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mardi, 09 août 2011 08:52

69ème partie

69ème partie
Il était une fois… Une formule qui éveille chez chacun de nous, toute notre enfance, cette enfance bercée par ce mot magique, une formule qui jaillit toujours aussi jeune et dynamique, même en ce monde du troisième millénaire, emporté dans le tourbillon vertigineux du boom de l’information, cloué devant les grands et petits écrans.

Combien de fois cette formule magique nous a emportés sur les ailes de l’imaginaire vers l’univers du merveilleux et du fantastique ? Combien de fois l’avons-nous entendue de la bouche de notre mère ou grand-mère, qui, de sa voix douce et tendre, nous a raconté ces contes et histoires qu’elle avait entendus de sa mère et elle-même de sa mère…

Comme il est de tradition, dans ce magazine, nous vous présenterons une anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l’espace et le temps, pour vivre avec le chantre de la poésie mystique persane, un moment de spiritualité, avec une anecdote tirée de son monument majestueux le Grand Masnavi, une anecdote que Molana Jalal al-Din nous relate avec la verve qui caractérise son beau et chaleureux langage.. Lorsque deux êtres n’ont rien de commun, l’un avec l’autre, les conversations languissent, les repas sont lugubres et les moments qu’ils passeront ensemble, ennuyeux. C’est justement ce qui est arrivé à un chevreuil, lorsqu’il s’est, soudainement, trouvé, au milieu de l’étable des ânes, et que Molana nous a relatés, au travers de l’anecdote, «Le chevreuil, dans l’étable des ânes», dans son Masnavi.

Forcer d’aucun à cohabiter avec son antipode

Dirait-on qu’on lui a assené la peine capitale

Nous vous raconterons, ensuite, l’histoire qui a donné naissance à un proverbe iranien. Restez avec nous.

Il est relaté qu’un chevreuil tomba dans le piège d’un chasseur, qui l’emmena chez lui et le mit dans l’étable des ânes. Le pauvre animal fut terrifié à la vue de ces énormes bêtes qui l’entouraient. Tremblant et affolé, il courait d’un coin à l’autre, à la recherche d’un abri. Le chasseur apporta de grandes bottes de foin à l’étable et les jeta devant les ânes et les bœufs, qui s’y ruèrent. Ils mangeaient, avec grand bruit, le foin. Et notre petit chevreuil qui ne pouvait pas supporter tant de bruit et de poussière, se réfugia dans un coin.

Hélas, les jours passaient et le beau chevreuil, gracile, était toujours captif dans l’étable. A l’instar d’un poisson jeté hors de l’eau, il se tortillait :

Les jours ce chevrotin à musc

Vivait la torture dans l’étable de l’âne

Les ânes ricanaient et ne se lassaient de le tourmenter. Un premier disait : «Il se prend pour qui ! Comme si on avait tiré de la mer, en pleine tempête, un joyau rare», un autre ricanait : «Avec tant de coquetterie et de distinction, il ferait mieux de monter sur le trône». Un des ânes s’arrêta de manger et invita le chevreuil à se nourrir des restes de son repas. Le chevreuil dit non de la tête. «Je n’ai pas faim», dit-il. Et l’âne de répliquer : «Ah, tu veux faire le coquet». Le chevreuil lui répondit : «C’est toi qui te nourris du foin. Il te renforce et te permet de vivre. Tu ignores qui je suis, où j’ai vécu, et de quoi je me nourris ; tu ne connais pas mes pensées. Si le sort nous a jeté dans la misère, nous ne perdrons pas pour autant notre nature et notre goût. Si je suis devenu pauvre, ma nature ne sera point misérable. Si mes habits sont usés, moi-même, je suis neuf». Et l’âne lui cria: «Fi, la hâblerie ; il est vrai qu’on peut se vanter hors de chez soi». Et le chevreuil de répondre : «Point de vantardise, mon musc témoigne de la véracité de mes dires».

"Or , qui sentira ce musc ?" s’interroge Molana, qui répond lui-même : "Celui qui en sera digne. Hélas, ce musc fut perdu, auprès de l’âne ne connaissant que l’excrément".

«T’es voleur ? Soit ! Mais garde, au moins, ton honneur !» Il s’agit bien du proverbe du jour, extrait du thesaurus du folklore persan. Mais d’où vient-il ? Et qui l’a dit, la première fois ?

