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samedi, 07 septembre 2013 18:37

Syrie: Une défaite majeure pour les promoteurs du Nouvel ordre mondial ! par Richard LE HIR

IRIB-Il n’existe pas beaucoup de précédents aux événements dont le monde a été témoin la semaine dernière.

Le débat demandé par les parlementaires sur l’opportunité pour la Grande-Bretagne de participer à la coalition militaire contre la Syrie en représailles contre l’utilisation prétendue par le gouvernement de Bachar-El-Assad de gaz toxiques pour venir à bout des troupes rebelles à son régime a tourné, à la surprise générale des observateurs, au désavantage du premier ministre Cameron qui s’est retrouvé désavoué par le vote final de la chambre.

Non seulement le parlement de Londres a-t-il infligé un camouflet comme on en voit rarement au premier ministre, mais il s’est trouvé à indiquer aux dirigeants de ce que l’on appelait autrefois « le monde libre » qu’il existait une ligne rouge à ne pas franchir, celle des exigences de la démocratie. Lasse de voir le gouvernement abuser de son mandat et s’engager dans des voies douteuses sinon carrément téméraires et irresponsables, une majorité d’élus de tous les partis est venue lui rappeler qui détenait le véritable pouvoir.

Et non seulement cette décision sonne-t-elle le glas de la carrière politique d’un champion du néo-libéralisme qui a entraîné son pays au bord du précipice à coup de décisions inspirées bien davantage par l’idéologie que par le bon sens, mais elle se trouve à envoyer à ses homologues américain, français et autres un message très clair sur le sort qui les guette s’ils se hasardent à vouloir franchir la ligne rouge de leur mandat démocratique.

Il faut dire que les dirigeants politiques ont développé ces vingt dernières années une fâcheuse tendance à prendre des décisions graves qui engagent l’avenir de l’avenir et/ou la sécurité de leur pays sans se soucier de leur opinion publique ou même en la défiant ouvertement. Un important déficit démocratique s’est ainsi creusé.

Tant que la prospérité était au rendez-vous, les populations bousculées suivaient en grommelant, mais elles suivaient. À partir du moment où la situation économique a commencé à se détériorer et que les populations ont pu établir un lien entre les orientations et les décisions qu’elles n’avaient pas soutenues et la détérioration de leurs conditions de vie, la grogne s’est installée et ne cesse de s’amplifier, ce que c’est implicitement trouvé à reconnaître le parlement britannique.

On voit donc que le véritable enjeu dans cette affaire n’est pas tant la Syrie et la question de savoir si des armes chimiques ont été utilisées, que ce soit par le gouvernement Assad ou le camp adverse, mais bien plutôt le nouveau mode de gouvernance, ce fameux nouvel ordre mondial, que cherchent à mettre en place les élites dirigeantes contre ce que les populations perçoivent être leurs intérêts.

Et c’est infiniment plus grave.

En effet, la question posée est celle de la légitimité du pouvoir avec un grand « P », et c’est sans doute ce qu’a reconnu le président Obama, lui-même ancien professeur de droit constitutionnel, en prenant le monde entier, à commencer par ses propres collaborateurs, par surprise, avec sa décision d’obtenir d’abord l’aval du Congrès avant de lancer toute attaque, même très ciblée et restreinte, contre la Syrie.

Sans doute aussi s’est-il demandé s’il tenait absolument à assumer seul la responsabilité d’une décision qui risquait de mettre le monde à feu et à sang, et à ce que l’histoire retienne que cette décision était celle du premier président noir des États-Unis.

Juridiquement, Obama n’a pas besoin de l’approbation du Congrès, mais le fin juriste qu’il est sait pertinemment que la Constitution américaine n’est pas la seule source du droit applicable dans cette affaire. En vertu du droit international, et plus précisément de la Charte des Nations Unies, nulle opération militaire de la nature envisagée ne peut être lancée contre un pays sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies.

C’est d’ailleurs ce que vient de lui rappeler Ban-Ki-Moon qui a attendu beaucoup trop avant de lui rappeler cette règle essentielle.

