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mercredi, 17 juin 2015 03:06

Patrimoine immatériel d'Iran, gloire universelle (39)

Patrimoine immatériel d'Iran, gloire universelle (39)

Nasser Khosrô et son œuvre

Nous continuons dans cette édition du magazine  « Patrimoine immatériel d'Iran, gloire universelle », l’exposé sur le poète et penseur iranien du XIe siècle Nasser Khosrô de Qobadiyan.

 Nous vous avons dit que Nasser Khosrô occupait un poste administratif à la cour jusqu’à l’âge de 40 ans. A 40 ans, il fit l’objet d’une métamorphose spirituelle sur fond d’un rêve et il se rendit à la Mecque. Après avoir vécu sept ans en étranger, Nasser Khosrô regagna son pays où il opta pour la vertu et la prière et il commença à s’initier à la théosophie. Il se retira également de ses fonctions administratives. Due à sa tendance vers l’ismaélisme, Nasser Khosrô s’était fait beaucoup d’ennemis. C’est à cause des animosités et des pressions que Nasser Khosrô se réfugia à Yomgan afin de pouvoir passer le reste de sa vie en tranquillité et loin des tumultes et rancune. La plupart de ses œuvres furent rédigées pendant les 15 années qu’il vécut dans la montagne de Yomgan, à Badakhshan. Parmi ses œuvres, l’une des plus précieuses est son  Récit de Voyage. Et maintenant la suite de cet exposé…

Le Récit de voyage compte parmi les livres les plus importants du XIe siècle car l’auteur avait vécu in situ et in visu les événements qui s’y sont produits. Il ne faut pas oublier que la situation, à cette époque-là, n’était pas très favorable pour un philosophe, comme Nasser Khosrô, qui exprimait les vérités. Alors, il ne put pas facilement parler, dans ses livres, de la situation sociale et intellectuelle très tendue de l’époque des Turcs seldjoukides. C’est pourquoi on ne voit que des allusions à ce propos dans le Récit de Voyage, des allusions que Nasser Khosrô n’ose pas en parler d’une manière plus détaillée. En ne parlant pas beaucoup de la ville de Merv, Nasser Khosrô montre qu’il ne voulait pas en parler à cause de sa situation sociale défavorable. En revanche, il louait l’émir Alaouite de Daylam, ce qui témoigne de sa tendance vers les Alaouites. De telles allusions se voient aussi dans la description du Caire et d’Egypte et elles expriment avec une subtilité toute particulière l’opinion de l’auteur.

Géographiquement parlant, le Récit de Voyage est un ouvrage sans précédent puisque Nasser Khosrô décrit toutes les villes et tous les lieux qu’il a traversés. Il donne une telle description précise des villes, qui étaient construites un millier d’années auparavant, et des bâtiments qu’il a  vus qu’on est capables de les rebâtir aujourd’hui juste à partir des descriptions de Nasser Khosrô. Le Caire, Lhassa, Zamzam, Safa, Marva et Qods étaient décrites par Nasser Khosrô d’une manière très précise et détaillée. Là où il arrivait, il décrivait en premier lieu, les conditions géographiques dont le climat, les montagnes, les déserts, les rivières et les lacs. Il expliquait ensuite la distance entre les villes et les villages et décrivait les bâtiments dont les tours, les portails et les fortifications. Il décrivait aussi les lieux de culte dont les mosquées, les tombeaux ainsi que les marchés. Dans ses descriptions, il n’oubliait pas de parler de la prospérité, de la fertilité ou au contraire de la pauvreté d’une région. Il parlait également de l’agriculture de chaque région et faisait parfois allusion aux événements naturels comme le séisme.

Le Récit de Voyage relate l’histoire d’un voyage de sept ans qui commença le 6 du mois de Jamadi Al-Akhar de l’an 437 de l’hégire depuis Merv et pris fin au mois de Jamadi Al-Akhar de l’an 444 de l’hégire à Balkh. Le fruit de ce voyage de sept ans est pour Nasser Khosrô un bagage d’expériences intellectuelles et pour nous de précieux récits de tout ce qu’il a vu et entendu durant ses déplacements. Ses récits sont clairs, exacts, détaillés et loin d’exagération. Il organisait et arrangeait ses notes après avoir terminé son voyage. Lisant le Récit de Voyage, on peut connaître le monde de l’Islam de la première moitié du 5e siècle de l’hégire et avoir un aperçu détaillé des us et des coutumes, des traditions et de la culture des habitants des villes islamiques. Une partie des territoires que traversa Nasser Khosrô lors de sa pérégrination, était sous l’emprise des Seldjoukides et une autre partie dirigée par les gouverneurs locaux. L’Egypte, le Cham et Hedjaz étaient sous domination des califes fatimides. Partout où il passait, il en évoquait les conditions  sociales et économiques. Il louait la paix et la sécurité et dénonçait l’insécurité régnant sur les routes de la Perse. Nasser Khosrô racontait très bien ce qu'il avait vu ou entendu.

