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lundi, 12 janvier 2015 02:17

France: un danger plus grand que le terrorisme, par Abdel Bari Atwan

France: un danger plus grand que le terrorisme, par Abdel Bari Atwan
IRIB- Je suis un Musulman, qui vit en Europe, depuis 40 ans.

Je n’ai rien d’un terroriste, et, pourtant, comme tous les Musulmans, tout est fait pour que je me sente, comme tel, à la suite des terribles attentats de Paris.

Ce lien de plus en plus inextricable entre l’Islam et le terrorisme est, extrêmement, dangereux, purement, émotif, politiquement, motivé et illogique. Est-ce que tous les Occidentaux sont associés à la mort des millions de victimes de la guerre, en Irak ? Ou des dizaines de milliers de tués, au cours des bombardements français, sur la Libye ? Évidemment, non, alors pourquoi, nous, Musulmans, devrions-nous être associés à ces massacres, dans Paris ?

Le message des médias français est, fortement, néo-colonial ... dans le style de «comment ces Arabes inférieurs osent-ils frapper leurs maîtres ?»

Nous sommes sûrs que l’une des raisons de ce message est toujours inhérente à la psyché française et que la France a concédé, à contrecœur, l’indépendance à ses colonies d’Afrique du Nord, dans les années 1950, et au début des années 1960. La domination politique, économique, idéologique, sociale et juridique sur ses protectorats arabes est, encore, bien trop vive, dans les mémoires. Le ressentiment, pour avoir cédé cet empire, persiste, encore, aujourd’hui.

Les réactions incendiaires au massacre de "Charlie Hebdo" et aux meurtres, dans le supermarché casher, (même s’il est toujours difficile, dans ce dernier cas, de savoir si les victimes ont été tuées par les preneurs d’otages ou par la police), par les médias et certains politiciens français sont, à certains égards, plus dangereux que les crimes, eux-mêmes. À présent, les vannes sont ouvertes, pour un raz de marée venimeux de haine et de violence contre l’Islam et les 10 millions de Musulmans, en Europe.

Le Président français, François Hollande, s’exprimant à la télévision nationale, a parlé de «la guerre à laquelle nous sommes confrontés», laissant, clairement, entendre que c’était contre l’Islam, bien que son Premier ministre, Manuel Valls, n’a pas tardé à vouloir corriger le tir, en soulignant que la France est «dans une guerre contre le terrorisme et non contre une religion». Marine Le Pen, leader du néo-fasciste Front National n’était pas si timide et elle a établi un rapport explicite entre les attaques terroristes, à Paris, et l’immigration musulmane, originaire du Maghreb.

Ce qui est arrivé, en France, est du terrorisme criminel, pour lequel le monde entier porte une responsabilité. Pourquoi devrions-nous, en tant que Musulmans, en Europe, avoir le sentiment de devoir prouver notre innocence, vivre sous une surveillance et une suspicion renforcées, nous sentir obligés d’aller à une manifestation dénonçant le terrorisme, afin de prouver que nous ne sommes pas, nous, des criminels ou des terroristes ?

Ce n’était pas l’état d’esprit des deux millions de personnes, qui ont défilé, à Londres, en 2003, pour empêcher Tony Blair d’emboîter pas le pas à George W. Bush, dans son agression insensée contre l’Irak. Pas plus que ces personnes ne se sont senties devoir rendre des comptes pour les meurtres qui ont suivi, des centaines de milliers d’Irakiens innocents.

Chacun des 300 millions de citoyens américains doit-il, personnellement, se faire pardonner les crimes de la Maison Blanche, du Pentagone et de l’armée, qui s’en prennent à un pays musulman, après l’autre ?

Et nous demandons, à nouveau : est-ce que le peuple français, dans ses protestations, doit, individuellement et collectivement, s’excuser, auprès de nous, Musulmans, pour les attentats et meurtres de ressortissants libyens, et, maintenant, de Syriens et d’Irakiens ?

Depuis mercredi, il y a eu une vague d’attaques sur des mosquées et des individus et des familles musulmanes. Des coups de feu ont été tirés et des grenades ont été jetées, sur des salles de prière musulmanes. En Corse, une tête et les entrailles de porcs ont été clouées à la porte d’une mosquée. Les graffitis haineux et anti-musulmans prolifèrent. Les Français musulmans vivent, aujourd’hui, dans un état de crainte et d’anxiété.

