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mardi, 25 décembre 2012 01:36

Les garnements, par Éric Desrosiers

IRIB- L’année a été dure pour les gouvernements. Les prochaines le seront tout autant dans ce monde de plus en plus complexe et interrelié.


Le «garnement». Le calembour est du défunt clown jongleur de mots, Sol. Il illustre bien le rapport que l’on a eu, cette année, avec cet outil d’action collective que sont les États et leurs gouvernements. Budgets d’austérité, histoires de corruption, cul-de-sac dans les grandes négociations internationales : les sources de frustration à l’égard de nos garnements - et de ceux des autres - ont été multiples.

La spectaculaire débandade des banquiers qui a plongé le monde dans la Grande Récession semblait avoir réhabilité les gouvernements après 30 années de montée d’un discours où l’État avait presque toujours le rôle d’empêcheur de danser en rond. Leurs plans de relance économique et les promesses d’un resserrement de l’encadrement des marchés avaient suscité un grand soupir de soulagement, y compris chez certains adversaires. Certains régimes politiques, dont celui de la Chine, y avaient aussi vu la preuve de la supériorité de leur modèle «interventionniste».

Cette lune de miel avec les gouvernements n’a pas duré. La crise économique, et la reprise poussive qui lui a succédé, a si bien fait augmenter les dépenses sociales des pouvoirs publics et plombé leurs revenus que tous les gouvernements, des plus dépensiers aux plus austères, ont été forcés, depuis, à passer à un mode beaucoup moins enthousiasmant de rationalisation budgétaire.

Plus prudents qu’il n’y paraît

 Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la plupart des gouvernements ont tenu compte des dangers pour la reprise économique et ont ralenti depuis le rythme de mise en oeuvre de leurs plans d’assainissement, rapportait le mois dernier une étude de l’OCDE. En moyenne, les deux tiers de l’effort viennent d’une compression des dépenses et le tiers d’une augmentation des revenus, principalement sous forme de hausses de taxe à la consommation et de l’impôt sur le revenu de particulier. Ces mesures se sont généralement accompagnées de réformes dites structurelles censées favoriser le développement économique à long terme.

 Ces politiques d’austérité n’ont pas manqué de susciter bien des mouvements de colère populaire ainsi que le congédiement de presque tous les gouvernements élus - de gauche comme de droite - qui avaient rendez-vous avec leur électorat, à l’exception remarquable du président américain, Barack Obama.

 Sur la scène internationale, les gouvernements ont une fois de plus montré cet automne à Doha leur difficulté extrême à mettre de côté leur conception étroite de l’intérêt national et à convenir d’une façon de réduire leurs émissions polluantes avant qu’on n’ait tout déréglé sur notre planète.

 Les Canadiens et les Québécois n’ont pas été à l’abri de toutes ces tendances. Au Québec, le printemps érable a montré comment le choc entre un gouvernement et une partie de sa population peut rapidement devenir acrimonieux en démocratie, même lorsque les changements en cause n’ont pas l’ampleur de ce qu’on a vu, en Grèce ou en Espagne. La poursuite du dévoilement du scandale de la corruption a aussi infligé de nouveaux bleus à l’image des gouvernements provincial et municipaux.

 

De plus en plus importants

 La place des gouvernements dans nos sociétés a beaucoup augmenté en 50 ans. Leur poids dans l’économie est passé d’une moyenne de 25,5 % du produit intérieur brut des pays de l’OCDE en 1965 (25,7 % au Canada) à un sommet de 35,2 %, en 2000, (35,6 % au Canada), avant de redescendre un peu à 33,8 %, dix ans plus tard (31 % au Canada).

 Cette place relative peut évidemment varier énormément entre, par exemple, un État-providence comme la Suède (45,5 %) et un État émergent comme le Mexique (19 %). Le rôle que l’on confie à ces gouvernements peut aussi varier énormément entre, par exemple, les États-Unis, où l’État hésite même à restreindre la possession d’armes de guerre sur son territoire au nom de la liberté individuelle, et la Chine, où le régime se croit permis de mettre en prison quiconque le conteste un peu trop fort.

 Dans tous les cas, les gouvernements ont été et resteront au coeur de la mise en place des institutions politiques et économiques nécessaires à la prospérité, ou responsables de la pauvreté des nations, disent les économistes Daron Acemoglu et James A. Robinson dans leur ouvrage acclamé par la critique, Why Nations Fail. Le secret du succès, expliquent-ils dans leur brique de plus de 500 pages, serait notamment de s’assurer que la richesse et le pouvoir politique sont le mieux répartis possible.

 Le même constat peut être dressé pour les enjeux de plus en plus nombreux qui dépassent les frontières nationales en cette ère d’accélération de la mondialisation. Des changements climatiques à la réglementation financière, en passant par la crise de la zone euro et la guerre en Syrie, toutes ces questions réclament des décisions et des actions concertées que seuls les gouvernements ont le pouvoir et la légitimité d’adopter. Le problème est qu’il est encore plus difficile de s’entendre à cet échelon que ce ne l’est déjà à l’échelon national. On n’a pas fini de se plaindre de nos garnements.

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