mardi, 17 juillet 2012 13:17

99ème partie

99ème partie
La place notoire des contes folkloriques dans la littérature orale s'avère, certes, incontestable.

Le conte est une vieille tradition iranienne qu'Hérodote avait, déjà, soulignée ; et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d'une culture, qui variait avec le temps.  C'est ce thème, aussi vieux que l'homme, sur la terre, que traite cette série d'émissions, Il était une fois... Notre enfance à nous tous est bercée par les contes et légendes  et ce sont ces récits qui nous ont emporté avec eux, dans l'univers du merveilleux et du fantastique.

Comme nous l'avons promis, nous allons vous raconter la suite de la fable «Shanzabe, le bœuf», tirée du Kelila et Dimna ; nous vous relaterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe persan. Restez avec nous.

Nous avons dit, la dernière fois,  que  Shanzabe, le bœuf, épuisé et affamé qu'il était, ne put suivre la caravane et qu'il arriva, harassé et affamé, dans une forêt verdoyante, au climat doux et agréable. Shanzabe fut présenté par un chacal ambitieux et très intelligent, Dimna, au lion, le Sultan de la forêt. Cette connaissance se transforma, au fil du temps,  en une amitié profonde, de sorte que le lion fit de Shanzabe son conseiller, lui demandant son avis, dans toutes les affaires ; ce qui suscita la jalousie de Dimna, rêvant de devenir, lui-même, le proche conseiller du lion. Dimna concocta un plan, pour éliminer le rival ; il sema la graine de la haine de Shanzabe, dans le cœur du lion, lui suggérant que le bœuf conspirait contre lui et cherchait à le tuer. Dimna se rendit, ensuite, auprès de Shanzabe et lui dit que le lion avait l'intention de l'éliminer. Il lui donna les avertissements nécessaires. Dimna, après s'être assuré que le bœuf l'avait totalement cru, lui dit, donc, au revoir et se rendit, chez son ami, le chacal Kelila.

Kelila fut content de revoir son ami Dimna, étant sans nouvelle de lui, depuis deux jours. Il dit : «Où étais-tu ? Je m'inquiétais pour toi !» Dimna éclata de rire et répondit : «Mon grand rêve va être, enfin, réalisé. Aujourd'hui, c'est mon jour de gloire. Ce bœuf sera peut-être tué, en ces instants mêmes». Kelila fut extrêmement bouleversé par ces paroles et s'empressa de demander : «Mais qu'est-ce qui est arrivé ?» Dimna lui raconta toute l'histoire. Kelila comprit, avec horreur, qu'un innocent était en danger, et il se rendit compte, aussi, que réprimander Dimna ne servirait à rien ; il fallait agir, sans retard, et ne pas perdre un seul instant. Il se mit, donc, à courir vers le palais, tandis que Dimna le suivait de près.

