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mercredi, 31 octobre 2012 12:56

108ème partie

IRIB- La place notoire des contes folkloriques dans la littérature orale s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne qu'Hérodote avait déjà soulignée ; et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois...

C'est par une anecdote du Golestân du grand maître de Chiraz, Saadi, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe persan, et c'est  une sentence de Socrate, qui clôturera ce chapitre. Restez avec nous.

Il était une fois, dans les temps anciens, un roi souffrant d'une maladie incurable. Ses vizirs et ses médecins se réunirent, enfin, pour se consulter, sur la maladie du roi. Il fut, donc, décidé d'appeler les médecins les plus savants et de les faire venir au palais, pour examiner le roi. Mais aucun d'eux ne parvint à guérir le roi ; après avoir ausculté le monarque, il se contentait de hocher la tête, en signe de désespoir, et disait : «C'est vraiment une maladie très étrange, je suis totalement impuissant et ne sais quel médicament prescrire. Et il s'en allait...»

Le roi eut vent d'un médecin très brillant, qui vivait, en Grèce, on racontait que ses patients n'étaient jamais déçus. Le roi ordonna à un de ses vizirs de se rendre, sans perdre du temps, en Grèce, et de chercher le médecin, coûte que coûte. Le vizir et ses compagnons se rendirent, en Grèce ; ils trouvèrent le médecin, ils lui racontèrent l'affaire. Le médecin accepta de se rendre chez eux et d'examiner le roi.

Le roi reçut, chaleureusement, le médecin grec, et lui dit : «Les médecins de mon pays n'ont  pas pu me guérir, j'espère que tu parviendras à trouver un remède à mon mal. Si tu me guéris, je te couvrirai d'or». Le médecin examina  le monarque malade, pendant quelques jours consécutifs, lui prescrit des médicaments les plus divers ; peine perdue : aucun  signe de guérison ne se manifestait. Le médecin grec reconnut son échec et appela les vizirs, pour leur faire part de son impuissance : «Je dois dire, sincèrement, que le roi souffre d'une maladie très rare, une maladie qui n'aurait affecté qu'une personne, parmi cent mille, tous les cent mille ans. Apparemment, il n'a aucun remède et le patient en succombera rapidement. Un des vizirs demanda : «Vraiment, il n'y a aucun remède à cette maladie ? Nous devrons rester les bras croisés et voir le mal emporter notre roi ? Si le roi meurt, le pays basculera dans le chaos, l'Ordre du pays s'effondrera. Tu dois y trouver un remède, pour, au moins, le garder encore, pour quelque temps». Le médecin rétorqua : «Il est vrai qu'il n'y a aucun problème qui ne se règle ; il ne faut pas désespérer ; je devrai faire des recherches sur cette maladie ; il se pourrait que le Seigneur, le très-Haut, nous aide et qu'on trouve un remède à ce mal». Le vizir répondit : «Je souhaite que tu réussisses ; tout ce dont tu as besoin, tu n'as qu'à le dire, nous le mettrons à ta disposition». Le médecin dit : «Je ne veux pas d'argent ; je ferai tout mon possible, pour trouver un remède à cette maladie et guérir le roi ; mais j'ai besoin de quelques médecins, pour m'assister dans cette tâche». Le vizir l'interrompit, avec impatience, et dit : «Choisis qui tu veux, nous mettrons à ta disposition tout ce dont tu as besoin».

Le médecin et ses collègues se mirent à la tâche ; ils travaillaient jour et nuit. Une dizaine de jours plus tard, le médecin grec découvrit un médicament étrange ; il réunit, encore une fois, les vizirs, et il leur dit : «J'ai découvert un médicament, mais je ne suis nullement content de cette découverte». Surpris le grand vizir dit : Pourquoi ? Pourquoi n'es-tu pas heureux de cette découverte» ? Et le médecin de répondre : «Pourquoi ? Parce que pour guérir cette maladie, je suis obligé de tuer un homme». De surprise en surprise, le grand vizir dit : «De quoi parles-tu ? Que veux-tu dire ? Parle plus clairement. Quel rapport y a-t-il entre le traitement de la maladie du roi et la vie d'une autre personne» ? Le médecin expliqua : «La maladie du roi ne se guérira que par le fiel d'une personne avec des spécificités que je vous signalerai». Embarrassés, les vizirs se regardèrent, ils n'osaient rien dire. Le médecin continua : «Vous devez chercher partout et trouver celui qui aurait toutes les spécificités voulues». Le grand vizir demanda : «De quelles spécificités parlez-vous ?»

Quelles sont donc ces particularités ? Qui sera cet individu ? Pourrait-on le trouver ? Qu'adviendra-t-il de lui ? Le roi sera-t-il guéri ?  Faute de temps, chers amis, nous n'avons d'autre choix que d'attendre, la semaine prochaine, pour connaître la réponse de ces questions.

Il est temps d'ouvrir le livre des proverbes et dictons ; eh bien, voyons  ce que nous a réservé la sagesse populaire, qui, dans son "bon sens" ou sa capacité à faire des choix, apparemment, justes, nous offre une sagesse pratique de la vie. Voilà, cette fois-ci, il s'agit de : «Tu voudrais glapir ?» Mais qui l'a dit, pour la première fois, et pourquoi ? C'est ce que nous allons savoir...