Et connaissant la docilité habituelle de Ban-Ki-Moon et sa soumission aux intérêts Américains, il faut se demander s’il ne se trouve pas à répondre à une commande qui arrive à point nommé pour calmer les ardeurs les plus bellicistes.

On ne peut en effet d’aucune façon tenir comme précédent suffisant que la coalition formée par les États-Unis ait fait fi de cette exigence pour lancer une offensive contre l’Irak en 2003. D’une part, l’opinion publique internationale était encore sous l’effet de la vague de sympathie que leur avait valu l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. D’autre part, les États-Unis étaient alors la seule super-puissance, ni la Russie ni la Chine n’étant en position de lui tenir tête.

Seuls la France et le Canada s’étaient alors opposés à la volonté américaine, et dans le cas du Canada, uniquement parce que le risque d’éclatement politique du pays avait été jugé trop grand, le Québec étant très majoritairement opposé à une telle aventure militaire. Songez-y, à Montréal, en plein hiver, par un froid de - 30 C, 150 000 personnes étaient descendues dans la rue pour manifester sur un enjeu de politique étrangère, du jamais vu.

Même s’il s’est bien gardé d’expliquer les raisons du refus du Canada de se joindre à la coalition qui souhaite attaquer la Syrie, c’est très vraisemblablement la même raison qui a amené le gouvernement Harper à refuser de participer à une telle opération, même si son sentiment pro-américain est plus grand que ne l’était celui du gouvernement Libéral de Jean Chrétien en 2002.

Mais aujourd’hui, pour les États-Unis et leurs alliés, la donne n’est plus celle de 2002. Comme je l’anticipais ici-même sur Vigile le 30 novembre 2011 dans un article intitulé « Et si l’issue devait être la Troisième Guerre Mondiale ? », les États-Unis ne sont plus le seul joueur de poids sur la scène mondiale. La Russie et la Chine sont de nouveau en mesure de faire entendre leur voix.

La parution de cet article allait piquer l’intérêt du journaliste algérien Chérif Abdedaïm, de La Nouvelle République, un quotidien d’Alger. Il communiqua avec moi pour me demander si je serais disposé à répondre à quelques questions par écrit pour le bénéfice de ses lecteurs, ce que j’acceptai de bonne grâce. J’étais alors loin de me douter que mes commentaires allaient faire la une de son journal le 9 janvier 2012 et être repris par une trentaine de sites dans le monde francophone, en plus d’être traduits en italien sur un site de défense des droits .

Dans cet article, j’évoquais le rétablissement des blocs qui existaient avant la chute de l’empire soviétique, soit le bloc occidental constitué des États-Unis et de l’Europe de l’Ouest, et les bloc des pays de l’Est composé de la Russie, de ses pays satellites, et de la Chine. J’évoquais en outre l’affaiblissement économique des États-Unis et « le danger devant l’imminence de ce déclin que l’Amérique soit tentée par une dernière démonstration de puissance pour infléchir durablement la situation au Moyen-Orient dans le sens de ses intérêts et de ceux d’Israël, dans une sorte de fuite en avant pendant qu’elle dispose encore des moyens d’agir. »

Les bruits de botte au Moyen-Orient l’été dernier allaient m’amener à pousser mes recherches et ma réflexion plus loin dans un autre article intitulé « C’est pour bientôt », lui aussi largement repris par des sites francophones à travers le monde, dans lequel je m’interrogeais sur les raisons qui poussaient la France et le Canada à aligner aussi étroitement leur politique étrangère sur celle des États-Unis et d’Israël.

Si la tempête avait paru se calmer dans les mois suivants, elle allait reprendre de plus belle au cours du printemps avec la multiplication des attaques des rebelles djihadistes d’Al-Qaida contre le régime syrien, soutenus par les États-Unis (cherchez l’erreur), Israël, le Royaume-Uni, la France, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Émirat du Qatar.

