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jeudi, 25 octobre 2012 03:45

107ème partie

Il était une fois... Une formule qui éveille, chez chacun de nous, toute notre enfance, cette enfance  bercée par ce mot magique.

Combien de fois cette formule magique nous a emportés sur les ailes de l'imaginaire vers l'univers du merveilleux et du fantastique ? Combien de fois l'avons-nous entendue de la bouche de notre mère ou grand-mère, qui, de sa voix douce et tendre, nous a raconté ces contes et  histoires qu'elle avait entendues de sa mère et elle-même de sa mère...

C'est par une anecdote du Golestân du grand maître de Chiraz, Saadi, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire, qui a donné naissance à un proverbe persan, et c'est  une sentence d'Abolqassem Ferdowsi,  chantre de la poésie épique persane, qui clôturera ce chapitre. Restez avec nous.

Abdallah ne pouvait pas détacher les yeux des joyaux qu'il tenait dans ses mains ; il les caressait avec précaution : comme il les aimait ! Il les mit dans un petit sac de cuir, serra le cordon. C'était impossible, il devait les voir, encore une fois, surtout, ces grosses perles, si belles, si douces... Il les remit, à contre cœur, à leur place, au fond du sac. Mais il les ressortit, encore une fois, les regarda : il ne pouvait pas s'en séparer, cela lui était aussi indispensable que l'air. Tout en les caressant, il eut l'idée de les percer, pour en fait un beau collier précieux, pour  l'offrir à son épouse. Il remit les perles, dans le sac, et tous ses joyaux, dans le coffret ; il devait se rendre au bazar. Il s'habilla, rapidement, et sortit. Le bazar n'était pas trop loin de chez lui ; il pouvait s'y rendre à pied. Il marchait à grand pas, traversa rapidement les ruelles, les unes après les autres : le voilà au bazar. Il trouva, facilement, l'homme qu'il cherchait : Ebad, un jeune homme de haute stature, mais aussi, un grand artiste, un maître, qui connaissait bien son métier. Abdallah lui parla de ses perles. Ebad accepta de les perforer, pour cent dinars. Les deux hommes prirent, donc, le chemin de la maison d'Abdallah.

Lorsqu'Ebad franchit la porte de la demeure d'Abdallah, il se retrouva dans un très beau jardin,  au milieu duquel, s'érigeait un splendide édifice. Il resta ébahi. Le maître de maison et son invité traversèrent le jardin et  entrèrent dans la maison. Abdallah conduisit Ebad dans une vaste salle richement décorée. Il dit à l'artisan de l'attendre quelques minutes, dans la salle, juste le temps d'aller chercher les perles.

Resté seul, Ebad regarda autour de lui et soudain il vit  une gracieuse harpe qui se dressait altière, au coin de la salle.  Ebad s'approcha, tendit la main vers la harpe et toucha les cordes doucement : des notes cristallines remplirent la salle. A ce moment-là, Abdallah retourna dans la salle ; incrédule, il haussa les sourcils et demanda à Ebad : tu connais cet instrument ?

-         Oui maître, c'est une harpe.

-         Tu sais jouer de la harpe ?

-         Oui, je peux.

-         Parfait ! Tu ferais, donc, mieux de jouer un peu de la harpe et ravir notre âme, avant de commencer ton travail.

Ebad s'inclina ; il commença à jouer de la harpe. A chaque fois que ses doigts glissaient sur les cordes, une musique mélodieuse remplissait la salle. Abdallah l'écoutait avec extase, se laissant ennivré par la musique. Le temps passait rapidement, sans qu'Abdallah s'en rende compte. Il était, maintenant, midi. Ebad mit de côté la harpe. Abdallah lui demanda : «Mais qu'est-ce que tu fais ? je voudrais écouter, encore, cette musique ; nous avons beaucoup de temps, continue de jouer de la harpe».

