samedi, 14 juillet 2012 00:29

Québec/Conflit étdudiant: Diviser, pour régner? Indigne!, par Isabelle Dignard

Québec/Conflit étdudiant: Diviser, pour régner? Indigne!, par Isabelle Dignard
IRIB- À ce jour, je ne suis pas parvenue à me faire une opinion, au sujet des droits de scolarité.

J'ai entendu des arguments qui me semblent valables de part et d'autre. Je sais cependant une chose : je n'aime pas le tableau que je vois.

Une mouvance sociale pratiquement sans précédent au Québec s'est manifestée sous nos yeux, ces derniers mois. Éveil des consciences, remise en cause de modèles, discussions tous azimuts... Tout ça peut difficilement s'avérer malsain. Ce qui heurte mon regard, toutefois, c'est la gestion, ou la non-gestion, qui en a été faite. Et j'en tiens pour premier responsable le metteur en scène de la pièce, le premier ministre lui-même.

En 1515, Machiavel conseillait de diviser pour régner, principe dont l'efficacité a été maintes fois éprouvée depuis. J'ai la triste impression que plus d'un demi-millénaire plus tard, la stratégie de M. Jean Charest se nourrit de ce principe. Ce faisant, au moment même où une partie de la planète lutte au péril de sa vie pour obtenir un soupçon de démocratie, le premier ministre fait honte à cette dernière. Et ce faisant, il me fait honte.

M. Charest s'indignait récemment de n'avoir pu compter sur le «visage à découvert» d'un candidat... Mais son visage à lui, où a-t-il été, sinon caché derrière ses ministres, caché derrière un sourire moqueur tandis que le feu brûlait aux portes, caché derrière des phrases toutes faites qui comportaient plus de sophismes qu'on ne pourrait en compter ? Ce n'est pas une question de camp. Partout, j'ai mal aux sentiments ou à l'intelligence d'entendre ou de lire les commentaires. Ceux qui sont d'accord avec M. Charest y vont souvent de phrases assassines ou méprisantes. Les autres s'enflamment. De part et d'autre, il se dit des choses pas très polies et pas très gentilles. Normal. M. Charest se nourrit de la division. C'est le fondement même du principe diviser pour régner.

Le premier ministre s'énergise de la polarisation. Il nourrit les antagonismes. Entre les générations, entre les enfants rois et les baby-boomers, entre les riches et les pauvres, entre la classe ouvrière et les plus instruits, entre la droite et la gauche, entre les intellectuels et le «gros bon sens», entre les étudiants et la force policière, entre même des factions de droite ou des factions de gauche. Le procédé m'apparaît à la fois grossier, illégitime et tout à fait indigne d'un chef d'État.

Dans un contexte où nos scientifiques sont empêchés de s'exprimer par Ottawa, où la population affiche un cynisme sans précédent envers la classe politique, où des carrés de toutes les couleurs appellent au calme et au dialogue, où on s'inquiète de plus en plus des attaques personnelles dans l'arène politique, où des sociétés entières sont en ébullition et nous démontrent la fragilité de l'équilibre social, je considère que nous avons besoin de beaucoup de choses, et nous saurons en discuter et en décider... Mais nous n'avons surtout pas besoin d'être les marionnettes d'un théâtre où l'on nous manipule pour mieux continuer à diriger l'action.

Qu'ils soient de gauche ou de droite, il me semble que les Québécois ont des besoins communs : ceux de débattre, de se faire dire la vérité, d'être respectés, d'avoir pour représentants des gens authentiques et efficaces et d'avoir pour chef d'État une personne rassembleuse qui veille au bien collectif et ultimement individuel. Mais ils n'ont certainement pas besoin qu'on les oppose les uns aux autres et qu'on se serve de leurs travers mutuels pour alimenter la grogne, qui est tout sauf porteuse de solutions. Pour citer M. Charest lui-même, je suis du moins d'avis que « ça ne reflète pas nos valeurs et ce que nous voulons comme société ».

S'il est vrai, comme l'a dit et répété M. Charest au sujet de la crise, qu'il a fait tout ce qu'il pouvait pour la régler, cette affirmation en elle-même devrait être considérée comme un aveu d'impuissance et un constat d'échec.

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