Au cours des dernières semaines, la tension a grimpé de plusieurs crans, et il devenait clair que les Américains, ou plutôt ceux qu’on appelle les « faucons » dans leurs rangs, et leurs alliés, étaient à la recherche d’un prétexte pour déclencher une opération militaire contre la Syrie dans le but de déloger le régime de Bachar-El-Assad.

L’intervention très ferme de la Russie et de la Chine a d’abord amené les États-Unis à réduire substantiellement ses ambitions. Plus question de renverser le régime syrien, au grand dam de l’Arabie Saoudite, de la Turquie et d’Israël, chacun pour leurs raisons différentes. L’opération, si opération il y a, sera restreinte à quelques cibles, question simplement de signifier à Assad le mécontentement des alliés devant son utilisation de l’arme chimique, si tant est qu’il soit effectivement coupable, ce qui n’a pas encore été prouvé.

Et il faut comprendre que depuis l’affaire irakienne et la découverte que la preuve de la participation clandestine de Saddam Hussein à l’attentat du 11 septembre a été fabriquée de toutes pièces pour justifier une attaque contre l’Irak, le fardeau de la preuve pour les Américains est devenu beaucoup plus lourd, d’autant plus que depuis cette date, une kyrielle d’incidents, dont certains très graves, sont venus ternir leur image des Américains comme chefs de file dans la défense de la démocratie, une image soigneusement entretenue depuis la Deuxième Guerre mondiale

Il n’est en effet pas un jour où l’on n’apprenne que les Américains se sont permis clandestinement des écarts importants avec les principes dont ils se faisaient les hérauts urbi et orbi en faisant la leçon à tout le monde.

Encore ces jours-ci, on apprenait à l’occasion du déclassement de documents officiels tenus secrets jusqu’ici qu’ils avaient été les instigateurs du coup d’État qui avait renversé le gouvernement démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh en Iran en 1953 parce qu’il préconisait l’adoption de politiques qui allaient à l’encontre de leurs intérêts pétroliers pour le remplacer par le gouvernement complaisant de Mohammad Reza Pahlavi qui allait de venir le shah d’Iran.

Et Foreign Policy, la très prestigieuse revue américaine de politique étrangère, nous apprenait pour sa part, en s’appuyant sur des dossiers de la CIA, que les États-Unis avaient été les complices de Saddam Hussein dans l’utilisation d’armes chimiques contre l’Iran .

Et tant les fuites de Wikileaks et de Julian Assange que celles d’Edward Snowden nous ont permis de comprendre que les États-Unis étaient en fait un monstre de duplicité et de tartufferie.

Devant le caractère incertain des preuves que les États-Unis présentent aujourd’hui pour lancer une opération contre la Syrie, les Américains eux-mêmes (ils sont 80 % à demander que le Congrès se prononce ), et leur establishment militaire, tout comme le monde entier, mettent en doute le bien-fondé d’une intervention qui pourrait déclencher une troisième guerre mondiale.

Enfin, aussi horrible cette pensée puisse-t-elle être, il faut même se demander quelle est la part de vérité et de mensonge dans les événements du 11 septembre 2001, tant le mensonge aurait si bien servi les desseins de ceux qui ont profité de la suspension et/ou de la violation des règles démocratiques pour promouvoir leur agenda.

Or quels sont ces intérêts ?

J’ai évoqué plus haut ce fameux projet de gouvernance mondiale dont certaines élites font la promotion active depuis plus de 50 ans. Alors que certains se refusent à y croire, d’autres sont inconscients de la menace qu’il représente. Pourtant, les Américains au premier chef, et de ce fait le monde entier, ont été très clairement mis en garde par l’un de leurs anciens présidents, et non le moindre, le général Dwight D. Eisenhower, le 17 décembre 1961, alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions à la tête des États-Unis pour laisser la place au président nouvellement élu, John F. Kennedy.

