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jeudi, 29 décembre 2011 07:50

86ème partie

La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s’avère, certes, incontestable. Le conte est une vieille tradition iranienne à laquelle Hérodote avait, déjà, fait référence, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d’une culture qui variait avec le temps. C’est ce thème, aussi vieux que l’homme sur la terre, que traite cette série d’émissions, Il était une fois...

C’est par une anecdote du Golestân du grand maître de Chiraz, Saadi, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous vous raconterons, ensuite, l’histoire qui a donné naissance à un proverbe persan et c’est une sentence de Socrate, qui clôturera ce chapitre. Restez avec nous.

Il est relaté que, dans les temps anciens, vivait un jeune homme, fils de militaire. Il était aussi talentueux que raffiné, aussi sage qu’intelligent. Conscient des nombreuses vertus du jeune homme, et de l’avenir prometteur qui l’attendait, le roi l’avait chargé d’un poste important. En outre, il se conduisait, avec affabilité et respect envers tout le monde, ce qui lui avait valu l’estime de son entourage. Mais … il y a toujours un mais… n’oublions pas, aussi les envieux, qui, jaloux du rang notoire du jeune homme, ne manquaient aucune occasion, pour lui nuire et entraver sa réussite.

Les collègues jaloux du jeune homme avaient beaucoup réfléchi sur la manière de le dénigrer aux yeux du roi. Leur rancune les avait poussés si loin qu’ils en étaient même arrivés à souhaiter sa mort. Ils l’accusèrent de trahison, mais le roi, qui connaissait bien le jeune homme et lui faisait pleinement confiance, n’en voulut rien entendre. Les ennemis envieux se rabattirent sur la médisance, mais sans succès. Le roi ne les croyait pas et y restait indifférent. Et le temps passait, ainsi, sans que la haine et la rancune des ennemis du jeune homme ne perdent de leur vigueur et de leur ténacité. Or, le roi, qui en avait assez de cette animosité sans borne, décida de convoquer le jeune homme et de lui demander la raison de l’inimitié des envieux.

Le jeune homme réfléchit un instant et, embarrassé, répondit : «Je me conduis avec affabilité envers tous ceux qui travaillent avec moi et je fais tout pour que chacun soit content de moi. Quiconque aurait une once d’équité et d’honnêteté, saurait que de telles accusations ne me conviennent pas et que je suis écarté de tout soupçon. Grâce à mon intelligence et mon savoir, j’ai su obtenir l’estime de tout le monde, à l’exception des jaloux, ceux-là même que rien ne satisferait, sauf ma perdition. Ils ne peuvent pas supporter mon ascension et ils se démènent à jalonner mon chemin d’obstacles de toutes sortes. Ils ne veulent qu’une chose : ma mort. Que dois-je, donc, faire ? Grâce à mon intelligence, je parviens à faire tout, à surmonter tous les obstacles, mais j’avoue mon impuissance vis-à-vis des jaloux ; je ne réussis pas à effacer cette tâche sombre qu’est la jalousie de leur cœur». Ainsi, parla le jeune homme. Lorsqu’il se tut, le roi hocha la tête et reconnut : «Oui, on ne peut rien pour l’envieux. N’as-tu pas entendu cette parole sage : "L’envieux souffre lui-même plus que ceux qu’il fait souffrir"».

« Le corbeau voulut marcher, comme la perdrix, au point d’en oublier sa propre façon de marcher». Oui, il s’agit bien du proverbe persan de la semaine, mais d’où vient-il ce bon vieux dicton ? Il était une fois une perdrix qui marchait avec une telle grâce que tous les oiseaux ne pouvaient s’empêcher d’admirer son allure si gracieuse. Dès que la perdrix apparaissait de loin, tous les oiseaux s’arrêtaient de voler, trouvaient une branche, pour s’y poser, et regarder la démarche gracieuse de la perdrix. Parmi les admirateurs de la perdrix, figurait, aussi, un oiseau qui caressait, dans sa tête, de douces illusions. C’était le corbeau, qui prenait, d’ailleurs, comme les autres oiseaux, un réel plaisir, en regardant la perdrix marcher. Quelques jours plus tard, le sieur corbeau se dit : "Qu’ai-je en moins que cette perdrix ? Elle a deux ailes, comme moi, deux pattes et un bec, je les ai, aussi. Nous avons, aussi, à peu près, la même stature. Pourquoi ne donc pas marcher comme elle ?"

Hanté, par une telle idée, le corbeau changea de comportement ; il se sentit rongé, par la jalousie, et il décida de retenir, à tout prix, l’attention des oiseaux. Dès lors, au lieu d’admirer la perdrix, il la surveillait, pour comprendre le secret de cette démarche gracieuse. Tous les jours, il se mettait sur la route de la perdrix, la dévorait du regard, pour apprendre sa manière de marcher. Et dès que la perdrix s’éloignait, le sieur corbeau essayait de l’imiter. Le temps filait et notre corbeau ne se lassait de s’exercer, jusqu’au jour où il crut qu’il pourrait marcher, dorénavant, comme la perdrix. Tandis que tous les oiseaux attendaient, impatiemment, la perdrix, le corbeau sortit de son coin et essaya de marcher, comme la perdrix, devant les yeux des autres oiseaux. Or, ces derniers qui n’avaient pas vu, jusqu’à présent, le corbeau dans cet état, restèrent, tout d’abord, interloqués. Un silence de mort régna quelques secondes, les oiseaux échangèrent un regard, et, soudain, une tempête de rire éclata. Les oiseaux se tenaient les côtes et riaient tout leur soûl. Quand au sieur corbeau, qui s’attendait à être applaudi, pour sa démarche, il perdit contenance, et sous ce tonnerre de rires et de moqueries, il trébucha, et boum, il tomba. Les sarcasmes commencèrent à pleuvoir de toutes parts. L’un disait : «Regardez le corbeau, après de longues années d’envol, il ne peut même pas marcher».Et un autre de renchérir : «Mon vieux, où as-tu appris une telle démarche ?» Quant au troisième oiseau, qui ne pouvait s’empêcher de rire, de lui conseiller : «Mon cher corbeau, ce n’est pas la peine de marcher comme la perdrix, tu ferais mieux de reprendre ta démarche d’antan».

Ce fut comme si la foudre l’avait frappé, et le corbeau sortit de sa torpeur. Il décida de marcher comme avant, mais plus il s’y efforçait, moins il y arrivait, comme s’il avait oublié sa propre démarche. Depuis, lorsque quelqu’un imite les autres et oublie son propre mode de vie, on lui dit : «Le corbeau voulut marcher comme la perdrix, au point d’en oublier sa propre façon de marcher».

C’est par une sentence de Socrate, un sage parmi les sages, que nous fermerons ce livre de conte : «La tolérance traduit l’esprit noble, chez l’homme, tandis que la vengeance est signe de vilénie et d’un esprit mesquin». Merci, et à la prochaine.

 

 

 

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