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vendredi, 07 juin 2013 06:23

La Turquie peut-elle ébranler l’Europe ? par Jean Zin

IRIB-Loin d'être finie, la crise ne fait que s'aggraver et préparer un krach pire que les précédents.
Le temps des révolutions ne fait lui-même que commencer sans doute dans cette période de grands bouleversements. Ce n'est qu'un début ! Il est impossible de savoir à l'heure actuelle quel sera le destin d'un mouvement encore informel mais si les manifestations en Turquie sont très émouvantes, c'est dans un tout autre sens que les révolutions arabes car "ceci n'est pas une révolution". C'est plutôt un souffle de libertéqui a été comparé spontanément à Mai68 plus qu'à un renversement de dictature. Il n'est pas insignifiant, en effet, que se revendique ouvertement pour la première fois une sorte de droit à l'alcool, ceci après le Mali où les djihadistes avaient fait de l'interdiction du tabac et de l'alcool un marqueur de leur pouvoir régressif.

On peut dire que cette revendication d'occidentalisation rapproche la jeunesse turque de l'Europe. Bien qu'il y ait un nationalisme assez fort, il semble bien, en effet, que ce soit aussi un mouvement pour l'Europe, dont ils se sentent exclus, et non pas contre, alors que ceux qui sont dedans en font l'origine de tous les maux...

 

Une bonne partie des Turcs se sentent européens depuis toujours mais ils constituent sans doute la meilleure réfutation du projet européen car on ne peut ni les intégrer à l'Europe, ni leur dénier le droit d'y adhérer. Pour la Turquie l'Europe, c'est l'accès à la modernité alors que, pour nous, la Turquie dans l'Europe réduit l'Europe à un marché commun, simple cheval de Troie de la mondialisation marchande.

Au fond, la position géographique de la Turquie, entre deux continents, montre le caractère artificiel et intenable des frontières de l'Europe comme des civilisations. Il faudrait aller jusqu'à l'Egypte pour retrouver nos racines occidentales. Cette dilution dans le nombre affaiblit les capacités d'unification politique entre économies trop disparates. Cela n'en élimine pas la nécessité, notamment pour réduire le dumping social et fiscal. Cela mènerait donc à renforcer un noyau dur avec un nombre limité de pays, sans doute. En tout cas, à mesure que la Turquie nous rejoint par sa démocratisation même et les mobilisations populaires, c'est le projet européen qui perd sa consistance, plus atteint qu'on ne croit par ce qui fait partie de l'unification numérique et d'un conflit des générations.

Parler de l'avenir de l'Europe paraîtra bien intempestif par rapport à l'actualité d'un mouvement qui mérite incontestablement un soutien enthousiaste mais dont les débouchés restent incertains. Aurons-nous droit à un été turc contaminant d'autres pays ? On ne peut s'attendre à ce qu'un tel mouvement gagne les élections mais il gagnera peut-être les esprits ? Il peut y avoir des reculs, du moins, les luttes d'émancipation ne sont pas mortes ni le refus des totalitarismes marchand, religieux ou hygiéniste. La liberté soulève encore les foules et c'est une très bonne nouvelle.

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