mardi, 03 juillet 2012 14:22

97ème partie

97ème  partie
Il était une fois... Une formule qui éveille chez chacun de nous, toute notre enfance, cette enfance  bercée par ce mot magique.

Combien de fois cette formule magique nous a emportés  sur les ailes de l'imaginaire à l'univers du merveilleux et du fantastique ? Combien de fois l'avons-nous entendue de la bouche de notre mère ou grand-mère, qui, de sa voix douce et tendre, nous a raconté ces contes et  histoires qu'elle avait entendues de sa mère et elle-même de sa mère...

C'est par une fable choisie du  Kalila va dimna, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l'histoire qui a donné naissance à un proverbe persan. Restez avec nous.

Il était une fois, dans une forêt lointaine, deux amis, un vautour et un renard. Un beau jour, le sieur renard, qui était, à la fois, très rusé et très perfide, prit son ton mielleux, pour s'adresser au vautour. : «Mon cher ami, tu voles, constamment, dans le ciel, et tu ne vois que des nuages. Viens monte sur mon dos, pour que je te fasse visiter la forêt. C'est le printemps, les arbres sont verdoyants et les fleurs se sont épanouies, le paysage est idyllique». Le vautour accepta, monta sur le dos du renard. Alerte et léger, le futé animal se mit à courir dans la forêt. Il prenait, sciemment, les passages où les arbres étaient touffus. Le pauvre vautour se cognait aux branches et perdait, une à une, ses plumes, sans que le renard s'arrêta, ne serait-ce qu'un instant. Le vautour laissa, d'abord, les plumes de ses deux ailes, dans la folle traversée ; ce fut ; ensuite, au tour des plumes de son poitrail, de sorte que lorsque le méchant renard consentit, enfin, à s'arrêter, il ne restait même plus une seule plume sur tout le corps du vautour. Vous pouvez imaginer sa tête. Le renard éclata de rire et se moqua, vertement, de lui. Le pauvre vautour ne pouvait plus, ni voler, ni chasser. Le sieur renard lui jetait, tantôt, le reste de ses proies, et, tantôt, il l'oubliait totalement ; et le vautour n'avait d'autre choix que de chercher, dans les nids des moineaux, leurs oisillons, pour se rassasier.

Les jours coulèrent, ainsi, jusqu'à ce que les plumes du vautour repoussent et il put, enfin, retrouver la même force et habileté qui lui permit de prendre son envol dans le ciel. Les jours et les nuits se succédèrent quelque temps ainsi, lorsqu'un beau jour, le vautour s'adressa au renard : «Mon cher ami, tu n'as pas encore voulu regarder la terre du haut du ciel. De là haut, la terre est beaucoup plus belle. Si tu le souhaites, je serais prêt à te le montrer».

Le renard accepta. Le vautour le prit dans ses puissantes griffes et  il s'envola dans le ciel. Quelques instants après, il demanda au renard : «Comment trouves-tu la terre ?» Et le renard de répondre : «Très vaste». Le vautour prit, encore, de l'altitude et s'adressa, de nouveau, au renard : «Et maintenant ?» Le renard répondit : «Je vois, à présent, la terre aussi grande qu'une ville». Le vautour battit ses puissantes ailes, prit, encore, de l'altitude, et demanda, pour la troisième fois, à au renard : «Et maintenant comment trouves-tu la terre ?» Et le renard de répliquer : «Elle ressemble à une pastèque». Et le vautour de rétorquer : «Parfait. Descends maintenant». Il ouvrit ses griffes et laissa tomber le renard du haut du ciel. Dans sa chute libre, le pauvre renard perdit, sous la pression de l'air, tous ses poils. Le vautour lui cria : «Cela, en contrepartie de mes plumes». Il fit un tour et il s'éloigna.

Revenons au renard, qui, dans sa chute, souhaitait de tomber, au moins, sur une surface molle. Il en fut ainsi. Il se trouvait qu'un agriculteur qui était en train de prendre son petit-déjeuner, avait mis sa pelisse près de lui. Il allait prendre le pain et le fromage qu'il avait préparé, lorsqu'il constata qu'un objet allait lui tomber sur la tête. Pris de peur, il abandonna petit-déjeuner et pelisse, prit ses jambes à son cou et déguerpit. Et notre chanceux renard tomba mollement sur la pelisse. Il fut, donc, sauvé, et, en outre, eut droit à un savoureux petit-déjeuner. Après s'être régalé, le renard mit la pelisse et s'en alla. Il marchait, ainsi, lorsqu'il se trouva nez à nez avec un lion. Le roi de la forêt rugit : «D'où as-tu trouvé cette pelisse ?» Le renard ne perdit pas la face et dit : «Ne sais-tu donc pas que je confectionne des pelisses». Surpris, le lion demanda au renard de lui confectionner une pelisse comme la sienne. La réponse du renard ne se fit pas attendre : «Apporte-moi trois grosses biches et attends une semaine. Tu auras au bout de la semaine ta pelisse».

Tout joyeux, le lion lui apporta cinq biches. Le renard et sa maisonnée se régalèrent des cinq biches. Une semaine après, le lion frappa à la porte du renard : « Où es ma pelisse ?» tonna-t-il. Le sieur renard se fit tout petit et dit : «J'ai besoin de deux brebis, pour confectionner les manches et la ceinture». Le lion apporta deux brebis. Le renard et ses enfants n'en firent qu'une bouchée. Quelques jours plus tard, le renard vit le lion sur son chemin. Le lion rugit : «Où est, donc, la pelisse ? Je ne peux plus attendre. Donne-moi la pelisse, sinon je te mangerai». Le renard s'exclama : «Ô Sultan des animaux ! La pelisse est chez moi, viens avec moi pour que je te la donne».