Ebad était inquiet, pour son travail, il voulait en finir avec les perles, empocher son salaire et rentrer chez lui. Il dit : «On dirait que vous avez oublié pourquoi vous m'avez embauché, je devrais commencer mon travail, cela prend beaucoup de temps, je crains de ne pas pouvoir le finir». Abdallah, qui avait, totalement, oublié les perles, lui répondit : «Tu as raison ; mais nous avons encore quelques heures devant nous ; tu pourras percer les perles, après le déjeuner. Joue encore de la harpe, tu joues très bien». Ebad le remercia, pour son compliment, et il se remit à jouer. Abdallah écoutait avec un plaisir indescriptible, et, parfois, il fredonnait même quelques airs.

Le jour s'éclipsait peu à peu, le soleil automnal perdait ses couleurs ; la rue disparaissait, dans les ténèbres, et elle n'était plus visible derrière les fenêtres. Quant aux perles, elles étaient toujours sur la table, attendant le bon plaisir du maître, mais ce dernier s'était perdu dans un tout autre plaisir. Ebad cessa de jouer de la harpe, il se leva et dit : «Seigneur, il fait tard, je dois rentrer, payez-moi mon salaire».

-         Salaire ? Quel salaire ? Mais tu n'as rien fait pour être payé. Regarde les perles ! Tu ferais mieux de rentrer et de revenir, demain, pour faire ton travail et recevoir ton salaire».

Ebad, qui ne s'attendait pas à une telle réponse, fronça les sourcils et répliqua : «Mais j'étais à votre service, depuis le matin, je suis en train de jouer de la harpe ; c'est vous-même qui me l'avez demandé ; si les perles ne sont pas percées, ce n'est pas ma faute ; je n'ai fait que ce que vous m'aviez demandé».

Abdallah répondit avec désinvolture : «Je ne te donnerai rien, tant que tu n'auras pas accompli ton travail, tu n'auras pas d'argent ; si tu veux, tu pourras rester et percer les perles à l'instant même».

Peu à peu, les voix s'élevèrent, les deux hommes restaient campés sur leur position. Ils n'eurent donc d'autre choix que de se rendre chez le juge. Ebad lui raconta de a à z toute l'histoire : les perles et la harpe. Après avoir écouté, avec attention, les propos des deux hommes, le juge réfléchit quelques instants ; il se tourna, ensuite, vers Abdallah et dit : «C'est le jeune homme qui a raison, il était à ton service, tu lui as dit de jouer de la harpe et il a joué, quoique tu l'aies embauché pour autre chose. Tu dois lui payer son dû, et lui donner cent dinars. Tu n'as pensé qu'à ton plaisir, si tu ne t'étais pas oublié, l'affaire des perles serait terminée, il y a longtemps, et tu ne te trouverais pas non plus ici. Donne-lui, donc, ses cent dinars». Ainsi parla le juge et Abdallah n'eut d'autre choix que de s'incliner devant le verdict. Il paya les cent dinars à Ebad et sortit de chez le juge. Il se dit "me voilà avec mes perles toujours intactes, alors que j'ai perdu cent dinars". Il prit conscience de sa faute, mais un peu trop tard. Il prit le chemin de sa maison et tout en traversant les rues et les ruelles, il se faisait des reproches en se disant : "Ce que j'ai fait, est à l'image de notre existence, dans le monde d'ici-bas : l'homme qui néglige son objectif principal et se perd dans les plaisirs, verra sa vie s'achever, sans avoir emporté avec lui la chose la plus  précieuse".

La nuit était, maintenant, tombée, il fallait se dépêcher et rentrer chez lui ; il fallait remettre les perles, dans le coffret.

«On n'a pas encore pris de la soupe, qu'on en a, déjà, la bouche brûlée !», Oui il s'agit bien du proverbe du jour, mais qui l'a dit la première fois et pourquoi ?

