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mercredi, 27 juin 2012 00:51

Canada/Bilan conservateur: un risque calculé?, par Manon Cornellier

IRIB- Le gouvernement Harper a misé à peu près tout son capital politique..

.... sur le dernier budget et son projet de loi de mise en oeuvre, l'éléphantesque C-38. Presque toutes ses grandes réformes s'y trouvent. En particulier, celles dont les conservateurs n'avaient soufflé mot, de façon explicite, durant la dernière campagne électorale. Comme celles de l'assurance-emploi et de la Sécurité de la vieillesse

Mais comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a sorti le rouleau compresseur pour en escamoter l'étude et forcer son adoption rapide. Ce budget, ce projet de loi et la manière utilisée pour les imposer ne s'oublieront pas de sitôt. On peut même dire qu'ils représentent tout ce qui ne va pas avec le style de gouvernance des conservateurs.

Au lieu de profiter de leur majorité pour adoucir les angles, sachant qu'ils auront de toute manière gain de cause, ils ont abusé de leur position de force pour entrer dans la gorge non seulement du Parlement, mais aussi de l'ensemble des Canadiens, des transformations profondes aux lois environnementales et à des maillons importants et anciens du filet social canadien. Tout cela, sans débat, consultation ou étude dignes de ce nom.

Quant aux compressions, on attend encore d'en connaître les détails. Tout ce qui filtre vient des syndicats, de fonctionnaires ou de chercheurs profondément déçus. Le gouvernement, lui, carbure au secret, au point de refuser au directeur parlementaire du budget les informations qu'il demande. Que ce dernier ait un avis juridique concluant que ce refus est un affront à la Loi sur le Parlement n'y change rien. Ce gouvernement en fait plus que jamais à sa tête.

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En jouant cette carte, le gouvernement Harper risque gros, et les derniers sondages montrent que ça ne passe pas comme une lettre à la poste. De premier, il est passé deuxième derrière le NPD dans les intentions de vote à l'échelle du pays. Et il n'est pas rare d'entendre des supporteurs conservateurs dire qu'ils n'ont pas voté pour ça.

Pas plus d'ailleurs que pour ses attaques répétées contre des fonctionnaires du Parlement ou quiconque ose le contredire. Quand le vérificateur général donne raison au directeur parlementaire du budget sur le coût des F-35 et confirme du même coup que les conservateurs ont menti en campagne électorale, ils mettent en doute ses méthodes de calcul.

Quand le commissaire à l'environnement conclut que le Canada ne pourra atteindre ses maigres cibles de réductions des gaz à effet de serre, le ministre de l'Environnement affirme que le commissaire a mal compris un programme et utilisé les mauvais chiffres. Et ce n'est pas le dernier rapport de la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie (TRNEE), qui confirme les propos du commissaire, qui le fera changer d'idée.

Ce gouvernement ne peut se tromper. À l'entendre, il est parfait. Les mea-culpa sont pour les autres. Les projets de loi méritent rarement d'être amendés. Même l'énorme C-38 et ses quelque 750 articles n'ont pas nécessité un seul changement de virgule.

Et quand les députés disent vouloir débattre du projet, on les accuse d'obstruction et de faire perdre leur argent aux contribuables. Le Parlement serait-il une dépense futile ? Il risque de le devenir s'il continue d'être traité de cette manière autoritaire.

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Le gouvernement a eu ce qu'il voulait ce printemps, mais il n'a pas eu la vie facile pour autant. Plusieurs dossiers sont venus entacher sa réputation et le hanteront encore à l'automne. Du coût des F-35 au jus d'orange à 16 $ de la ministre Bev Oda en passant par les dépenses électorales du secrétaire parlementaire du Premier ministre, Dean Del Mastro.

Mais le plus explosif est sûrement celui des appels frauduleux faits durant la dernière campagne électorale pour diriger des électeurs vers de mauvais bureaux de scrutin. Élections Canada poursuit son enquête, mais, pour l'instant, presque toutes les pistes mènent vers le Parti conservateur.

Le C-38 demeure toutefois le dossier le plus délicat, car il est le seul à avoir uni contre lui des gens d'un bout à l'autre du spectre politique. D'anciens alliés décrochent. Deux anciens ministres conservateurs ont dénoncé les changements à la Loi sur les pêches. D'anciens députés progressistes-conservateurs du Québec ont confié à Radio-Canada ne pouvoir voter pour ces conservateurs-là. Un ancien porte-parole conservateur en matière d'environnement a déploré la disparition de la TRNEE. Des scientifiques, des groupes de personnes âgées, les premiers ministres des provinces atlantiques ont manifesté tour à tour leur désaccord avec un aspect ou un autre de C-38. Et c'est sans compter les quelques députés conservateurs qui ont osé murmurer des réserves.

Il y a là dans ce sourd mécontentement une forme d'avertissement pour le gouvernement Harper. À pousser trop vite, trop fort, il pourrait en arriver à pousser trop loin et à réveiller un géant qui dort.

Car les électeurs auront encore bien des occasions de se faire rafraîchir la mémoire. Un autre projet de loi budgétaire sera présenté cet automne. Quant à C-38, il n'est pas encore mis en oeuvre. Des règlements seront publiés au cours des prochains mois, et les réformes finiront par faire sentir leurs effets. Les conservateurs ont pris un risque avec ce budget. Le temps nous dira s'il était bien calculé.

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