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mercredi, 15 janvier 2014 16:07

Hollande joue son va-tout : politiquement, ça passe ou ça casse

IRIB-Pour faire passer son "affaire" personnelle au second plan,
François Hollande n’avait pas le choix : il se devait de présenter un menu suffisamment consistant à sa conférence de presse afin que les commentateurs se concentrent sur le pacte de responsabilité plutôt que sur sa vie privée. Ceci étant, la manière dont il a évoqué "les moments douloureux" que traverse son couple ne laissent guère augurer des lendemains bien roses pour celui-ci, mais laissons cette question à "la sphère privée", comme on nous l’avait appris autrefois dans les écoles de Journalisme, avec force lois à l’appui. Concentrons-nous donc sur le pacte de responsabilité, sur lequel le gouvernement est invité à engager sa responsabilité, afin de ferrer la majorité. Car cette fois, à écouter le chef de l’État, on y est bien : "Le changement, le vrai, c’est maintenant".

D’ailleurs, en privé, plus d’un responsable de droite concédait hier soir qu’il s’agit bien d’un tournant du quinquennat. "Il fait ce que préconisait Nicolas Sarkozy, mais trop tard", reconnaissait un membre de l’UMP, qui rappelle que l’Ex voulait lui aussi réduire les charges sociales des entreprises pour favoriser les embauches. Quant à ceux, qui, au PS, se réjouissent des annonces de François Hollande, ils parlent d’un "coming out" économique. "Il assume enfin !", exultait hier soir un député socialiste, ravi de cet "aveu" social-démocrate et qui compare la main généreusement tendue de François Hollande aux entreprises au nom de l’emploi et de la croissance à un véritable coup de poker : ça passe ou ça casse !

Sans doute fallait-il passer par là pour tenter de rebondir dans l’opinion, car pour le président de la République, dont la cote plafonne à moins de 25% d’opinions favorables, c’est maintenant ou jamais. François Hollande joue son quinquennat - et la suite -, maintenant. Difficile de prévoir d’ailleurs s’il aura le temps d’engranger les bénéfices d’un retournement de la conjoncture si son pacte de responsabilité fonctionne et produit les effets escomptés. Sa mise en œuvre n’ira pas de soi. On a déjà entendu les cris de "trahison" du coté du Parti communiste et de Jean-Luc Mélenchon, tandis qu’à l’UMP, Jean-François Copé cherche à le décrédibiliser en dénonçant "une usine à gaz". Et c’est vrai que la multiplication de Conseils et Observatoires annoncés pour vérifier le donnant-donnant (baisse de charges contre embauches) donne le tournis. Mais on peut aussi s’interroger : s’agit-il simplement d’annonces cosmétiques destinées à calmer les appréhensions de ceux qui, à gauche, redoutent un virage plus libéral que social ou François Hollande a-t-il réellement l’intention de "border" fermement ce plan, en prenant le risque de l’alourdir et d’en réduire l’efficacité comme cela est le cas pour le CICE ?

En attendant, François Hollande n’a pas tout dit, surtout pas comment la France va faire entre 50 et 70 milliards d’économies d’ici 2017. Ce n’est pas la première fois qu’il évoque ce chiffre, mais jusqu’à présent, il n’a jamais indiqué comment il comptait y parvenir. Aujourd’hui, on dispose de pistes : par des économies en matière de dépenses sociales (aïe !) et par des réformes structurelles, entendez par un allègement du millefeuille administratif. Pour avoir exercé toutes les fonctions d’élu local (maire de grande ville et président de Conseil Général), François Hollande a pu en mesurer la lourdeur et la complexité. Et on ne compte plus les rapports plus édifiants les uns que les autres dénonçant la gabegie financière qu’engendre l’empilement des différentes collectivités. François Hollande concède que "notre organisation territoriale devra être revue", et que le "nombre de région peut évoluer". A la veille de scrutins locaux qui vont se succéder au cours des trois années à venir, va-t-il oser se lancer dans ce vaste chantier qui ne peut pas se résumer à la mutualisation des services des intercommunalités et à la rationalisation des plus de compétences exclusives pour les collectivités ? Osera-t-il aller jusqu’à proposer la suppression des départements pour alléger la dépense publique ? Croit-il, lui qui les connait bien, que les élus locaux sont prêts à se faire hara-kiri et à déposer leurs pouvoirs au pied d’une entité qui reste à définir ?

Les optimistes estiment que "les  Français sont mûrs" pour la réduction des dépenses. A condition que  la qualité des services publics n’en pâtisse pas, naturellement. Or ce chantier est gigantesque. Il y a quelques jours, Jean-Pierre Raffarin a lancé un "chiche ?" Pour l’heure, et pour prouver qu’on passe aux actes, le gouvernement va prendre les premières mesures en faveur de l’Éducation prioritaire qui ont forcément un coût. Pour les autres réformes, on attend la suite.

Anita Hausser


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