Laissons Kelila et Dimna et retrouvons Shanzabe, qui, tremblant de peur, se rendait chez le lion, pour connaître la raison de cette soudaine hostilité. Il avait accepté les propos de Dimna, tout en n'arrivant pas à y croire. Il remarqua de loin le lion, qui le regardait, fixement, avec fureur, et qui battait la terre avec sa queue. Shanzabe se dit : «Dimna avait raison, ce sont les signes de la colère du lion ; il s'apprête à me tuer, il faut que je me prépare pour la bataille». Il regarda, donc, à droite et à gauche, frappa de ses pieds la terre. Le lion qui le surveillait, se souvint des paroles de Dimna et se dit : «Ce bœuf veut vraiment me tuer ; mais je ne lui en donnerai pas l'occasion». Il sauta, donc, au cou du bœuf, et le terrassa en un clin d'œil. Le pauvre Shanzabe essayait de desserrer cet étau de son cou, mais en vain ; plus il se débattait, plus le lion serrait son cou, le sang se répandit sur le sol. Le pauvre bœuf perdit connaissance ; il ne se débattait plus, et quelques instants plus tard, il gisait, sans mouvement, sur la terre. Lorsque Kelila et Dimna arrivèrent au palais, l'irréparable  était commis. Shanzabe était mort et le lion le fixait, sans pouvoir détourner son regard. Il semblait être conscient de ce qu'il avait fait. Il était clair qu'il regrettait du fond du cœur d'avoir tué son ami, sans même lui avoir donné le temps de se justifier. Kelila, qui était vraiment affligé, chuchota à l'adresse de Dimna : «Voilà le résultat de ton complot ; ce bœuf innocent est tué, à cause de ton égoïsme». Sans pitié, Dimna s'écria : «C'était mon ennemi, il était un obstacle devant mes rêves, il le méritait bien. Réjouis-toi, aujourd'hui, je fête ma victoire». Kelila resta silencieux. Dimna surveillait du coin de l'œil le lion, qui semblait calme. La colère avait cédé la place au regret. Dimna sentit le danger, craignant que le lion ne regrette son acte. Il s'approcha du lion et dit de son ton le plus obséquieux : «Dieu merci, l'ennemi du lion est châtié, je suis très heureux. Mais vous semblez triste». Le lion répondit d'une voix tremblante : «Je regrette, Shanzabe me manque ; si, seulement, je lui avais donné l'occasion de parler, j'aurais, peut-être, renoncé à le tuer». Dimna dit : «Ne vous reprochez rien, il devait être châtié pour ses fautes. Si vous ne l'aviez pas tué, il aurait réalisé son plan». Dimna n'insista plus, le lion s'était quelque peu apaisé. Il s'éloigna lentement.

La nuit était calme. Le tigre, le précepteur du lion, se rendait chez lui, lorsqu'il arriva tout près de la maison de Kelila et Dimna. Il entendit les bribes de conversations des deux amis ; il reconnut la voix de Kelila qui faisait des reproches à son ami : «Le pauvre Shanzabe a été tué, alors qu'il était innocent. Tu mérites d'être châtié». Le tigre s'arrêta ; il savait qu'il ne devait pas écouter à la porte, mais une voix intérieure lui disait d'écouter. Les deux chacals parlaient de l'innocence du bœuf. Kelila reprit : «Je crois toujours que tu as commis un acte infâme ; tu as transformé, par tes calomnies, l'amitié du lion et de Shanzabe en animosité, conduisant le pauvre bœuf à une mort certaine. Le lion regrette, à présent, son acte précipité, mais l'irréparable est commis. Malheur à toi si le lion découvre ce que tu as fait». Le tigre comprit que Dimna avait comploté contre Shanzabe. Il écouta, donc, avec plus attention la conversation des deux amis. C'était au tour de Dimna de prendre la parole. Il fanfaronnait, sans le moindre regret : «On m'appelle Dimna, je ne permettrai pas que le lion découvre l'affaire. Sois sûr que le lion oubliera tout et je ferai en sorte qu'il me désigne comme son conseiller à la place de Shanzabe. Tu verras».

Tout était maintenant clair pour le tigre. Le pauvre Shanzabe était la victime d'un complot infâme. Encore sous le choc de ce qu'il avait découvert, le tigre se sentit un instant perdu. Il ne savait quoi faire et à qui s'adresser. Soudain, il se souvint de la mère du lion, qui avait été très affligée de la mort de Shanzabe. Il décida de révéler ce secret à la mère du lion. Le tigre se rendit, le lendemain, chez la mère du lion et lui raconta tout. Cette dernière fut, à la fois, furieuse et triste.  Furieuse de la perfidie de Dimna et triste, pour l'innocence de Shanzabe. Elle se rendit chez son fils qu'elle trouva accablé, assis dans un coin. Elle dit : «Mon fils, pourquoi es-tu si affligé ?» Et le lion de répondre : «Il  y a tant de raison. Je n'ai même pas permis à Shanzabe de prouver son innocence. Cela m'est devenu insupportable, je ne suis même pas sûr s'il avait vraiment commis une faute ; j'étais sous l'influence des paroles de Dimna, et sans même réfléchir une seconde, je l'ai tué, que je sois maudit, maudit».

La mère du lion s'approcha de son fils et lui dit : «Sois sûr que si tu souffres d'avoir tué Shanzabe, c'est parce qu'il était innocent». Le lion regarda sa mère ; il voulait pleurer, mais il s'en garda devant sa mère, qui connaissant bien son fils, comprit qu'il regrettait, vraiment, son acte irréfléchi. Elle dit : «Je suis ici pour te parler d'une affaire très importante».