A l’instar d’un peintre, mais un peintre qui travaille avec une plume au lieu d’un pinceau, il décrivait en détails ce qu’il avait vu ou entendu. Chaque partie de son récit de voyage décrit une localité géographique. Cette description ressemble à une image prise par un photographe professionnel. En l’occurrence citons la description qu’il donne dans son Récit de voyage de la ville d'Ispahan:

"Ispahan est une ville fondée sur une plaine. Il y fait très beau et là où on creuse un puits, on parvient à une eau froide et agréable. La ville est entourée d'une muraille bien solide, avec des portails, des tours et des fortifications avec des créneaux. La ville est embellie par des cours d'eau et de hauts bâtiments splendides. Au cœur de la ville se dresse une grande mosquée magnifique. La fortification de la ville est longue de trois parasangs et demi. La ville est prospère et je n'ai vu aucun lieu en ruine. Il y existe de nombreux bazars. J'ai vu un marché réservé aux changeurs où travaillaient 200 changeurs.

A tout bazar, il y a un portail et une muraille et aussi dans tout quartier et rue il existe des murailles et de portails solides. Des caravansérails propres se trouvent ça et là dans la ville. J'ai vu une rue où se trouvaient cinquante caravansérails propres et chacun accueillait un grand nombre de courtiers et des commerçants. La caravane avec laquelle on se rendit à Ispahan, avait 400 mille kilogrammes de charges, mais on ne s’aperçut même pas comment la caravane s'installa en ville car il y avait beaucoup de places pour tout le monde". A partir des manuscrits de Nasser Khosrô, on peut avoir une juste idée des conditions de l'agriculture de l’époque, du type des produits, des modalités de l’irrigation, de l’artisanat, des fortifications, de la manière de la gestion de la ville, des relations commerciales, des coutumes et des convictions des gens, des événements historiques importants et beaucoup de caractéristiques des peuples et des territoires islamiques. On peut connaître aussi les savants et les grandes figures de cette époque-là. Le Récit de Voyage de Nasser Khosrô est une source inépuisable pour les chercheurs pour en tirer de précieuses informations sur les villes et la société islamiques du XIe siècle. A titre d'exemple, Nasser Khosrô explique ainsi les bureaux de change et la manière d'échange des habitants de Bassora, aujourd'hui appelé le système bancaire:

" Concernant les bazars de Bassora, les gens donnaient ce qu'ils avaient aux changeurs contre une pièce de papier marquée par l'écriture du changeur. Alors, ils achetaient ce qu'ils voulaient et donnait le prix au changeur. Dans cette ville, on ne peut rien acheter sans l'écriture d'un changeur". Tout au long de son voyage, Nasser Khosrô décrivait les qanâts et les réservoirs d’eau qu’il rencontrait dans les différentes villes. En visite en Egypte, Nasser Khosrô écrit: "Voyant de loin l'Egypte, elle ressemble à une montagne avec des maisons à 14 étages et des maisons à 7 étages. J'ai entendu dire que quelqu'un  créa un petit jardin sur le septième toit de sa maison et qu'il y éleva même un veau. Là, il construit une pompe à eau que ce bœuf faisait tourner pour remonter de l'eau au niveau du sol. Au large de ce toit furent plantés des bigaradiers, des bergamotes et des bananiers ainsi que toutes sortes de fleurs".

Deux manuscrits du Récit de Voyage existent à présent et tous les deux se trouvent en France. Le Récit de Voyage de Nasser Khosrô fut traduit en français pour la première fois en 1298 de l'hégire (XIXe siècle) par Schaeffer, l’orientaliste français. La version française de cet ouvrage a paru à Bombay en Inde. En 1312 de l'hégire, le Récit de Voyage, accompagné du recueil de poèmes de Nasser Khosrô, fut publié à Téhéran grâce aux efforts de Zeynolabedine Al-Sharif Al-Safavi. La même année, une autre édition de cet ouvrage fut publiée par la même personne. La cinquième édition de ce livre fut publiée en 1340 de l'hégire dans l'imprimerie de Kaviani, à Berlin, par Ghani Zadeh. Mais l'édition la plus connue de ce livre fut publiée par Mohammad Dabir Siaqi en 1335 (1956).  

      

       

 

 

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