Il est relaté que, dans des temps immémoriaux, vivait un commerçant, dont la femme était un cordon bleu. La soupe que l'épouse du commerçant préparait  était unique en son genre. Au fil du temps, toute la ville fut au courant, et on parla tellement de la délicieuse soupe de la femme du commerçant, que l'eau en montait à la bouche, de telle sorte que chacun essayait, à sa façon, de devenir l'ami du commerçant, dans l'espoir d'être, un jour, invité chez lui, pour goûter à cette fameuse soupe. Notre commerçant avait un apprenti, qui travaillait,  maintenant, depuis quelques années, chez lui. Quoique pauvre, l'apprenti avait un esprit noble et il n'avait jamais eu l'idée de se rendre, chez son maître, pour goûter à la soupe. Le commerçant l'avait même invité, chez lui, à plusieurs reprises, mais, à chaque fois, l'apprenti avait décliné l'invitation.

Un matin, l'apprenti fut réveillé par une rage de dent ; pourtant, il se rendit à la boutique de son patron. Il balaya et nettoya la boutique, prépara du thé et attendit le commerçant. Mais en vain, pas de commerçant, à l'horizon. A midi, les voisins du commerçant lui apprirent que son patron était souffrant, qu'il fallait qu'on lui amène un toubib.

L'apprenti ferma, précipitamment, la boutique, sans faire attention qu'il était midi et qu'il n'était pas approprié de se rendre chez lui, au moment du déjeuner. Il alla chercher le médecin, le conduisit chez le commerçant. Le toubib ausculta le malade, qui ne cessait de gémir. Il prescrit son ordonnance, le donna à l'apprenti, pour acheter les médicaments. L'apprenti alla chercher les médicaments, lorsqu'il retourna chez le commerçant, le docteur était parti et l'épouse du commerçant était en train de mettre la table, pour le déjeuner. L'apprenti comprit que, cette fois-ci, il ne pourrait pas se dérober. Il avança mille prétextes, pour ne pas s'asseoir à la table du commerçant, mais la femme disait, à chaque fois : «Il est hors de question que je te permette de partir sans déjeuner». L'apprenti n'eut d'autre choix que de s'installer à la table. A ce moment-là, le commerçant sortit la tête du dessous du drap et dit : «Prends de la délicieuse soupe que ma femme a préparée, tu n'en trouveras pas de semblable». L'apprenti qui ne voulait, nullement, entendre de telles paroles, se renfrogna, dans son coin, et soudain il eut une idée : "Je dirai que j'ai mal aux dents et je m'en irai sans avoir goûté à la soupe".

Il mit, donc, sa main sur la joue et prit l'air de ceux qui souffrent d'un mal de dent, attendant que son patron sorte, encore une fois, la tête du dessous du drap. La femme du commerçant revint de la cuisine avec des cuillères et elle s'adressa à son époux : «Lève-toi, mange un peu de la soupe, ça te fera du bien».

Le commerçant, en se levant du lit, vit son apprenti qui avait la main sur la bouche. Il lui dit : «Tu t'es brûlé la bouche ? Bah, tu aurais dû attendre que la soupe se refroidisse, avant d'en manger, pour ne pas brûler ta bouche». Contrariée, la femme du commerçant se fâcha, en entendant de telles paroles et dit : «Mais qu'est-ce que tu dis ? On n'a pas pris de soupe, mais on en a la bouche brûlée ! Je viens juste d'apporter les cuillères, il n'en a pas encore pris».

L'apprenti se leva et dit : «Excusez-moi, j'ai mal aux dents. La prochaine fois que je viendrai chez vous, j'attendrai que la soupe se refroidisse, afin de ne pas me brûler la bouche». Et il s'en alla. Ce fut, seulement, à ce moment-là que le commerçant comprit sa gaffe. Depuis, lorsqu'on reproche à quelqu'un une faute qu'il n'a pas commise, il se dit à propos de lui-même: «On n'a pas encore pris de la soupe, qu'on en a, déjà, la bouche brûlée !»

Une précieuse parole sentence du chantre de la poésie épique persane, celui qui a signé le Livre des rois, clôturera ce chapitre : «L'intellect est le don céleste suprême». Merci de votre fidélité.

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