Les trois ou quatre auteurs de ces crimes ont été abattus par la police française. Nous souhaitons qu’au moins un ait été maintenu en vie, afin que nous puissions connaître les détails complets des attaques, quelles étaient leurs motivations et s’ils étaient, comme prétendu, envoyés par Al-Qaïda, dans la péninsule arabique. Et, aussi, pour qu’ils puissent assumer la responsabilité de leurs crimes, devant un tribunal, être jugés et punis.

En supprimant la responsabilité individuelle de ces criminels, la faute à été placée sur l’ensemble de la population musulmane de France, forte de 6 millions d’individus. S’il s’avère que personne ne passe en procès, afin que justice puisse être faite, chaque homme, femme et enfant musulman se retrouvera en position d’accusé et se sentira puni, par un renforcement d’isolement social et d’hostilité, de la part des non-Musulmans.

Il est fort possible que l’intention idéologique de ces attaques est d’alimenter la discorde religieuse, d’affaiblir le tissu de la société européenne. C’est, précisément, la façon, dont l’État islamique a été en mesure de prospérer, fomentant, délibérément, depuis plus d’une décennie, la discorde sectaire, en Irak, d’abord, et, plus récemment, dans l’ensemble du Moyen-Orient.

Dans tous les cas, le résultat sera que des sociétés multi-culturelles, en Europe, finiront par se replier sur elles-mêmes, la confiance, la paix sociale, la coexistence et la stabilité, au sein de ces sociétés, s’épuisant rapidement. Nous devons tous travailler dur, pour inverser ce courant trop puissant, les dirigeants, comme tout un chacun, faisant de la Méditerranée un lac de paix, de coexistence et de stabilité.

Si nous sommes tous «Charlie Hebdo», c’est face à la violence, aux assassinats et au terrorisme, qui prennent la place du dialogue et de l’expression pacifique des opinions. Mais nous devons, aussi, dire «non» aux insultes et incitations à la haine contre les croyants de toute religion, et dans ce cas, contre les disciples du Prophète Mohammad.

Pourquoi blesser les sentiments de 1,5 milliard de Musulmans, alors que l’on prétend vivre, dans une société, racialement et religieusement, tolérante ? Cela démontre, simplement, un manque de respect, une insensibilité et un aveuglement, profondément, enracinés vis-à-vis de la ferveur avec laquelle les Musulmans aiment leur Dieu.

Les rédacteurs de "Charlie Hebdo" étaient bien conscients de combien provocatrices étaient leurs actions, tandis que d’autres, plus sages, décidaient de ne pas s’attaquer à toute une partie de la population, pour le sport, «l’humour» et «le fun». Je ne crois qu’un seul média grand public américain ou britannique ait repris les caricatures, profondément, offensantes du Prophète Mohammad, nu et dans des poses pornographiques. Ces médias sont-ils contre la «liberté d’expression» ? Bien sûr que non, ils sont simplement plus avisés et plus sensibles.

La plupart des États européens ont des lois, qui font de toute tentative de nier l’Holocauste un crime passible d’un emprisonnement de sept ans. L’historien britannique, David Irving, languit, actuellement, derrière les barreaux, en Autriche, en vertu de cette condamnation. L’Holocauste est-il plus digne de protection que le caractère religieux et sacré de celui qui est le Prophète de plus de 1,5 milliard de Musulmans ?

La vérité est que les préjugés et l’incitation à la haine, par les ignorants, contre les Musulmans, est du racisme. Les Musulmans, contrairement aux Juifs, sont trop «différents», pour certains, en Occident, pour qu’ils puissent les accepter, que les Musulmans tentent ou non de s’intégrer.

Tout comme certains porte-paroles musulmans exigent, maintenant, de la discipline et de la modération, et condamnent l’attaque contre "Charlie Hebdo", nous appelons les médias et les gouvernements européens à faire preuve de sagesse et de prudence et à éviter toutes les formes d’incitation à la haine. Un point de départ serait d’éviter d’amalgamer «terrorisme» et «Islam». La marée de l’islamophobie est si grande, aujourd’hui, que, dans un récent sondage, la moitié des Allemands ont indiqué qu’ils considèraient les Musulmans, comme leurs ennemis.

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