Dans les temps anciens, où il n’y avait pas d’hôtel à plusieurs étoiles, ni même sans étoile, les voyageurs s’arrêtaient, au milieu de leur trajet, dans les caravansérails, pour se reposer la nuit et reprendre, le lendemain,, frais et dispos, leur route. Parmi ces caravansérails jalonnant les chemins, il y en avait un qui ressemblait plus à un bastion militaire qu’à un lieu de repos, pour les voyageurs. Ses hauts murs s’érigeaient vers le ciel, sa porte était d’acier, bref, il était impénétrable pour les voleurs ; ce qui assurait une pleine sécurité aux voyageurs, surtout, les riches commerçants, qui avaient chargé tout leur bien sur le dos de leurs chameaux et se rendaient, de ville en ville, pour se livrer à leur négoce. Les voyageurs s’installaient, donc, tranquillement, dans le caravansérail impénétrable, sans craindre les pillards. Cela se passait ainsi, jusqu’à ce jour où trois voleurs décidèrent de relever ce défi, en rendant accessible l’inaccessible caravansérail, mettant, ainsi, fin à son mythe d’invulnérabilité. Nos trois voleurs projetèrent un plan ingénieux : ils envisagèrent de percer un tunnel sous les murs du caravansérail. Ils travaillèrent, donc, sans relâche, maniant pelle et pioche, avec ardeur. Le tunnel s’ouvrit sur le puits du caravansérail. Par une nuit sombre et sans lune, les trois voleurs se faufilèrent, dans le tunnel, les conduisant au beau milieu du caravansérail. Ils prirent, sans faire de bruit, les biens des voyageurs, et repartirent par le même chemin qu’ils avaient emprunté, pour y accéder.

Le lendemain matin, la nouvelle du vol du caravansérail se répandit partout, en un éclair, et arriva jusqu’à l’émir. Il resta un moment incrédule ; il ne pouvait pas croire à une brèche, dans les hautes murailles du caravansérail et dans ses portes impénétrables. Il monta, donc, sur son cheval et se rendit, sur les lieux, pour voir, in visu, ce qui s’était passé. Le caravansérail avait été mis sans dessus-dessous. Plus on cherchait, moins on trouvait une brèche, un trou, par lequel, le ou les voleurs s’y seraient introduits. L’émir s’exclama : «Dans ces circonstances, le voleur se trouve, certainement, parmi le personnel du caravansérail». Il y eut un grand tumulte. Les hommes de l’émir se ruèrent sur les gardiens du caravansérail, les bâillonnèrent et les rouèrent de coups.

Mais revenons à nos voleurs. Ces derniers, qui avaient caché dans un endroit sûr leur butin, furent curieux de savoir ce qui se passait dans le caravansérail. Ils s’y rendirent, donc, en badauds et ils arrivèrent juste au moment où les pauvres gardiens criaient sous les coups des hommes de l’émir. Le chef des voleurs fut très touché par cette scène ; il se dit : "Dieu ne tolèrera pas que ces pauvres gens soient châtiés pour la faute qu’ils n’ont pas commise". «Arrêtez !», cria-t-il, d’une voix ferme. Tout le monde se tourna vers le nouveau venu, qui fit un pas en avant et dit : «Libérez-les, ils sont innocents, c’est moi qui ai volé vos biens».

L’émir rétorqua : «C’est toi le voleur ? Mais comment ?» Le chef des voleurs expliqua, gravement : «J’ai percé un tunnel qui donne sur le puits du caravansérail». Tout le monde s’empressa vers le puits. Incrédule, l’émir dit : «Eh bien, où sont, donc, les biens des voyageurs ? Si tu dis la vérité, tu nous montreras le butin». Impassible, le voleur répondit : «Dans ce même puits, envoyez-y quelqu’un et il y trouvera les biens des voyageurs». Personne n’osa descendre dans le puits. On n’eut, donc, d’autre choix que d’accepter la proposition du chef du voleur, qui s’était déclaré volontaire. On enfila une corde à la taille du voleur, et on le fit descendre dans le puits. Une fois, dans le tunnel, le chef des voleurs détacha, tranquillement, la corde de sa taille et s’enfuit. Quant à ses complices, ils s’éclipsèrent, à leur tour. Quant aux voyageurs, ils attendirent, pendant des heures, le voleur, mais il ne donna pas signe de vie. Après de longues consultations, les voyageurs décidèrent d’envoyer un des hommes de l’émir, dans le puits. L’émir ordonna à l’un de ces hommes de se charger de cette mission. Ce dernier, tout tremblant, entra, avec précaution, dans le puits. L’émir et les voyageurs qui entouraient le puits entendirent quelques instants plus tard des cris venant de la porte d’entrée du caravansérail. Tout le monde comprit que le voleur avait dit la vérité, et qu’il avait réussi pénétrer par un tunnel donnant sur le puits, dans le caravansérail. On libéra, donc, les pauvres gardiens. L’émir faisait les cent pas et se parlait. Soudain, l’un des voyageurs, qui avait perdu ses biens, se leva et dit à haute voix : «Je fais don de mes biens à ce voleur au cœur si noble ! Il est intelligent, pour avoir conçu un plan, si astucieux, lui permettant de pénétrer, dans ce caravansérail ; mais le plus important, c’est son âme noble et son esprit chevaleresque. Il a bravé le danger, pour sauver les gardiens innocents. Voler, c’est un acte honni ; pourtant, si on a commis un méfait, il vaut mieux être, au moins, digne, comme lui».

Dès lors, quiconque commet un acte honni, mais parvient, toutefois, à rester noble, on le décrit en ces termes : «T’es voleur ? Soit ! Mais garde, au moins, ton honneur !»

C’est tout pour aujourd’hui. Mais soyez encore nombreux à la prochaine édition du magazine « il était une fois.. », où nous vous raconterons une autre histoire et un autre proverbe. Merci de votre fidélité.

 

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