lundi, 21 novembre 2011 06:21

82ème partie

82ème partie
La place notoire des contes folkloriques, dans la littérature orale, s’avère, certes, incontestable. Le conte est une vieille tradition iranienne qu’Hérodote avait, déjà, soulignée, et tout au long de leur histoire mouvementée, les Iraniens ont fait porter à leurs récits, la marque d’une culture qui variait avec le temps. C’est ce thème, aussi vieux que l’homme, sur la terre, que traite cette série d’émissions, Il était une fois...

C’est par une anecdote du Masnavi du grand poète mystique persan, Molana Jalal al-Din, que nous ouvrirons notre livre de contes. Nous restons, toujours, dans l’univers embaumé du mysticisme de Molana et nous vous offrons un ghazal de son divan de Shams. Nous vous raconterons, ensuite, l’histoire qui a donné naissance à un proverbe persan. Restez avec nous.

Il était une fois un jeune rat qui traversait une vaste plaine. Le jeune rat de notre histoire avait mauvais caractère : il s’imaginait qu’il était le plus habile, le plus intelligent et le plus fort des rats du monde. En d’autres termes, il était vaniteux et présomptueux à mourir. Bref, revenons à notre histoire. Sifflant et chantonnant, le jeune rat trottinait, allègrement, dans la plaine, regardait de-ci, delà, sans se soucier du monde entier. Soudain, il remarqua un chameau qui paissait, tranquillement, dans un pré. Vaniteux qu’il était, le jeune rat se dit : " Si je volais ce chameau". Il s’applaudit, pour cette idée géniale, s’approcha du chameau, prit sa bride en main et l’entraîna à sa suite. Ce dernier suivait, docilement, le rat. Le chameau, qui avait rempli sa panse de l’herbe fraîche du pré, était très content et de bonne humeur. Curieux de savoir ce que voulait le rat et où il le menait, il le suivait d’un regard amusé. Le pauvre rat ne pouvait même pas s’imaginer que le chameau lui obéissait par pure plaisanterie. Il croyait qu’il entraînait à sa suite le chameau. Plein de vanité, il se gonflait : "Qui a vu, jusqu’à présent, qu’un rat puisse entraîner à sa suite un chameau ? Je suis donc le plus fort, le plus rusé et le plus intelligent rat du monde".

Le rat et le chameau s’en allèrent, ainsi, un moment, jusqu’à ce qu’ils arrivent à une rivière. Le rat s’y arrêta ; il regardait, avec épouvante, les vagues rugissantes de la rivière, et, perplexe, il s’interrogeait : "Comment traverser cette rivière ?" Le chameau, qui avait constaté le désespoir du rat, se retenait, difficilement, pour ne pas éclater de rire. Il lui demanda : «Pourquoi tant d’hésitations ? Mais, bon sang, avance donc, n’aie pas peur, tu es mon éclaireur». Confondu, le rat baissa la tête, il n’avait rien à dire tant il était honteux. Il leva, enfin, la tête et avoua : «Cette rivière est très profonde, j’ai peur de m’y noyer». Le chameau ne put plus se retenir et éclata de rire : «Tu as peur de traverser cette petite rivière ? Toi, qui es si fort et qui as pu entraîner à ta suite un chameau !!! Comment peux-tu craindre de te noyer dans ce petit ruisseau ? Permets-moi donc d’avancer le premier dans l’eau et d’en mesurer la profondeur». Aussitôt dit, aussitôt fait, le chameau fit quelques pas dans la rivière. Lorsqu’il s’arrêta, l’eau lui venait jusqu’aux genoux. Il se tourna vers le rat et dit : «Tu vois, cher rat, Tu vois bien qu’il n’y a pas de raison de paniquer ! L’eau me vient, seulement, jusqu’aux genoux. N’aie pas peur, viens, traverse, sans crainte, l’eau !»

Le jeune rat le fixa avec surprise : «Tu te rends vraiment compte de ce que tu me proposes ? L’eau monte jusqu’à tes genoux, mon cher, tu en es conscient !» Le chameau répondit, avec étonnement : «Non, j’ignore ce que cela signifie ?» Le rat rougit de honte et dit : «Les genoux d’un chameau sont bien différents de ceux d’un rat». Le chameau éclata de rire. Le petit rat reconnut qu’il lui était vraiment impossible de traverser tout seul la rivière. Il commença, donc, à supplier le chameau et lui demanda de l’aider. Le chameau accepta et lui dit : «Allez, ouste, monte sur mon dos». Voilà notre chameau portant le petit rat sur son dos, et traversant la rivière. On pouvait l’entendre lui dire : «Ne sois pas si orgueilleux, ne te lance pas dans une tâche impossible», et le rat, qui n’avait rien à dire, baissait de honte la tête.

Accompagnez-nous, à présent, dans la roseraie embaumée de la poésie persane, pour découvrir un ghazal du Divan de Shams de Molana Jalal al-Din.

