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vendredi, 21 septembre 2012 12:33

Charlie Hebdo :La liberté d’expression? par Didier Hamann

IRIB-Un principe fondamental de notre démocratie, la liberté d’expression, peut-il souffrir d’accommodements ?

C’est la question que soulève la publication des caricatures du prophète Mahomet par Charlie Hebdo.

L’idée est insupportable. On aimerait tellement se ranger du côté des chevaliers blancs qui ont le courage de braver de dangereux extrémistes capables d’incendier leur rédaction. On aimerait clamer haut et fort le droit intangible des journaux de publier les opinions et les dessins que leur rôle et leur fantaisie commandent. On aimerait, tant qu’à faire, se rallier à ceux qui affirment que « nous sommes ici chez nous et, ici, on écrit ce que bon nous semble sur l’islam car nos usages laïques prévalent. Pas question de se coucher lâchement devant des fous de Dieu ».
Mais n’est-ce pas un peu trop simple ? Soyons lucides. Cette publication n’était pas servie par une intention noble. Il ne s’agissait pas de livrer une analyse ou une opinion sur l’islam et de l’assortir d’une illustration humoristique incidente. Ce n’est pas non plus un simple pied de nez aux religieux qui remettent en cause les fondements de nos démocraties laïques : la décision de publier ces dessins est de toute évidence mue par la volonté de provoquer une réaction violente (espérons qu’elle n’est pas mue par un esprit mercantile !).
Dans le contexte du séisme provoqué par le film anti-islamique américain, c’est un acte d’une grave irresponsabilité. Il provoquera sans doute quelque désolation, voire des morts.
L’hebdomadaire satirique n’a, hélas, rien prouvé du tout en agissant de la sorte. Il faut craindre qu’il apporte l’inutile démonstration qu’une poignée d’excités d’Allah seront capables de rétorsion aveugle et meurtrière. Ne pas publier lesdits dessins n’aurait nullement remis en cause nos principes.
En se drapant de vertu, Charlie Hebdo n’a pas servi la liberté d’expression, il s’est servi d’elle pour attiser un brûlot.
Le mal est fait. Comment appeler à la raison à présent ? Comment éviter d’autres morts ? Comment expliquer aux musulmans que les vrais démocrates ne rêvent pas de les offenser volontairement en publiant des dessins insultants ou en diffusant un film débile ? Pas plus que l’immense majorité des musulmans ne remet en cause nos principes de liberté d’expression et notre droit à la caricature.
C’est vain.
Il se trouve dans chaque camp des boutefeux qui ont intérêt à faire la sourde oreille à ces mots d’apaisement.

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