Il est relaté qu'un chacal vivait, dans une forêt lointaine ; le chacal de notre histoire était aussi flanqué de son ombre, ne mangeant, jamais, à sa faim. En fait, il était toujours affamé. Un soir, il en eut assez d'errer dans la forêt, en quête d'un morceau à se mettre sous les crocs. Il était si désespéré, qu'il se dit : "Advienne que pourra, je vais me rendre de ce pas à la ville, ou bien les citadins me battront, jusqu'à la mort, ou bien j'y trouverai quelque chose, pour me remplir la panse". La nuit tombait, lorsque le chacal arriva à la ville. Profitant de l'obscurité de la nuit, le sieur chacal se faufila, dans un caravansérail.  Harassés, par le long chemin qu'ils avaient parcouru, les voyageurs dormaient tous à poing fermé ; il y en avait même qui ronflaient, bruyamment. Le chacal ne pouvait  en croire ses yeux :  c'était la profusion. Il commença, donc, à avaler tout ce qui lui tombait sous la patte. Il était si joyeux de voir tant de nourritures qu'il oublia où il était ; il oublia la prudence, de sorte qu'il se heurta, dans sa précipitation, à la vaisselle et aux affaires des voyageurs. Ces derniers s'éveillèrent, en sursaut, en entendant ce tintamarre. Ahuris, ils virent comment le chacal détruisait leurs biens. Chacun prit un bâton et se mit à poursuivre la bête. Ce fut une véritable chasse aux sorcières. Paniqué, le chacal sauta sur le toit où se trouvaient de grandes jarres pleines de teinture. Les teinturiers remplissaient, tous les jours, les jarres de teinture, pour y mettre les fils de laine utilisés pour le tissage du tapis. Le chacal, ignorant tout cela, sauta, dans une de ces jarres, d'où il en sortit, ensuite, couvert de teinture des pieds jusqu'à la tête, et se sauva vers la forêt.

Il faisait, maintenant, jour. La première créature que le chacal rencontra fut le futé renard. Ce dernier ne reconnut pas le chacal ; il eut peur de cette créature toute bleue, qui surgissait, sur son chemin, en plein milieu de la forêt. Il voulut s'enfuir, mais le chacal le rappela : «Ohé le renard, où vas-tu ?» Le renard reconnut, cette fois-ci, le chacal, par sa voix. Il s'approcha encore tout hésitant : «Tu es le chacal ? Mais alors, pourquoi es-tu devenu bleu ?»

Le chacal lui raconta, alors,  son aventure en ville. Le renard dit : «Tu as eu de la chance. L'obscurité t'as permis de sauver ta peau, sinon tu aurais été mis en morceau. Eh bien, que vas-tu faire maintenant ?»

Et le chacal de soupirer : «Rien, je voudrais, seulement, me laver, dans la rivière, ensuite, m'endormir, car je suis très fatigué». Le renard dit : «Mais j'ai un autre plan pour toi ; personne, dans la forêt, ne pourra te reconnaître. Aucun animal ne croira que tu es le chacal ; tu ferais mieux de ne pas te faire reconnaître, ainsi, tu pourras manger toujours à ta faim». Surpris, le chacal demanda : «Comment ?» Le renard répondit : «C'est simple, je vais me rendre chez les animaux de la forêt et je raconterai qu'un nouveau roi nous est venu du ciel. Ils viendront te rendre visite avec des offrandes. Dès lors, tu seras tranquille et tu pourras manger tout ce que tu voudras».

Le chacal dit : «C'est une bonne idée, mais si les animaux de la forêt se rendent compte que je suis le chacal, alors qu'est-ce qu'il arrivera ?» Le sieur renard dit : «Tu dois, seulement, faire attention à ne pas glapir ; ainsi personne ne te reconnaîtra». Le chacal accepta. Quant au renard, il parcourut la forêt, en faisant circuler la nouvelle de l'arrivée du nouveau roi de la forêt. Tout le monde voulait voir de près le nouveau sultan. Même le lion, qui se considérait comme le roi de la forêt, se rendit chez le chacal. Désormais, le chacal et le renard vivaient dans la profusion ; ils n'avaient qu'à exprimer leur vœu, pour le voir réaliser, en un clin d'œil. Toute la forêt était au pied du chacal teinté.

Quelques jours passèrent ainsi. Aucun des animaux de la forêt ne s'étaient  rendu compte que leur nouveau roi était le chacal.

Or, un beau jour, le chacal appela le renard. Ce dernier s'approcha, s'inclina et demanda : «Sire, je suis à votre disposition». Le chacal murmura à l'oreille du renard : «Cela fait quelques jours que je n'ai pas glapi ; j'ai grande envie de glapir». Effrayé, le renard dit : «Ne fais pas cela, sinon tu seras un chacal mort, ainsi que moi. Attends la nuit, dans l'obscurité, personne ne te verra glapir et ne te reconnaîtra». Le chacal ne l'entendait pas de cette oreille ; il insista : «Mais je veux glapir, maintenant !» Le renard essaya de l'en dissuader : «Ne fais pas cela,  réfléchis un instant. Réfléchis à ce qui pourrait t'arriver, si ce même lion, qui est, maintenant, à tes pieds, se rendait compte que tu es un imposteur ?» Mais tous les arguments du renard se heurtaient à l'entêtement du chacal. «Je ne peux pas me retenir, il faut que je glapisse», disait le chacal. Résigné, le renard dit enfin : «Comme tu voudras, mais avant de glapir, retiens-toi quelques instants, afin que je puisse m'éloigner d'ici et sauver ma peau». Aussitôt dit, aussitôt fait, le renard se hâta de s'enfuir. A cet instant, le chacal commença à glapir de sa plus belle voix. Tout le monde reconnut le chacal. Le lion, qui se voyait mystifier, par un simple chacal, rugit, et en sautant sur le pauvre chacal, le dévora. Dès lors, on dit à celui qui ne peut pas se retenir, et qui, en révélant un secret, met ses proches et lui-même, dans le pétrin : «Tu voudrais glapir» ?

Merci de votre fidélité et à la prochaine.

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