 

Mon sultan et maître

Tu es dans mon cœur, mon âme

Tu es ma foi

Ton souffle revivifiant ressuscite ce corps moribond

Pourquoi une vie, tu m’es cent vies

Sans toi, le pain n’est que du poison

Le poison de ta part m’est du baume

Tu es mon roi et mon astre au front d’argent

mon cyprès élancé et ma fleur embaumée

Mon âme et l’âme de mon âme

Tu es mon sultan et maître

 

Tournons, à présent, la page des proverbes, et voyons ce qu’elle nous réserve cette semaine. « Fais tout ce que tu voudras, arrivera, aussi, notre tour de danse». Et bien va pour ce bon vieux dicton. Mais qui l’a dit, pour la première fois, et pourquoi ?

Il est relaté que, dans les temps lointains, vivait un chameau sans maître. Il broutait et buvait à plus soif, et dormait, quand bon lui semblait. Joyeux et guilleret, il ne portait pas de fardeau et se baladait là où ses pas le menaient. Un beau jour que le chameau était en train de brouter et de se promener, dans une prairie toute verte, il aperçut un âne chétif qui, plié sous un lourd fardeau, traversait, clopin, clopan, la route. Le chameau eut pitié de l’âne, il s’approcha, doucement, de lui et dit : «Jette ce fardeau, libère toi de ce fardeau. Dès lors, tu pourras, comme moi, vivre libre et sans maître. Si tu viens avec moi, nous irons, ensemble, à la campagne, et personne ne nous dérangera.

L’âne apprécia beaucoup la proposition du chameau. Il rua, jeta par terre la charge qu’il avait sur le dos, et suivit le chameau. Les deux inséparables vivaient, ainsi, au jour le jour, broutant là où une herbe tendre se présentait et buvant là où ils trouvaient un ruisseau chantant. L’âne prenait du poil, et se sentait, désormais, en pleine forme. Un beau jour, il voulut lancer un long et bruyant hi han. Le chameau qui se rendit compte de la décision de l’âne, lui dit : « Si tu brais, les villageois qui sont dans les alentours, s’apercevront de notre présence ; ils nous captureront et nous reviendrons à la case de départ. Tu devras, de nouveau, transporter de lourds fardeaux. Tu ferais mieux de te taire, afin que personne ne nous retrouve».

Le pauvre chameau eut beau parler, mais l’âme qui avait oublié son passé misérable, n’écouta pas les conseils de son ami et il se lança dans un long braiement : hi han, hi han !! Le chameau fit tout pour l’en empêcher, mais, en vain. Plus il se démenait et disait : tais-toi, plus l’âne brayait : «Que pourrais-je faire ? Je me suis souvenu des braiements paternels et je ne peux pas me retenir». Furieux, le chameau répliqua : «Très bien, pas de problème. Mais arrivera, aussi, mon tour de danse».

Les villageois, qui avaient entendu la performance de l’âne, se dépêchèrent de retrouver les deux amis. Ils jetèrent une corde au cou de l’âne et du chameau et les emmenèrent avec eux. Ce fut à cet instant que l’âne comprit qu’il avait commis l’irréparable. Il eut l’idée de faire semblant d’être malade, dans l’espoir que les villageois l’abandonnent à son sort. Il se jeta, donc, à terre, les pattes raides. Les villageois le bourrèrent de coup, mais il ne bougea pas d’un pouce. La ruse de l’âne porta ses fruits. Les villageois décidèrent d’abandonner l’âne. Or, le chameau, qui s’était rendu compte du stratagème de l’âne, s’assit à son tour par terre. L’un des villageois proposa : «Le chameau étant assis, nous pouvons mettre l’âne sur son dos. Qui sait, il se pourrait que l’âne se rétablisse demain et que nous puissions le charger de nos produits». Les autres villageois saluèrent le bon sens de leur ami et dit : «Quoi de mieux ? Nous n’avons rien à perdre. S’il se rétablit, nous l’utiliserons pour transporter nos charges ; dans le cas contraire, nous l’abandonnerons quelque part». Aussitôt dit, aussitôt fait, les villageois prirent l’âne et le juchèrent, tant bien que mal, sur le dos du chameau. Le chameau, qui ne décolérait pas, avançait lentement et ruminait sa colère. Ils arrivèrent à un précipice. Soudain, le chameau commença à se ruer. L’âne comprit que si le chameau continuait à se démener, il serait, bientôt, au fond du précipice. il murmura à l’oreille du chameau : «Calme-toi, camarade, ce n’est pas le moment de ruer !» Le chameau répliqua : «Que dois-je faire, moi aussi, je me suis souvenu de la danse de ma mère, et je veux danser».

Et le pauvre âne fut, ainsi, jeté, au fond du précipice. Quant au chameau, il saisit l’occasion et s’enfuit au galop. Depuis, lorsque quelqu’un s’entête à faire quelque chose, qui risquerait de nuire aux autres, on dit : «Fais tout ce que tu voudras, arrivera, aussi, notre tour de danse». Merci de votre fidélité.

 

 

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