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mardi, 13 novembre 2012 11:14

110ème partie

110ème partie
La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne, à laquelle Hérodote avait déjà fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois... Notre enfance à nous tous est bercée par les contes et légendes, ces récits qui nous ont emporté, avec eux, dans l'univers du merveilleux et du fantastique.

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons  une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous avons choisi une fable du Kelila et Dimna, pour vivre un moment peu ordinaire, dans l'univers fantastique des animaux.  Ensuite,  ce sera le tour d'un autre proverbe persan.

Il était une fois, dans les temps anciens, vivait, dans un village, un homme candide, qu'on appelait Qanbar. Un beau jour de Dieu, Qanbar prit le chemin de la ville. C'était un jour lumineux, les cimes des arbres, hauts et élancés, caressaient les nuages cotonneux, qui s'agrippaient, dans leurs branches vert émeraude. Qanbar respirait à plein poumon l'air frais matinal, il se sentait aussi léger et allègre que les oiseaux qui chantaient sur les branches. Cela faisait longtemps que Qanbar et sa femme vivaient dans ce village ; il se souvenait,  comme l'année passée, en ce même jour béni de la fête du sacrifice, qu'il avait fait un vœu, pour que le Seigneur, le Très-haut, le gratifie lui et sa femme,  en leur donnant un enfant ; cela faisait de longues années qu'ils s'étaient mariés, mais ils n'avaient pas encore eu d'enfant. Il avait fait vœu d'immoler, en un tel jour, un mouton. Dieu exauça sa prière et deux mois après le vœu, son épouse lui donna une très bonne nouvelle : ils allaient, enfin, avoir l'enfant tant souhaité. La vie prit ; désormais,  pour Qanbar et sa femme, un tout autre aspect. Les mois s'écoulèrent et  l'enfant naquit : c'était un gros bébé aussi beau et rose que potelet. Le bonheur  s'installa chez eux ;  la maison de Qanbar s'égayait avec le gazouillement du bébé. Toute cette joie ne fit pas, pourtant, oublier à Qanbar son vœu ; il attendit le jour de la fête du sacrifice. Demain, c'est ce jour béni et Qanbar se rend à la ville, pour acheter un mouton et l'immoler. Les contours de la ville se dessinaient  à l'horizon. Dans quelques minutes, il serait dans la ville. Qanbar sortit sa bourse de sa poche, compta, de nouveau, ses pièces. Heureusement, il avait assez d'argent, pour acheter un gros et gras mouton, dont il distribuerait la viande parmi les voisins.

Quelle foule dense ! Chacun s'affairait, dans un coin ! Celui-ci marchandait, avec véhémence, sur le prix du calicot, tandis qu'un autre vendait, avec grand tapage, ses légumes ! Qanbar trouva le mouton qu'il cherchait, paya le vendeur et reprit, après quelques minutes de pause, le chemin du village, en tirant, cette fois-ci,  au bout d'une corde, un gros mouton.

Or, il y avait quelque chose que notre homme ignorait : trois voleurs l'avaient repéré, au moment de l'achat du mouton, et ils le suivaient maintenant.

Qanbar allait son chemin, sans faire attention à son alentour, ne pensant qu'à son vœu et à son bébé. Les voleurs pressèrent le pas et s'approchèrent de lui. Qanbar entendit le bruit de leurs pieds, il se retourna et s'arrêta. Un des voleurs s'approcha de lui et le héla : «Frère, où vas-tu ?» Qanbar répondit : «Chez moi». L'homme lui dit : «Et ce chien, où l'emmènes-tu ?» Qanbar regarda, tour à tour, l'homme et le mouton ; il pensa que c'était une blague. Il sourit et voulut répondre, mais le second voleur dit : «Tu veux, donc, aller à la chasse, avec ce chien ? Mais je dois te dire que ce chien est trop gros pour la chasse».

Qanbar était, maintenant, totalement, désemparé ; il ne savait qui croire. Il regarda encore une fois son mouton.  Non, c'était un mouton, un vrai, en chair et en os ; il ne ressemblait, nullement, à un chien. Il voulut, une nouvelle fois, parler, mais le troisième voleur ne lui laissa pas le temps de répondre et dit : «Tu es vraiment sûr que ce chien n'est pas malade ? Il est trop gros, il doit être malade ; n'est-il pas enragé ? Fais attention !»

