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samedi, 25 juillet 2015 17:22

Stratégies régionales US: Echec!, par M K Bhadrakumar

Stratégies régionales US: Echec!, par M K Bhadrakumar
IRIB- L’entrée de l’Inde et du Pakistan, comme membres de plein
droit, dans l’Organisation de coopération de Shanghai, (OCS), constitue un grave revers, pour les stratégies régionales des États-Unis. Les analystes occidentaux ont considéré l’OCS, comme l’OTAN de l’Est. Que l’OCS étende son territoire et inclue l’Asie du Sud, bouleverse, profondément, les intérêts états-uniens. Il est, sans doute, possible de mettre cela, en relation avec la hâte inconvenante, avec laquelle les États-Unis font pression sur les États membres du Conseil de coopération du golfe Persique, (GCCP), pour permettre le déploiement d’un système unifié de défense anti-missile, dans la région du golfe Persique. Dans l’idéal, les États-Unis auraient déployé le système ABM, en Afghanistan. Le pacte US-afghan de 2014 a fourni le cadre légal nécessaire, mais la réalité, aujourd’hui, sur le terrain, est que tout règlement afghan impliquant les Talibans provoquerait une occupation occidentale, à long terme, du pays. Les États-Unis semblent placer beaucoup d’espoir, dans le fait que l’entrée de l’Inde et du Pakistan, dans l’OCS, pourrait être bloquée. Un commentaire, émis la semaine dernière, par la Radio Free Europe Radio Liberty – fondée par le gouvernement des États-Unis – notait :•L’admission de l’Inde et du Pakistan, dans l’OCS, renforce la dimension internationale du groupe, mais cela pourrait être aux dépens des membres d’Asie centrale. Croyez-le ou non, mais cette radio, RFERL, vient de parrainer une table ronde, pour débattre sur le thème : «Les pays d’Asie centrale sont-ils les perdants de l’expansion de l’OCS ?» Les participants américains ont affirmé que le Président ouzbek, Islam Karimov, était, manifestement, mécontent de la décision de l’OCS, d’accueillir l’Inde et le Pakistan, comme membres, à part entière, et a exprimé, ouvertement, ses doutes, et que «d’autres présidents d’Asie centrale ont évité de faire de tels commentaires, mais ils ont dû, aussi, les avoir en tête». Un commentateur américain a pontifié : «Maintenant, avec l’ajout de l’Inde et du Pakistan, je pense que certains pays d’Asie centrale craignent que, parfois, leurs opinions et leurs décisions soient ignorées». A la suite de quoi, un autre éditorialiste a, promptement, abondé, dans ce sens : «Avec l’Inde et le Pakistan, il y a, maintenant, quatre énormes pays, des puissances nucléaires, et quatre pays d’Asie centrale, assez pauvres, assez petits et pas très puissants, donc, je pense qu’il y a un souci légitime, qu’ils [ces membres d’Asie centrale] soient neutralisés, dans les prises de décisions de l’OCS». La RFERL ajoute : «Il est facile de voir pourquoi les pays d’Asie centrale pourraient être inquiets». Elle estime que c’est le Kremlin qui fait monter l’Inde et le Pakistan à bord, comme membres de l’OCS, et que «le moment était bon, pour la Russie». En effet, elle a vu une concordance des intérêts entre Moscou et Bejing, sur cette question, aussi. Écoutez en entier le passionnant enregistrement de RFERL, si vous avez le temps. Quel stratagème propagandiste magistral ! Encore plus fascinant, le commentaire du site web Eurasianet, une publication sœur de RFERL. Il dit que Karimov s’est exprimé, avec prudence, sur l’expansion de l’OCS, disant que «cela ne fera pas que changer la carte politique, mais changera les équilibres de pouvoir. Ce n’est pas une question simple et elle doit être débattue». Le site a spéculé, mélancoliquement, en considérant que la présidence de l’OCS a, maintenant, passé, à Tachkent, et qu’il pourrait y avoir, loin de la coupe aux lèvres, pour l’Inde :• Et un responsable et chercheur d’un groupe de réflexion, à Astana, a suggéré que l’expansion projetée pourrait être bloquée. «De jure, le processus doit, encore, être, totalement, clarifié. Il est tout à fait possible qu’un membre de l’OCS existante bloque leur entrée», a déclaré Sanat Kushkumbayev, Directeur adjoint de l’Institut kazakh d’études stratégiques, sous le président de la République du Kazakhstan, dans une interview, au site internet Russia Direct. «Karimov a relevé, avec raison, que l’entrée de l’Inde et du Pakistan, détenteurs d’armes nucléaires, pourrait modifier l’équilibre des forces, au sein de l’organisation, et sur le plan international. Il y a beaucoup de questions non résolues entre Dehli et Islamabad, et  on ne voit pas, clairement, comment cela se conciliera avec l’esprit de coopération affirmé par l’OCS». Évidemment, la paranoïa, qui frappe l’esprit américain, est compréhensible. Le cœur de la question est que l’expansion de l’OCS intervient, dans le contexte du fort déclin de l’influence états-unienne, dans la région eurasiatique. Défiant toute propagande occidentale, la Russie et la Chine accélèrent leur coopération et leur coordination des politiques régionales, en Asie centrale. De prestigieux groupes de réflexion états-uniens ont produit des douzaines de rapports, ces dernières années, analysant les graves contradictions et les conflits d’intérêts entre la Russie et la Chine, qui leur créent des désaccords, en Asie centrale. Les analystes états-uniens ont, souvent, tenté de jouer sur les sensibilités de la Russie, en faisant valoir que la Chine remplace, systématiquement, la Russie, comme acteur dominant, en Asie centrale. Par conséquent, la décision d’intégrer le projet d’Union économique eurasienne, dirigée par la Russie, et l’initiative chinoise, "Ceinture et Route", devient un moment décisif, dans la politique de l’Eurasie. Il est tout à fait évident que Moscou et Beijing ont un intérêt commun à faire reculer la présence des États-Unis et de l’OTAN, dans la région eurasienne. Est-ce que tout cela renvoie à ce qu’on appelle la Théorie du Heartland de Halford Mackinder, une géo-stratégie, qui a beaucoup influencé, depuis un siècle, les politiques régionales des États-Unis, à l’égard de l’Eurasie ? Oui, comprendre la Théorie du Heartland peut aider à saisir ces développements, dans les politiques des grandes puissances, dans l’Asie centrale contemporaine. Permettez-moi de ressortir de mes archives, sur l’Asie centrale, un excellent article, que j’ai publié, il y a quelques années, intitulé "Revisiting the Pivot" : The Influence of Heartland Theory in Great Power Politics, écrit avec une grande prescience, par deux chercheurs, au Macalester College, Minnesota. Vous pouvez le lire ici. M K Bhadrakumar

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