Général cinq étoiles de l’armée américaine, commandant en chef des forces alliées en Europe durant la Seconde Guerre mondiale, Eisenhower fut également chef d’état-major général des Forces Armées des États-Unis de 1945 à 1948 et commandant suprême des Forces alliées en Europe du 2 avril 1951 au 30 mai 1952, poste qu’il allait quitter pour se lancer en politique sous la bannière du parti républicain. Élu aux présidentielles de novembre 1952, il devient le trente quatrième président des États-Unis d’Amérique le 20 janvier 1953. Il occupera cette fonction jusqu’au 20 janvier 1961.

À quelques jours de son départ, il prononce une allocution totalement inattendue et restée célèbre pour la mise en garde qu’il formule contre le « complexe militaro-industriel » formé des entreprises qui vivent des contrats fabuleux, et déjà très lucratifs à l’époque, du ministère américain de la Défense. Son expérience aux plus hautes fonctions militaires de son pays pendant et après la guerre confère à ses propos une crédibilité et un poids inégalés.

 

Devant la chaîne presque ininterrompue de conflits et d’interventions militaires auxquels les États-Unis ont été associés depuis lors et la puissance acquise par ce complexe depuis lors, force est de reconnaître que cette mise en garde était pleinement justifiée.

Mais l’expression employée par Eisenhower pour le décrire, si elle correspondait parfaitement à la réalité politique et économique de son époque où les grandes entreprises manufacturières issues de l’effort de guerre dominaient la scène, ne parvient pas à cerner les réalités de ce pouvoir occulte et totalement illégitime dont la composition et l’influence a évolué avec le temps.

C’est véritablement avec le retour du Parti Républicain au pouvoir, en 1968, avec l’élection de Richard M. Nixon, que ce pouvoir va parvenir à s’imposer. Sa difficulté à y parvenir plus tôt nous amène à nous demander s’il ne faudrait pas voir là la cause de l’élimination de John F. Kennedy et de son frère Robert, plutôt que les actes de tireurs à la solde d’une puissance étrangère ou de la mafia, comme certains l’ont prétendu.

Les frères Nelson et David Rockefeller, le premier alors gouverneur de l’état de New York et le second président de la puissante Chase-Manhattan Bank, tous deux ardents promoteurs du Nouvel ordre mondial de leur propre aveu, gagnent en influence en parvenant à placer dans l’administration Nixon en 1968 un de leurs protégés, Henry Kissinger, d’abord au poste stratégique de conseiller à la Sécurité nationale, puis à la tête du Secrétariat d’État.

Il contribuera à l’articulation du contenu intellectuel de ce programme dont la promotion sera assurée par l’entremise d’organisations telles que le Groupe Bilderberg, la Commission Trilatérale, le Council of Foreign Relations et tous leurs satellites, tout ceci dans la discrétion la plus totale, ce qui amènera David Rockefeller à remercier les grands médias en 1991, à l’occasion d’une rencontre annuelle du Groupe Bilderberg tenue à Baden en Allemagne, dans des termes à la fois très surprenants et méprisants pour le commun des mortels :

Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au Time Magazine et à toutes les autres publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions depuis quarante ans et respecté leur engagement à la discrétion... I

Il aurait été impossible pour nous de développer notre plan de gouvernance mondiale si nous avions été exposés aux feux de la rampe pendant toutes ces années.

Mais le monde est désormais suffisamment évolué pour accepter la mise en place graduelle d’un gouvernement mondial. Une souveraineté supranationale constituée de l’élite intellectuelle et des dirigeants des grandes banques du monde est certainement préférable à la possibilité qu’avaient les peuples de s’auto-gouverner dans les siècles passés. [Ma traduction et mes caractères gras]

Le projet est donc tout aussi clair qu’il est clairement anti-démocratique : dépouiller les nations de leur souveraineté sans leur demander leur avis pour la confier à des élites intellectuelles et bancaires qui sauront mieux que les populations ce qui est bon pour elles. Et n’est-ce pas là toute l’histoire de la « construction » européenne ? À voir les résultats, c’est bien plutôt d’une démolition qu’il s’agit. La volonté ne peut pas être mise en doute.

la suite à lire sur 
http://www.vigile.net/Une-defaite-majeure-pour-les

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