De quelle affaire voulait parler la mère du lion ? Qu'adviendrait-il de Dimna ? Soyons, donc, patients et attendons la prochaine édition, pour connaître la fin de cette histoire. Et, maintenant, place au proverbe de la semaine.

«Bouge pas, t'es un trésor !» Oui, vous ne vous trompez pas, il s'agit bien du proverbe de la semaine. Mais d'où vient-il ? Et qui l'a dit la première fois ?

Il est relaté que, dans des temps anciens, régnait un roi idiot qui donnait, tous les jours, des ordres aussi stupides que vains, suscitant des problèmes à ses sujets. Un beau jour, alors que le roi se promenait, dans le jardin de son palais, il se creusait la tête, pour trouver un nouveau prétexte à l'instauration d'une nouvelle taxe, pour s'enrichir davantage aux dépens du peuple. Plus il réfléchissait, moins il trouvait de solution. Il avait, déjà, taxé maisons, rivière, bétail, biens et avoirs ; il ne restait, donc, plus rien à taxer. Il réfléchit longtemps, jusqu'à ce qu'enfin, il trouve quelque chose à frapper d'un impôt. «Eurêka ! Dès lors, les gens devront payer des taxes, pour leurs déficiences et leurs handicaps». Le roi réunit ses agents et leur ordonna : «Surveillez les gens. Arrêtez, désormais, toute personne handicapée, et réclamez de lui une pièce d'or, pour chaque déficience».

Les agents du roi, qui se justifiaient, en prétendant qu'ils ne faisaient qu'accomplir les ordres de leur souverain, se rendirent auprès de la population. Dès qu'ils rencontraient une personne qui boitait, qui avait un bras cassé ou qui était muet, ils l'arrêtaient et lui réclamaient une pièce d'or. Les gens furent, tout d'abord, surpris par cette nouvelle forme de taxe, mais, peu à peu, des voix s'élevèrent de partout.

Quant aux agents du roi, indifférents aux protestations qui les poursuivaient, ils cherchaient les personnes handicapées. Soudain, l'un d'eux repéra un homme avec un bras cassé. Il courut après lui et l'interpella : «Tu dois payer une pièce d'or, pour ton bras cassé». Le pauvre homme, qui n'était pas au courant de la nouvelle taxe royale, s'exclama : «M...m... mais qu'est-ce qui... qui... se... se passe ! p...p...pourquoi je...je dois payer u...u...une p...p...pièce d'or ?»

Et l'agent de répondre : «Deux pièces, tu dois payer deux pièces d'or, une, pour ton bras cassé, et une autre, pour ton bégaiement». L'homme au bras cassé, furieux, s'élança contre l'agent du roi. Ce dernier qui voulut se défendre, étendit le bras et jeta, d'un coup, le bonnet de l'homme par terre, découvrant sa tête, totalement, chauve. L'agent ne put s'empêcher d'éclater de rire et dit : «Cela fait, maintenant, trois pièces, une troisième, pour ta tête chauve». Le pauvre homme, qui se voyait acculé, saisit la première occasion pour se sauver, en boitant. Les gens qui n'aimaient pas le roi, ne l'en empêchèrent pas. L'agent du roi, ayant constaté que le fuyard boitait aussi, courut après lui. L'homme au bras cassé, qui ne pouvait pas s'enfuir, n'eut d'autre choix que de s'asseoir, dans un coin. L'agent s'approcha de lui et dit : «Bouge pas, t'es un trésor ! Une pièce, pour ton bras cassé, une, pour le bégaiement, une, pour ta tête chauve, une, pour ton pied boiteux. Je crois que je ferais mieux de te conduire devant le roi ; il se pourrait que tu aies une autre déficience, tu es un trésor !»

Dès lors, si on voulait dire à un quidam, s'il te plaît, ne bouge pas, reste dans ton coin, car tes mouvements et gestes n'infligent que pertes et dommages, il suffisait de lui dire : «Bouge pas, t'es un trésor». Merci de votre fidélité.

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