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dimanche, 02 août 2015 18:59

Le jeu compliqué de la Turquie , par Jean-Michel Vernochet

Le jeu compliqué de la Turquie , par Jean-Michel Vernochet
IRIB- La duplicité des occidentalistes n’a pas de limites.
Les discours contredisent les actes, mais le Niagara de la propagande, par voie de presse, fait le reste. D’ailleurs, l’information entre par une oreille et ressort par l’autre. Ne surnage d’un flot de mots que quelques bribes structurantes du type «La Turquie d’Erdoğan vient, enfin, d’entrer dans la danse contre l’État islamique». Autrement dit, Ankara appuierait, désormais, la coalition américaine anti-Daech, (opérationnelle, depuis août 2014), de toute la puissance de son aviation de combat ! Au demeurant, on se demandera, en vain, pourquoi la Turquie – cette grande amie de l’Occident, pilier oriental de l’OTAN, contrainte, en principe, par la solidarité atlantique, qui, en outre, prétend rejoindre l’Union européenne – est resté inactive, jusqu’à ce jour ? En fait, Ankara n’est jamais resté hors du débat, ni passif, ni neutre. 1. Nul n’ignore que le territoire turc sert, depuis 2013, de couloir de transit des candidats jihadistes vers la Syrie et l’Irak. Ni que des blessés de Daech sont soignés, sur son territoire, tout comme ceux d’Al-Nosra, dans les hôpitaux israéliens. Tel-Aviv a, récemment, reconnu avoir accueilli quelque 1.600 «Syriens», dans ses services de soins, après qu’une ambulance israélienne eut été caillassée, et son occupant, tué par des Druzes, le 22 juin dernier, sur le plateau du Golan. Bref, la Turquie est une base arrière des terroristes wahhabites de Daech, acheteuse du pétrole extrait du sol du califat, abritant des camps d’entraînement et des ateliers de fabrication d’armes chimiques, dont quelques-uns furent démantelés, à grand tapage médiatique. Dans un article 2 du 6 avril 2014, l’Américain Seymour Hersh accusait la Turquie d’avoir «inspiré, poussé et aidé» les rebelles syriens à perpétrer l’attaque chimique du 21 août 2013, dans la Ghouta de Damas.  Forfait qui fit un nombre indéterminé de victimes, plusieurs centaines, au bas mot, et qui eut un énorme retentissement international. Acte, qui justifia les préparatifs d’offensive, de la part de Washington et de Paris, contre le régime baathiste de Damas. Opération, qui avorta, lamentablement, le 31 août suivant, pour la plus grande confusion du Président Hollande, que son homologue américain avait omis de prévenir. Alors, pourquoi Ankara se décide-t-il, enfin, à rejoindre les 22 pays, censés œuvrer à la destruction de cet État islamique, que soutiennent, en sous-main, les pétromonarchies wahhabites, Qatar et Arabie, tout en faisant mine de le combattre ? L’histoire est trop longue, pour être contée ici, en son entier. Toujours est-il que les succès kurdes, en Irak, notamment, la prise de Kobané, le 25 janvier dernier, ont, en partie, coupé les lignes de ravitaillement turques, à destination de Daech. Un soutien logistique, qui commençait à faire scandale, depuis que, le 19 janvier 2014, la gendarmerie du gouvernorat d’Adana avait intercepté un transport d’armes des services spéciaux, (MIT), à destination des groupes combattants salafo-wahhabites de Syrie. Le convoi bloqué achèvera, finalement, sa mission, quand il fut établi qu’il était placé, directement, sous les ordres du Premier ministre turc 3. La question des livraisons d’armes aux Wahhabites étant revenue sur le tapis, à l’approche des élections législatives du 7 juin, le Président Erdoğan menaçait, avec violence, les organes de presse, qui avaient eu l’outrecuidance de publier des preuves, quant à ces trafics. Las, le Parti démocratique des peuples, (HPD), qui regroupe sept partis politiques, obtenait aux élections 13 % des suffrages exprimés, portant, ainsi, un coup sévère au monopole du pouvoir, exercé par l’AKP. Devant l’affaiblissement des islamo-kémalistes d’Erdoğan, les irrédentistes kurdes du PKK reprirent du poil de la bête. La réponse ne s’est pas fait attendre, et après une vague d’arrestations, (dont celle du co-président due HDP, le Kurde, Selahattin Demirtas), le 24 juillet, Ankara rompt la trêve de 2013 et ouvre les hostilités, le 26, en bombardant des positions du PKK, en Irak. Cela, avec l’aval, au moins implicite, de Washington, et sous couvert de frapper Daech. Un vilain prétexte, qui ne trompe personne. Une guerre contre la nation kurde, tout entière, à laquelle les troupes de Barzani, pourtant, allié des États-Unis et d’Israël, n’ont pas l’heure d’échapper. France24.com (31 juillet 2015) précise : «Le mouvement Ahrar al-Sham, [composante de “l’Armée de la conquête”], qui regroupe des Salafistes, proches des Frères musulmans, soutenus par la Turquie et le Qatar, ne défend pas un Jjihad global, et limite ses actions au territoire national, contrairement aux Jihadistes du Front Al-Nosra, qui est la branche syrienne d’Al-Qaïda». London Review of Books. Le quotidien turc, "Cumhuriyet", publiait, le 29 mai 2015, un ensemble de photos et une vidéo, témoignant de cette livraison.

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