Le lion et le renard s'approchèrent de la maison de ce dernier. Soudain, le renard s'enfuit et se réfugia chez lui. Or, le lion réussit à attraper sa queue, qui se détacha. Et le renard sans queue se recroquevilla dans son terrier. Le lion rugit : «Là où tu t'en iras, je te trouverai, je te reconnaîtrai partout, car tu n'as plus de queue».

Tournons, à présent, la page des proverbes, et voyons ce qu'elle nous réserve, pour cette semaine. «Le pauvre âne souhaitait une queue, sans l'avoir obtenue, il perdit, aussi, ses deux oreilles ».  Et bien va pour ce bon vieux dicton. Mais qui l'a dit, pour la première fois, et pourquoi ?

Il est relaté que, parmi les animaux de la ferme, il y avait un âne  guilleret et folâtre, qui aimait bien se promener, par ci par là. Quand il le pouvait, notre âne se rendait dans les vergers et les terrains agricoles des villageois, il broutait tout son soûl, piétinait tout. Au fil du temps, les villageois  perdirent patience et en eurent assez des caprices de l'âne. Ils se rendirent auprès du propriétaire de l'animal et lui dirent : «Si tu n'empêche pas ton âne de faire tout ce qu'il veut, nous lui donnerons une telle leçon qu'elle restera à jamais inscrite dans les annales de l'histoire».

Le maître de l'âne en fit la promesse. Mais, en vain, il ne pouvait pas contrôler le diablotin d'âne. Un beau jour, alors que l'espiègle animal broutait, tranquillement, le blé d'un paysan, il fut capturé. Ceux qui l'avaient capturé décidèrent de lui couper la queue, en lui disant : «Nous avons fait ça, pour que tu laisses tranquille, dorénavant, nos vergers et nos terres ; compris ?» Le pauvre propriétaire de l'âne qui avait eu vent de ce qui était arrivé à son animal, s'empressa de se rendre sur les lieux, mais c'était trop tard. Il n'eut d'autre choix que de conduire l'âne sans queue à son étable. Là, les autres animaux se mirent  à se moquer de lui. Parmi les ânes de l'étable, il y avait un sage, qui s'adressa à l'âne de notre histoire, pour lui reprocher son comportement en ces termes : « Le passé, c'est le passé. Je t'ai déjà dit, mille fois, d'éviter de faire de telles choses, je t'avais averti que de tels actes te déshonoreraient. Mais tu as fait la sourde oreille. Eh bien, prends soin de toi, dès maintenant». L'âne sans queue braya : «Un âne ne peut être sans queue, tout le monde me reconnaîtra». L'âne sage lui dit : «Pourtant, tu es maintenant sans queue, que veux-tu faire ?» L'âne espiègle fit bouger ses oreilles et dit : « Il est évident que je peux faire quelque chose. Je me rendrai là où on m'a coupé ma queue, je la retrouverai et je rentrerai». Les animaux de l'étable éclatèrent de rire. Et l'âne sage essaya de le persuader de ne pas se lancer dans une nouvelle aventure : «Mais assez de sottises, tu veux encore te faire capturer. Veux-tu, encore, aller de Charybde en Scylla ?» Or, l'âne espiègle fit la sourde oreille et dit : « De cette façon, le mal sera un bien ! Tu verras !»

Et l'âne espiègle se rendit, le lendemain, là où il avait perdu sa queue. Il brouta un peu du blé, puis se mit à chercher sa queue ; il était si occupé qu'il n'entendit pas les pas qui s'approchaient, et lorsqu'il s'en rendit, enfin, compte, il était trop tard. Quelqu'un cria : «Ohé, les habitants du village, l'âne espiègle est revenu !» En un clin d'œil, le pauvre âne se vit entourer des villageois furieux qui criaient, à plein poumon. «Si on le battait, jusqu'à le faire revenir à lala raison !», vociférait l'un d'eux, tandis qu'un autre plus conciliant proposa de le conduire chez son maître. Mais les autres lui dirent : «Ce sera inutile, si cet âne avait un peu de cervelle, il aurait compris, lorsqu'on lui avait coupé la queue, que, cette fois-ci, on doit lui couper les deux oreilles». Le pauvre âne comprit, enfin, son erreur, mais c'était trop tard. Tous ses regrets ne pourraient lui être d'aucune utilité. On lui coupa, donc, les deux oreilles, et on l'abandonna à son sort. L'âne sans queue, ni oreilles, retourna à l'étable. Dès que son maître l'aperçut, il dit : «Qu'as-tu fait encore de toi-même ? Que diras-tu aux autres ânes ?» L'âne entra dans l'étable ; cette fois-ci, encore, les autres animaux s'esclaffèrent. Seul, le sage âne, ne riait pas et gardait un silence lourd de sens. L'un des ânes lui demanda : «Pourquoi ne ris-tu pas ?» l'âne sage répliqua : «Quoi de pire lorsqu'on dit : «Le pauvre âne souhaitait une queue, sans l'avoir obtenue, il perdit, aussi, ses deux oreilles». Depuis, lorsque quelqu'un perd un bienfait, en commettant une erreur, qu'il se met à la recherche de ce qu'il a perdu et qu'il perd, alors, un autre bienfait, on dit ce proverbe : «Le pauvre âne, il souhaitait une queue, sans l'avoir obtenue, il perdit aussi ses deux oreilles».

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