A présent, le doute s'était emparé de Qanbar. Il se dit : "Et s'ils avaient raison, si cet animal n'était pas un mouton et s'il était réellement un chien ? Le vendeur était sûrement un sorcier et il m'a leurré, en me vendant ce chien pour un mouton. Oui, c'est sûrement ça, sinon, pourquoi ces trois hommes devraient mentir ; ils ne me connaissent pas du tout et n'ont pas l'intention de me tromper. Il se pourrait que ce chien soit malade ; il se pourrait qu'il m'agresse d'une minute à l'autre ; je ferais mieux de l'abandonner ici même. Je vais retourner à la ville et chercher le vendeur ; je lui dirai ses quatre vérités". Aussitôt dit, aussitôt fait, Qanbar détacha le mouton et reprit le chemin de la ville, alors qu'il maudissait entre ses dents le vendeur. Les trois voleurs l'entendirent murmurer : "Je vais retrouver ce sorcier, il se croit très malin, il croit qu'il peut me leurrer, je vais le punir de telle sorte que mêmes les oiseaux du ciel pleureront pour lui". Il s'adressa, ensuite, aux trois voleurs : «Je vous suis très reconnaissant et vous remercie de m'avoir mis en garde contre ce chien enragé».

Nos trois voleurs riaient sous cap de la naïveté de Qanbar et l'un d'eux dit : «De rien, mon ami, c'était un devoir que nous nous devions d'accomplir». Qanbar abandonna le mouton, et retourna à la ville. Les trois voleurs firent mine de suivre leur chemin et s'éloignèrent lentement. Dès que Qanbar disparut au tournant de la route, ils ne purent plus se retenir et éclatèrent de rire. Ils se tenaient toujours les côtes, lorsqu'ils retrouvèrent le mouton. Ils disparurent, à leur tour, au tournant de la route, mais on pouvait toujours entendre leurs voix,  se moquant de la stupidité de Qanbar.

«L'amitié d'un ignorant est celle d'un ours». Oui, vous ne vous trompez pas, il s'agit du proverbe du jour. Mais d'où vient-il ? Il est relaté que dans les temps très anciens, un jeune homme de grande stature et à la belle musculature traversait un désert, lorsqu'il entendit un bruit terrible. Il avança un peu plus et vit un ours, dans les griffes d'un dragon. Son cœur se serra, il s'approcha encore, tira son épée et trancha d'un coup le cou du dragon. L'ours, qui l'avait échappé belle, se sentait reconnaissant envers son sauveur et manifesta une grande affection, pour notre jeune homme. Il le suivait partout. Et le jeune champion, aussi, fut touché par la fidélité de l'ours. Ils devinrent, donc, des amis inséparables. Là où se rendait le jeune homme, on pouvait, aussi, trouver l'ours, qui ne le quittait plus d'une semelle.

Un sage rencontra, par hasard, les deux inséparables. Il en fut très étonné et il interpella le jeune champion : «Quel est, donc, ce phénomène ? Je n'ai jamais vu un homme avec un ours ?» Le jeune homme sourit et lui raconta tout. Le sage conseilla à notre héros d'abandonner une telle amitié, et de prendre un ami, parmi ses semblables. Il lui rappela que l'amitié avec un ignorant équivaut à une amitié avec un ennemi. Le jeune homme le regarda, avec étonnement, et demanda : «Que veux-tu dire ? Que reproches-tu à l'amitié avec un ours ? Tu m'envies !» Le sage, qui constata l'entêtement du jeune homme, n'insista plus ; il haussa les épaules et continua son chemin. Mais il savait que le jeune homme était en grand danger. Le jeune homme et son fidèle compagnon, l'ours, vécurent, ainsi, longtemps. Les liens de leur amitié devenaient de plus en plus solides. Jusqu'à ce jour où les deux amis se rendirent dans une forêt. Le jeune homme y coupait des arbres avec sa hache. Il continua, ainsi, pendant quelques heures. Mais, peu à peu, la fatigue s'empara de lui et le jeune homme s'endormit. L'ours s'assit, à côté de son ami, et veillait sur lui. Une mouche très tenace commença à tourner autour du jeune homme et descendit sur son front. L'ours la balaya d'un revers de main, mais la mouche était si entêtée, qu'elle ne se laissait pas intimider par si peu de chose, elle revint. L'ours la chassa encore, et la mouche revint encore plus tenace. L'ours fut très colère et se dit : «Ô méchante mouche, tu oses tracasser mon ami, je te donnerai une si sévère leçon que tu oublieras à jamais de voler !» Le stupide ours prit une grosse pierre et dès que la mouche descendit sur le front de son ami, il leva la pierre sur sa tête et la fit tomber, avec fracas, sur le visage du jeune homme, et l'écrasa. L'ours croyait qu'il avait, ainsi, tué la mouche ; et depuis, on entend souvent dire : «L'amitié d'un ignorant est celle d'un ours». Merci de votre fidélité à la prochaine.

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