ce qu'il voulait, comme souvenir de l'Inde. Et le perroquet de répondre : «Je ne désire rien, je voudrais, seulement, que tu transmettes mon message aux perroquets de l'Inde. Lorsque tu rencontras les perroquets de cette contrée, salue-les, de ma part, raconte-leur mon histoire et mes conditions de vie, et dis-leur combien je voudrais les voir, mais que je suis captif, dans cette cage, et que je ne peux pas m'envoler. Dis-leur de se souvenir de moi et de passer de bons moments.

Le perroquet dit :

Lorsque tu rencontres les perroquets de là

Raconte-leur mon récit, mon cas

Un tel perroquet souhaitant vous voir

Est notre captif, par hasard

Serait-il juste que j'endure cette prison dure

Et que vous vous prélassiez parmi les fleurs

Ou reposiez sur un arbre, ailleurs

Le commerçant promit au perroquet d'accomplir ce qu'il lui avait demandé et de transmettre son message aux perroquets de l'Inde. Un beau jour, il rencontra dans la jungle quelques perroquets. Il se souvient du message de son propre perroquet. Il s'adressa aux perroquets et leur transmit le message de leur semblable. Soudain, parmi la foule, des perroquets, l'un d'entre eux trembla, tomba de l'arbre et mourut. L'homme regretta beaucoup de ce qu'il avait fait et se le reprocha vivement, mais, en vain. Le commerçant rentra, enfin, chez lui, et raconta à son perroquet ce qui s'était passé. Le perroquet trembla, à son tour, battit ses ailes, et tomba raide, dans sa cage. Abasourdi, le commerçant se mordit les doigts, et il pleura son perroquet, mais il n'y pouvait rien. Il ouvrit, donc, la cage et en fit sortir les restes du perroquet. Soudain, le perroquet battit des ailes et s'envola, il s'assit sur une branche d'arbre. De surprise en surprise, le commerçant regardait, ébahi, l'oiseau. Il demanda au perroquet de lui révéler le secret d'une telle conduite. Le perroquet lui expliqua que ses congénères de l'Inde lui avaient montré, par leur attitude, comment il devait procéder, pour s'affranchir de la cage. «C'est ce que j'ai fait et me voilà, maintenant, libre», renchérit le perroquet.

Le perroquet dit qu'ils m'ont donné conseil, par leur acte

Affranchis-toi de la douceur du chant oisif

Que ton chant t'a rendu captif

Il a joué le mort, après ce conseil

Il faut se réfugier, auprès de Dieu et de Sa clémence

Que c'est Lui qui gratifie l'âme

&&&&&&&&

C'était une autre histoire du Masnavi de Molana Jalal al-Din, tournons, à présent, la page des proverbes, et voyons ce qu'elle nous réserve, pour cette semaine. «Son mensonge ne peut passer la porte».

Et bien va pour ce bon vieux dicton. Mais qui l'a dit, pour la première fois, et pourquoi ? Il est relaté que, dans les temps anciens, vivait un roi fainéant, mais aussi, très capricieux. Un beau jour qu'il s'ennuyait à mourir, il eut une idée géniale : il annonça qu'il accorderait la main de sa fille à quiconque pourrait lui dire un mensonge qu'il ne croirait pas. Histoire de rire, de se moquer des gens et de s'amuser aux dépens des autres– disons-le, entre parenthèses. La  nouvelle  ne fit qu'un tour, dans tout le royaume, tout le monde ne parlait que de ce nouveau caprice royal. Tous les fabricants de mensonges, jeunes et vieux, déferlèrent vers le palais. Un à un, ils se rendaient chez le roi, lui raconter son mensonge, mais, à chaque fois, le roi disait : «Ce n'est rien, je crois en ce mensonge, il se pourrait qu'un tel incident arrive». Au fil des jours, les menteurs avaient raconté tout ce qu'ils savaient,  ils avaient épuisé tout leur talent ; et le roi se moquait d'eux et s'amusait beaucoup. Cependant, il y avait, dans le royaume, un homme très fin, qui décida de donner une grande leçon à ce roi, qui aimait tant le mensonge. Il commanda un très grand panier, plus grand que la porte de la ville. Des semaines s'écoulèrent, avant que le panier ne soit préparé ; une fois, le panier terminé, notre homme se rendit au palais. Le roi lui demanda : « Eh bien de quoi s'agit-il, ton mensonge». L'homme répondit : «Sire, un mensonge, qui est si grand, qu'il ne peut dépasser le seuil de la porte de la ville et que vous ne croirez  jamais». Le roi éclata de rire : «Que de chimères. Personne ne pourra m'avoir». L'homme s'inclina et dit : «Mon mensonge est de sorte qu'il faut l'entendre et le voir ; il faut se rendre, auprès de la porte de la ville». Le roi dit : «Demain, je sortirai de la ville, pour la chasse, j'entendrai et je verrai, à ce moment-là, ton mensonge».

Le lendemain, le roi et ses hommes arrivèrent, devant la porte de la ville, et ils virent un grand panier derrière la porte. Le roi demanda : «C'est ça ton grand mensonge ?» L'homme s'approcha et dit : «Oui, sire, mais l'histoire de ce panier concerne votre père, celui qui était, avant vous, le roi de ce pays».

-         Comment ? Pourquoi parles-tu de mon regretté père ?

-         Parce que votre père devait de l'argent à mon père.

-         C'est impossible ! Qui était, donc, ton père, auquel mon père devait de l'argent ?»

Notre homme baissa les yeux, les leva, ensuite, vers le ciel et soupira : «Sire mon père était un homme très riche ; il avait tant de pièces d'argent, qu'il ne parvenait pas à les compter ; votre père, qui était le roi, manqua d'argent, pour gérer le pays ; il emprunta, donc, à mon père. Mon père lui montra un panier, comme celui-ci, et lui dit : "Si je vous donne sept coupes de pièces d'or, qui rempliraient ce panier, votre problème sera réglé ?" Votre père acquiesça. Voilà pourquoi votre père devait de l'argent à mon père ; et je veux, maintenant, mon argent, c'est-à-dire autant de pièces d'or que peut contenir ce panier». Furieux, le roi hurla : «C'est un mensonge, mon père n'a jamais emprunté de l'argent à qui que ce soit». Ensuite, il se tourna vers sa suite : «Que nous raconte cet homme ; son mensonge ne peut passer la porte. Personne, dans ce royaume, ne peut le croire». Calme et serein, l'homme sourit et dit : «Eh bien, vous ne me croyez pas ? Remplissez donc votre promesse et accordez-moi la main de votre fille».

Dès lors, quiconque dit un mensonge que personne ne peut croire, on lui dit : «Son mensonge ne peut passer la porte». Merci de votre fidélité.

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